Un nouveau monde toujours plus carboné

Le 05 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Entre 2017 et 2018, les émissions mondiales de CO2 devraient bondir de 2,7%.
Entre 2017 et 2018, les émissions mondiales de CO2 devraient bondir de 2,7%.
Global Carbon Project

 

Les émissions mondiales de CO2 devraient bondir de 2,7% en 2018, estime le Global Carbon Project.

 

Ce sera le premier coup dur de cette COP 24. Après une faible croissance, qui suivait trois années de relative stagnation, les émissions de CO2 anthropiques repartent fortement à la hausse. La mauvaise nouvelle nous est apportée par les contributeurs au Global Carbon Project (GCP), 76 scientifiques de 53 centres de recherche internationaux qui traquent les rejets carbonés.

 

Entre 2016 et 2017, les émissions mondiales de gaz carbonique ont donc progressé de 1,6%. Les projections pour cette année sont pire encore: +2,7%, rythme accéléré que l’on n’avait observé que durant la première décennie du siècle.

 

Cette année, le bilan carbone de la Chine et de l’Inde devrait s’alourdir, respectivement, de 4,7% et 6,5%. Malgré le fort recul du charbon dans leur bouquet électrique, les Etats-Unis devraient voir leur contribution carbonée au réchauffement remonter de 2,5%. Quant à l’Europe, elle devrait être l’une des rares régions du monde dont les émissions seraient à la baisse, de 0,7%, probablement. A eux 4, la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Inde ont émis 59% du carbone mondial. Estimés à 37,1 milliards de tonnes, les rejets carbonés de 2018 sont près de 4 fois supérieurs à ceux de 1960.

Ce piètre résultat nous éloigne un peu plus de la trajectoire à suivre pour stabiliser le réchauffement. «Pour contenir la hausse de la température de la planète nettement en dessous de 2°C, les émissions de gaz carbonique doivent diminuer d'environ 20% d'ici 2030 et atteindre zéro d'ici 2075. Pour limiter le réchauffement à l'objectif de 1,5°C fixé par l'Accord de Paris, les émissions de CO2 doivent diminuer de 50% d'ici 2030 et atteindre un niveau net nul vers 2050», estime Corinne Le Quéré, directrice du Tyndall Centre for Climate Change Research de l’université d’East Anglia, et toute nouvelle présidente du Haut Conseil pour le climat.

 

Trois ans après la conclusion de l’Accord de Paris, comment expliquer pareille reprise? Il y a d’abord des explications structurelles. Le système énergétique mondial reste massivement sous l’emprise des énergies fossiles. Et malgré la spectaculaires montée des énergies renouvelables, pétrole, charbon et gaz naturel produisent toujours 81% de l’énergie consommée dans le monde (86% en 1971), rappelle l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Toujours en croissance, l’économie mondiale a tout naturellement consommé plus d’énergie que les années précédentes et donc émis plus de CO2. Entre 2016 et 2017, la demande mondiale de charbon, de pétrole, de gaz et la production de ciment ont, respectivement, progressé de 0,7%, 1,4%, 2,5% et 1%.

 

«Jusqu’à présent, la demande en énergie globale continue de surpasser les effets de décarbonation», confirme Corinne Le Quéré. La climatologue aurait aussi pu rappeler que, faute de tarification des émissions de CO2, le climat des… affaires reste favorable aux ‘fossiles’. Dans un rapport publié ce mercredi à la COP 24, l’ONG allemande Urgewald estime que les banques et les fonds d’investissements internationaux ont investi 478 milliards de dollars (422 Md€) dans de nouvelles centrales au charbon entre 2016 et 2018.

Il y a aussi des facteurs plus conjoncturels. Les mauvais chiffres annoncés pour les Etats-Unis sont probablement imputables à la rigueur de l’hiver dernier (il a fallu chauffer plus que d’habitude) et à la sévérité de l’été qui a suivi (là, il a fallu climatiser). On peut aussi évoquer la lutte contre la pollution atmosphérique urbaine en Chine, qui conduit à développer le chauffage au gaz, moins polluant que les chaudières au charbon, mais émetteur de CO2 tout de même.

La seule bonne nouvelle portée par les climatologues est l’amélioration de l’efficacité des puits naturels de carbone. Océans, végétation et sols absorbent, bon an, mal an, la moitié du carbone émis par l’Humanité. Mais leur efficacité varie selon les années. En 2015 et 2016, en raison des sécheresses provoquées par le phénomène El Niño, les puits, notamment tropicaux, avaient montré quelque faiblesse. «En 2017, les puits de carbone naturels semblent avoir récupéré leurs fonctions», explique Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Océans et biosphère terrestre ont absorbé, cette année-là, 23 milliards de tonnes de CO2: 18% de mieux que les deux années précédentes.

 

Cela pourrait ne pas durer. Un nouvel El Niño est attendu pour 2019.



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