Un ministre isolé au sein de l’équipe Philippe

Le 28 août 2018 par Stéphanie Senet
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Nicolas Hulot a dû s'incliner à maintes reprises
Nicolas Hulot a dû s'incliner à maintes reprises

 

Si Nicolas Hulot a gagné des batailles, dont l’abandon de Notre-Dame-des-Landes est la plus emblématique, il a dû s’incliner face aux ministères des finances, de l’agriculture et au cabinet du Premier ministre sur de nombreux dossiers.

«Je suis tout seul à la manœuvre.» «Je sais que seul je n’y arriverai pas». «J’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir.» Les phrases prononcées par Nicolas Hulot sur les ondes d’Inter confirment son isolement au sein d’un gouvernement qui a largement démontré son désintérêt pour la protection de l’environnement et du climat. Après le report de leur inscription à l’article premier de la Constitution –une demande expresse de Nicolas Hulot–, le cadeau aux chasseurs est passé de travers. «Je ne comprends pas que nous assistions à une tragédie annoncée dans une forme d’indifférence», a déclaré l’ancien ministre, la gorge serrée.

 

Bras de fer avec Bercy

L’une des plus grosses couleuvres avalées par Nicolas Hulot est le manque de moyens accordés à la politique environnementale, Bercy ayant toujours le dernier mot. Si le budget 2018 du ministère (10,4 milliards d’euros) a augmenté de 3,9%, à périmètre constant, par rapport à 2017, il reste largement insuffisant pour accélérer la transition énergétique, développer l’économie circulaire, favoriser le remplacement des vieilles voitures et améliorer la mobilité du quotidien. Et les années à venir ne seront pas meilleures puisque l’enveloppe devrait plafonner à 10,5 Md€ en 2019 et 10,6 Md€ en 2020.

 

Avantage à Travert

Certains secteurs dont il avait la charge ont par ailleurs bu la tasse, comme les agences de l’eau qui ont perdu 500 M€ en 2018 alors que l’état des ressources en eau et des nappes souterraines ne cesse de se dégrader sous l’effet de l’agriculture intensive. Nicolas Hulot a d’ailleurs dû mettre sous le tapis ses convictions en faveur de pratiques plus vertueuses, le ministre de l’agriculture Stéphane Travert ayant vidé de son contenu environnemental le projet de loi issu des Etats généraux de l’alimentation (lien vers papier Marine). Au final, le texte s’attache à équilibrer les relations commerciales entre producteurs, industriels et distributeurs mais échoue à favoriser une alimentation saine et durable.

 

Le volontariat à la sauce Philippe

Autre écueil: la feuille de route sur l’économie circulaire. Le Premier ministre Edouard Philippe ayant pris la main sur le dossier, celui-ci a été réduit à une série de mesures volontaires qui ne reposent que sur le bon vouloir des entreprises. Insuffisant pour enclencher la transition vers une économie plus sobre en ressources et moins génératrice de déchets, alors que des taxes incitatives peuvent favoriser les pratiques vertueuses.

La fiscalité écologique française reste pourtant l’une des plus faibles d’Europe (1,83% du PIB en 2012 contre 2,29% en moyenne dans l’UE). Au total, les aides nuisibles à l’environnement, comme l’exonération du transport aérien au TICPE[1] ou le bonus accordé au gazole, représentent plus de 5 Md€ par an, selon le Commissariat général au développement durable (CGDD).

 

Seul contre tous

L’isolement de Nicolas Hulot est confirmé par les représentants du milieu associatif ayant leur entrée à l’Hôtel de Roquelaure. «Le ministre de l’environnement était trop souvent isolé dans ses orientations exigeantes», confirme le président de France Nature Environnement, Michel Dubromel.

«Nicolas Hulot était trop seul au gouvernement à défendre les questions d’alimentation, agriculture, énergie, biodiversité, et consommation responsable», conclut l’avocat écologiste Emile Meunier.

 



[1] Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques

 



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