Un milliard d’urbains en manque d’eau en 2050?

Le 30 mars 2011 par Geneviève De Lacour
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L’eau en ville va manquer. Une nouvelle étude prédit des pénuries d’eau touchant les grandes agglomérations. Parue lundi 28 mars dans la revue the Proceedings of the National Academy of Science, l’ étude se projette à l’horizon 2050. Selon le principal auteur, Robert McDonald, du centre d'études privé The Nature Conservancy, le nombre d’être humains en manque d’eau, dans 40 ans, devrait atteindre le milliard. Une estimation intéressante si la consommation prise en compte, 100 litres d’eau par jour et par habitant, est une valeur réaliste.

Selon le document américain, d’ici 2050, la taille des villes devrait croitre fortement et le nombre de citadins devrait augmenter de 3 milliards. La pénurie menace donc certaines grandes métropoles et présente un risque pour la faune et la flore si les villes pompent l'eau dans la nature.

Si la tendance actuelle à l'urbanisation se poursuit, vers 2050, quelque 993 millions d'habitants de villes auront accès à moins de 100 litres d'eau par jour pour vivre, ce que l’auteur considère comme étant le volume minimum nécessaire -et qui correspond au volume d'un bain. Si on y ajoute les effets probables du changement climatique, quelque 100 autres millions d'habitants n'auront pas accès à ce volume d'eau. L'Américain moyen consomme 376 l/jour.

« 100 litres d’eau par jour et par habitant est une valeur haute de la consommation moyenne sur notre planète. Pour des pays comme l’Australie, les Etats-Unis ou le Japon, la consommation est bien supérieure mais pour bon nombre de pays subissant un stress hydrique récurrent, la consommation demeure inférieure à 100 l/jour/habitant. En Chine, elle est de 70 à 80 l et au Ghana de 30 l. Cette valeur est donc excessive», commente Ghislain de Marsily, hydrogéologue et membre de l’Académie des sciences.

« Il existe des solutions pour que ce milliard de personnes aient accès à de l'eau. Mais cela nécessite beaucoup d'investissements dans les infrastructures et une meilleure utilisation de l'eau», souligne Robert McDonald.

L’urbanisation galopante en Inde et en Chine va provoquer des pénuries d’eau dans les plus grandes villes, et notamment le 6 grandes villes de l'Inde -Bombay, Delhi, Calcutta, Bangalore, Madras et Hyderabad. Dans la plaine et le delta du Gange, 119 millions d'individus manqueront d'eau, selon l'étude. L'Afrique de l'Ouest, avec les villes de Lagos au Nigeria et Cotonou au Bénin, va aussi faire face à une pénurie d'eau. D'autres villes sont également citées, comme Manille, Pékin, Téhéran et Lahore au Pakistan.

« Si les villes se mettent à assécher les rivières en puisant l'eau pour leur consommation, cela aura un effet sur les poissons, les reptiles et toutes formes de vie aquatique», explique Robert McDonald. «Il s’agit d’un faux problème», réplique Ghislain de Marsily. «Aucun lien n’est confirmé entre les besoins en eau et les éventuels impacts sur les écosystèmes», complète le spécialiste français parlant plus en termes de qualité que de volume.

Toujours selon l’étude américaine, le secteur agricole, premier utilisateur d'eau, doit entreprendre des réformes. « Il y a un grand potentiel pour une utilisation de l'eau plus efficace dans le secteur agricole mais aussi dans le secteur résidentiel», a ajouté Robert McDonald.

« Depuis toujours, lorsqu’un choix doit être fait entre agriculture et consommation, c’est l’agriculture qui est sacrifiée à l’alimentation en eau des villes. Le fait n’est pas nouveau», complète Ghislain de Marsily.

Ghislain de Marsily considère que « l’étude n’est pas mauvaise dans le fond, mais l’hypothèse d’une consommation d’eau généralisée de 100 l/jour/hab n’est pas réaliste. Dans les pays qui manquent d’eau, on peut vivre avec beaucoup moins. Ensuite les auteurs ne prennent pas en compte la possibilité de recycler l’eau. Avant d’envisager le dessalement de l’eau de mer pour les villes côtières ou le transport très coûteux d’une eau sur 150 kilomètres, la solution du recyclage doit être proposée. Enfin, les écosystèmes peuvent très bien prospérer avec des eaux recyclées». Et l’hydrogéologue de conclure : «Je trouve très bizarre que les auteurs ne parlent pas du recyclage des eaux usées alors que cette solution est largement employée, comme à Barcelone par exemple. Je trouve cela même incorrect de la part des auteurs.

L'étude américaine, quant à elle, conclut qu'il faudrait collecter des fonds au niveau international pour aider les nations les plus pauvres « à fournir de l'eau potable aux habitants des villes». L'ONU travaille sur un projet de création d'un fonds de 100 milliards de dollars (70,92 milliards d’euros) annuels d'ici 2020 pour aider les pays touchés par le changement climatique.



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