Un marché noir du thon rouge

Le 08 novembre 2010 par Célia Fontaine
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La France semble déterminée à servir coûte que coûte du thon rouge dans les assiettes des amateurs de sushis, malgré la raréfaction de la ressource. Après avoir récemment refusé de baisser les quotas de pêche officiels (dans le JDLE), l’Hexagone se serait rendu coupable d’avoir pêché des centaines de tonnes de cette espèce, en toute illégalité.

C’est ce qu’affirme l'International Consortium for Investigative Journalists (ICIJ), un réseau mondial de journalistes d'enquête. Le marché noir du thon rouge de l'Atlantique occidental pesait au moins quatre milliards de dollars (2,87 milliards d’euros) entre 1998 et 2007, peut-on lire dans son étude publiée le 7 novembre.

Pour arriver à ces sommes, l’ICIJ a comparé les prises réelles estimées et le niveau des quotas, tout en prenant en compte les cours du marché aux poissons Tsukiji à Tokyo.

Le marché noir a été encouragé par un grand nombre d’officiels, des inspecteurs locaux aux régulateurs internationaux de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Iccat), « qui a souvent ignoré l’avis de ses propres scientifiques », estiment les auteurs de l’étude. « Avant 2008, il n’y a eu aucune volonté politique de faire appliquer les règles de quotas », explique Jean-Marc Fromentin, chercheur biologiste à l’Ifremer. « C’était la triche générale », ajoute-t-il.

En outre, pendant cette dernière décennie, l’industrie de la pêche a bénéficié de plus de 800 millions d’euros d’aides de l’Union européenne. « Cela a contribué à surpêche en Méditerranée », analysent-t-ils.

Est-il besoin de rappeler que les stocks de thon rouge de l'Atlantique occidental ont diminué de près de 75 % au cours des 4 dernières décennies ? La disparition de ces prédateurs, situés en haut de la chaîne alimentaire, aura de graves répercussions sur les écosystèmes marins.

L’Iccat a tardivement pris conscience du phénomène en prenant une recommandation en 2008. Mais celle-ci serait « truffée de lacunes qui rendent les données mentionnées inutiles », estime l’ICIJ.

Sur les 10 pays mis en cause, la France – à travers son ministère de l'agriculture et de la pêche - est particulièrement fustigée, pour avoir cautionné des pratiques de pêche très préjudiciables à l’espèce. Par exemple, « omettre d’indiquer la taille des prises, louer des avions d’observation (ce qui est banni), attraper des thons en-dessous de la taille légale et piller les eaux d’Afrique du Nord où les inspecteurs de l’Union européenne n’ont pas droit d’accès »…

Les agissements douteux des pêcheurs français ont été révélés en 2007 lorsque la France a déclaré le tonnage réel de ses prises : environ 10.000 tonnes, c'est-à-dire presque le double de ce qui lui avait été autorisé. Une investigation criminelle a été menée, et 6 pêcheurs de Montpellier ont été accusés. « Mais aucun officiel n’a été mis en cause », relève l’étude.

Dans un communiqué du 8 novembre, le ministre de l’agriculture Bruno le Maire assure que depuis 2008, les quotas ont été strictement respectés. Il « regrette que cette étude ne fasse pas état des efforts accomplis par les Etats producteurs de thon rouge et les pêcheurs depuis plusieurs années pour atteindre une exploitation durable et responsable de cette ressource ».

Sans nier les dépassements de quotas enregistrés entre 1997 et 2007, le ministère rappelle que la France a été sanctionnée en 2008 « par le remboursement de ce dépassement à travers une déduction dans les quotas des années suivantes ».

Ainsi, en 2009, le France a obtenu un quota de 3.591 tonnes au lieu de 4.041. En 2010, le quota était de 2.012 tonnes, au lieu de 2.462.

Les quotas pour l’année prochaine seront décidés lors de la réunion de l’Iccat, qui se tiendra à Paris du 17 au 27 novembre.



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