Un laser pour remonter le temps climatique

Le 26 mars 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'analyse de l'air contenu dans la glace permet de reconstituer les climats du passé.
L'analyse de l'air contenu dans la glace permet de reconstituer les climats du passé.
ice and laser

Dans l’un de leurs derniers albums, Blake et Mortimer exploraient les dessous du continent antarctique avec un sous-marin fondeur de glace: le Subglacior. Avec une sonde éponyme, Jérôme Chappellaz veut se livrer au même exercice. Il ne s’agit plus, cette fois, de sauver le monde, mais de reconstituer l’histoire du climat.

Ce jeudi 26 mars, le glaciologue du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement de Grenoble (LGGE) présentait le dernier cri de la technologie française… glaciaire. Après 4 années de développement, scientifiques et ingénieurs de 4 centres de recherche ont développé une sonde révolutionnaire, utilisant la technologie de la spectroscopie laser.

mesure à grande vitesse

Insérée dans une enveloppe compacte, couplée à un carottier, cette sonde analyse en temps réel la composition des bulles d’air de la glace qu’elle traverse à grande vitesse. «Lors d’essais réalisés au Groenland, nous avons analysé, en trois mois, des carottes de glace dont l’étude en laboratoire nous aurait demandé trois ans», explique Jérôme Chappellaz. Ces prouesses sont au service d’une ambition: résoudre l’une des grandes énigmes du climat.

Il y a un million d’années, le climat serait passé de périodes de glaciation peu intenses mais fréquentes (tous les 40.000 ans environ) à des glaciations plus longues et plus prononcées (tous les 100.000 ans). Un important changement dans la concentration de CO2 dans l’atmosphère pourrait expliquer cette transition climatique. Reste à le prouver. Et donc à analyser la composition de l’air emprisonné dans des glaces datant d’un million d’années avant Jésus Christ. Plus facile à dire qu’à faire.

scientifiques et pétroliers

Car même nantis d’un formidable outil de mesure, les glaciologues ne savent pas où forer pour trouver des glaces aussi anciennes. «Le continent antarctique s’étend sur 15 millions de kilomètres carrés, on a l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin», rappelle le glaciologue. Pour réduire le périmètre des recherches, une cartographie radar du sous-sol glaciaire a été effectuée ces derniers étés australs, autour de la base française Concordia, située à plus de 1.000 km à l’intérieur des terres. Le forage pourrait intervenir durant l’été 2016-2017 avec des résultats quasi simultanés sur 3.000 mètres de glace.

Si ses performances fascinent les scientifiques, le Subglacior intéresse aussi les océanographes et les compagnies pétrolières. Testée en Méditerranée, la sonde a pu dresser un profil de l’oxygène et du méthane de l’eau de mer durant 600 m de descente. «Cela pourrait permettre de quantifier les dégazages de méthane imputables à la fonte des hydrates de gaz», explique Jérôme Chappellaz. Dans le même ordre d’idée, un subglacior «navalisé» ferait aussi un excellent détecteur de fuite de gaz sur une tête de puits sous-marine. Un outil qui aurait, peut-être, permis d’éviter le naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon en avril 2010.

 



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