Un lait maternel que l’Afssaps ne digère pas

Le 11 mai 2011 par Romain Loury
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Un réseau d’échange de lait maternel sur Facebook a attiré l’attention de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui déplore son absence de contrôle microbiologique.
 
Dénommé «Human Milk for Human Babies» («Du lait humain pour les bébés humains», HM4HB selon l’acronyme anglais), ce réseau mondial [1] se revendique comme «un espace non commercial», permettant à des femmes ayant un surplus de lait maternel de le donner à d’autres n’en ayant pas assez pour allaiter leur enfant.
 
Or l’Afssaps ne l’entend pas de cette oreille: dans un communiqué, elle «met vivement en garde les personnes tentées» par l’expérience, rappelant qu’elle ne fait l’objet d’aucun contrôle bactériologique ou sérologique [2]. Les conditions de transport et de conservation n’y «sont pas encadrées et peuvent conduire à une dégradation du produit et un développement bactérien», ajoute l’agence. A la différence des 19 lactariums officiels que compte la France, placés sous son contrôle…
 
Dans un communiqué, l’Association des lactariums de France (ADLF) rappelle que ces structures sont les seules à pouvoir «recueillir, traiter et distribuer le lait maternel». Or le réseau HM4HB n’assure aucune de ces opérations, ce qui laisse peu de prise à une éventuelle interdiction. Seul recours légal pour l’Afssaps: «Sa responsabilité est susceptible d’être engagée en cas de contamination d’un bébé par du lait infecté».
 
«Tout cela me semble très alarmiste», juge l’administratrice de la page Facebook de HM4HB-France, Murielle Bourbao. Selon elle, «il suffit que chaque famille s’informe» des risques potentiels, que receveuses et donneuses communiquent entre elles. D’un point de vue bactériologique, les conditions sont les mêmes que pour «les milliers de biberons de lait humain tiré par une mère qui travaille, puis donnés à l’enfant par une nounou, une assistante maternelle de crèche, ou une grand-mère», explique HM4HB. Quant aux virus, «chaque maman subit un dépistage durant la grossesse, elle peut tout à fait présenter ces résultats» lors du don de lait, assure Murielle Bourbao.
 
Mais s’il existe des lactariums, pourquoi recourir à un tel réseau? «Parce que les lactariums ne disposent pas d’assez de lait maternel, et qu’ils le réservent, à raison, aux cas les plus graves», à savoir les enfants prématurés, explique Murielle Bourbao. Parmi les enfants nés à terme, «25 à 30% ne pourront pas recevoir de lait de leur mère», selon le président de l’ADLF, Jean-Charles Picaud, par ailleurs chef du service de néonatologie de l’hôpital de la Croix-Rousse (Lyon).
 
Dans de tels cas, «les préparations pour nourrisson, comme le lait de vache traité, sont tout à fait suffisantes d’un point de vue nutritionnel», estime le médecin. Bien que ces aliments n’apportent pas les anticorps du lait maternel, ils sont «plus sûrs que le lait de femmes dont on ne connaît pas les antécédents», considère-t-il. Craignant «une espèce d’engouement», Jean-Charles Picaud appelle les responsables de HM4HB à «faire un peu la part des choses» et à «tenir compte des alternatives simples».
 
[1] Sur son site internet, HM4HB affirme être présent dans 48 pays, chacun disposant d’une page sur Facebook. Ouverte le 28 février, celle de la France compte 175 ami(e)s: à ce jour, une seule femme, résidant à Paris, a déjà obtenu du lait, provenant de mères américaines.
[2] Les risques sont bactériologiques (staphylocoques, streptocoques) et virologiques (VIH, hépatites B et C, virus T-lymphotrophique HTLV, rubéole).


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