Un grain de sable coquillier dans le redressement productif

Le 28 août 2013 par Marine Jobert
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Le Peuple des dunes manifeste en 2012.
Le Peuple des dunes manifeste en 2012.

Voilà 4 ans qu’une société veut aspirer une partie du sable coquillier au large de Lannion, dans les Côtes d’Armor. En face, des opposants farouches, qui enchaînent recours juridiques et manifestations. Arnaud Montebourg a entrepris de les réunir autour d’une table.

En Bretagne, cela s’appelle du «trez»; les industriels le désignent sous le terme de «granulat». Les opposants et l’administration parlent, eux, de «sable coquillier». Quel que soit son nom, les agriculteurs l’utilisent pour amender leurs terres granitiques, qui sont fort acides. Et c’est pour satisfaire ces clients que la Compagnie armoricaine de navigation (CAN), filiale du groupe international Roullier[1], a déposé en décembre 2009 une demande de concession de mines de sable coquillier en baie de Lannion (Côtes d’Armor). Un projet combattu bec et ongles par une cinquantaine d’associations réunies sous la bannière du Peuple des dunes en Trégor.

 

Montebourg en «agent conciliateur»

Ce collectif rassemble notamment les Comités des pêches des Côtes d’Armor et du Finistère, les principales associations de pêcheurs plaisanciers, des professionnels du tourisme et les associations de plongée sous-marine. Il dénonce un projet «dangereux pour l’environnement» -tant naturel qu’économique-, mené de façon «méprisante» vis-à-vis des citoyens, à l’aide d’un dossier «incomplet». De recours en manifestations, le dossier s’enlise depuis presque 4 ans. Dernier épisode en date: Arnaud Montebourg a tenté de lancer, le 27 août «une nouvelle phase de concertation afin de permettre aux différents usagers de la mer de construire le compromis nécessaire pour que toutes les activités économiques puissent exister ensemble dans la baie de Lannion», indique Bercy dans un communiqué.

 

Des aspirateurs sous-marins 24 heures sur 24

Le projet consisterait à extraire 400.000 mètres cubes par an de sable coquillier, sur une période de 20 ans -soit au total 8 millions de m3- d’une dune sous-marine située à la pointe de Lannion. D’une étendue de 4 kilomètres carrés, la zone se trouve sur le domaine public maritime et à moins d’1 km de deux zones classées Natura 2000, dont celle de la réserve naturelle des Sept-Îles. Les conditions d’exploitation sont décrites dans un projet d’arrêté rédigé par la préfecture en 2011: «L’exploitation du gisement sera menée à l’aide de cargos-sabliers équipés d’une élinde traînante aspirant le matériau en marche». S’en suit toute une série de prescriptions afin de limiter le panache turbide généré par l’extraction, d’assurer le suivi de la macrofaune et de la macroflore benthique ou d’instaurer un suivi halieutique de terrain à court et long terme; des informations qui auraient été contrôlées chaque année par une commission de suivi, d’information et de concertation.

 

Le lançon, trésor halieutique

Autant de précautions qui n’entament pas la détermination des opposants, lesquels assurent ne pas être opposés au projet en lui-même, mais à sa localisation. «Cette dune est le refuge du lançon, un petit poisson qui y vit et s'y reproduit. Même s'il n'a pas de valeur commerciale, c'est le poisson-fourrage des poissons prédateurs, comme la raie, le bar, le turbot...», explique Alain Bidal, président du collectif Le Peuple des dunes, au Télégramme. «Les sternes le consomment en abondance», confirme au Journal de l’environnement Marc Girard, de la section de Morlaix de Bretagne vivante.

 

L’emploi menacé par le projet?

Autre point d’achoppement: l’emploi. «Le projet d’extraction de sable en baie de Lannion conduira à la disparition à court terme de 158 à 420 emplois directs (…) et à moyen et plus long terme d’environ 500 emplois indirects supplémentaires. (…) C’est donc à l’équivalent d’un plan social de grande ampleur que cette extraction de sable conduira», résume l’étude socio-économique menée par le collectif. Les professionnels redoutent que la pêche, mais aussi les activités en lien avec le tourisme ou le nautisme, soient dépréciées par la présence de cette mine sous-marine. La société Rouillier, de son côté, fait valoir qu’elle pourrait maintenir les emplois de deux de ses usines à Pontrieux et à Saint-Malo, menacées par la récente interdiction d’extraction du maërl[2], classé habitat naturel préservé, qui était jusqu’ici extrait de trois sites voisins (Glénan, Paimpol et Erquy).

 

Les pêcheurs opposés

Les pêcheurs sont également vent debout contre le projet. Car tous les poissons prélevés accidentellement par le navire chargé d’aspirer le sable coquillier -ou dont la reproduction serait entravée par la turbidité- sont des éléments essentiels de la chaîne alimentaire d’autres espèces qui sont convoitées par les pêcheurs. «Veut-on vraiment remplacer des emplois locaux de professionnels de la pêche qui font partie de la tradition de la Bretagne par quelques emplois non qualifiés de marchands de sable?», demande le collectif. En outre, la pollution sonore et lumineuse engendrée par une exploitation 24 heures sur 24 nuira au tourisme et au nautisme, assurent les professionnels. Sans compter que «la modification des courants marins et l’impact sur l’ensablement des plages que pourrait entraîner ce projet sont aussi des risques bien peu évalués ici et dont l’expérience passée a montré qu’ils n’étaient pas négligeables». Le documentaire «Le sable: enquête sur une disparition» confirme le phénomène.

 

Injoignable, Alain Bidal résumait ainsi son message la veille de la réunion au ministère: «On va leur répéter: ne faites pas ça ici». Le ministre du redressement productif a déjà annoncé la tenue d’une nouvelle réunion prochainement, afin de «poursuivre la concertation que la procédure d'enquête publique n'a pas pu faire aboutir».

 



[1] Ses métiers sont multiples: agrofourniture, hygiène professionnelle, minéraux et produits industriels, magnésie, plasturgie, produits du jardin, phosphates alimentaires, biotechnologies marines, exploitation et transformation des algues, armement naval, pâtisserie, charcuterie, produits de la mer.

 

[2] Le terme de maërl désigne des accumulations d’algues calcaires rouges vivant sur les fonds meubles infralittoraux.

 

 



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