Un gouvernement bien tempéré

Le 16 mai 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour le moment, tout le monde est content de Jean-Marc Ayrault.
Pour le moment, tout le monde est content de Jean-Marc Ayrault.

Parfaitement paritaire, l’équipe dirigée par Jean-Marc Ayrault joue la carte de la diversité, tant des origines que des compétences. Ce qui n’est pas pour déplaire aux écologistes. Revue de détail.

Les protecteurs de l’environnement peuvent être satisfaits. Car, le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault tient, pour le moment, les promesses faites par le candidat François Hollande. A commencer par celle de la parité.

Pour la première fois, l’équipe gouvernementale de France comporte autant de femmes que d’hommes (34 au total, soit 2 de plus que le gouvernement Fillon). Les écologistes n’ont pas de raison de se plaindre non plus. Après 2 heures seulement de négociations avec les hiérarques socialistes, ils obtiennent 2 portefeuilles. Ce n’était pas gagné.

Cécile Duflot, la très tonique secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), fait son entrée au gouvernement. À 37 ans, la directrice déléguée d'un groupe immobilier à vocation sociale, entrée en écologie dès son plus jeune âge, décroche les maroquins de l'égalité des territoires et du logement. Deux sujets de choix pour cette urbaniste.

Autre membre d’EELV à découvrir les palais nationaux : Pascal Canfin. Peu connu du grand public, cet ancien journaliste économique (tendance keynésiano-altermondialiste) a été élu, en 2009, député européen sous la verte étiquette. Membre de la commission des affaires économiques et monétaires du parlement européen, il a été à l’origine de Finance Watch, une ONG qui entend contrer le discours des banques et des institutions financières lors de l'élaboration des lois et des normes. Auteur de plusieurs livres de vulgarisation, Pascal Canfin est un fervent partisan de l’économie verte. Est-ce à ce titre qu’il occupe désormais les fonctions de ministre délégué en charge du développement?

L’écologie n’échoit pas à un «vert» patenté mais à une bonne connaisseuse du sujet: Nicole Bricq. Révélée lors de sa récente croisade contre l’exploitation des gaz de schiste (elle avait déposé une proposition de loi visant à interdire leur recherche), la sénatrice socialiste de Seine-et-Marne n’est pas une novice en matière d’environnement. Conseillère de Ségolène Royal, ministre de l’environnement, Nicole Bricq avait ensuite intégré la société éco-Emballages. Avant d’entrer en politique, l’ancienne première secrétaire de la fédération socialiste de Paris, a rédigé, comme consultante, plusieurs rapports sur la responsabilité sociale et environnementale et la mise en place des comités locaux d’information et de concertation. élue députée en 1997, elle suit les dossiers de la fiscalité écologique, du marché du gaz, du risque industriel, du régime des catastrophes naturelles.

Sept ans plus tard, elle entre au palais du Luxembourg. Elle y rédige notamment deux rapports d’information, sur la lutte contre la grippe aviaire et les agences de sécurité sanitaire.

Ces expériences seront bien utiles à la nouvelle ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. A la tête de ce puissant ministère (presque aussi imposant que celui du ministre d’état Borloo qui avait aussi les transports, les négociations climatiques, les technologies vertes, la mer et le logement), elle devra notamment lancer le fameux débat sur la transition énergétique, promis par François Hollande. 

Une discussion qui devrait intéresser le titulaire du tout nouveau ministère du redressement économique : Arnaud Montebourg. Député socialiste de Saône-et-Loire, le chantre de la «démondialisation» a, en effet, quelques idées bien tranchées sur l’énergie nucléaire et l’écologie. Dans une tribune mise en ligne sur son site, l’ancien animateur de la convention pour la 6e république estime que: «le nucléaire, comme toutes les autres sources d’énergie non reproductibles, ne peux qu’être une solution transitoire. Chacun sait bien qu’on en sortira, à un moment ou à l’autre.» L’ex conseiller spécial du candidat Hollande affirme aussi que «ce comportement qu’il faut changer, c’est celui de la surconsommation – dans le domaine de l’énergie comme dans tous les autres. Ce modèle épuise la planète, provoque les crises, accroît les prix, assèche les porte-monnaie et ne mène pas au bonheur.» On est loin du productivisme prôné par nombre d’économistes socialistes.

Le bonheur, Geneviève Fioraso le connaît certainement ce soir. La madame innovation du PS (elle a dirigé une start-up du CEA avant de prendre la présidence de Minatec entreprises, centre européen sur les micro et nanotechnologies) se voit naturellement accorder le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. A ce titre, elle sera l’un des ministres de tutelle (avec Nicole Bricq et Arnaud Montebourg) de l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Pas mal pour une ancienne professeur en zone prioritaire, devenue députée et membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques et du conseil d'administration de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

Désormais dissociés du ministère de l’écologie, les transports et l’économie maritime tombent dans l’escarcelle de Frédéric Cuvillier, 43 ans. Député-maire de Boulogne-sur-Mer (62), ce socialiste au caractère bien trempé —il a été exclus, un temps, du PS pour avoir soutenu un candidat non investi par le parti — connaît bien la mer et le président de la république. Avec François Hollande, il a co-signé, l’an passé, Le défi maritime français. Un titre prémonitoire.

Autre grand ami du locataire de l’élysée: Stéphane Le Foll. Breton bretonnant de 54 ans, le ministre de l’agriculture et de l’agro-alimentaire est un spécialiste des questions dont il aura la charge. Comme parlementaire européen, il prônait une nouvelle politique agricole commune, fondée sur «le marché unique, la solidarité financière et la préférence communautaire.»  Reste à savoir s’il convaincra ses 26 nouveaux collègues européens.

Thématique bien souvent maltraitée bien qu’elle soit au cœur de notre modèle de développent, la «ville» est confiée à un «militaire». Député-maire socialiste de Palaiseau (91), François Lamy a été secrétaire national du PS, chargé de la défense et est l’un des plus anciens membres de la commission de la défense nationale et des Forces armées de l'Assemblée nationale.

Une fois n’est pas coutume, les écolos se montrent satisfaits de la composition d’un gouvernement. Dans un communiqué, WWF souligne que la nomination de Nicole Bricq représente «un gage de sérieux et de crédibilité pour mieux intégrer l'environnement au coeur du budget et des politiques publiques.»

De son côté, EELV salue «le président de la République et le premier ministre [qui] ont souhaité placer l'écologie au coeur de l'action gouvernementale.»

Même Daniel Cohn-Bendit y va de son satisfecit. Mercredi soir, au cours d’une réunion publique à Paris, le distributeur officiel de taloches vertes a reconnu que «la présence des verts au gouvernement permettra de détailler le contenu de la transition énergétique et écologique.» Il n’y a plus qu’à…



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