Un demi-milliard d’euros pour contenir les crues de la Seine

Le 11 avril 2012 par Geneviève De Lacour
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La crue centennale de 1910 a affecté de nombreux quartiers de la capitale
La crue centennale de 1910 a affecté de nombreux quartiers de la capitale

Comment éviter qu’une crue centennale de la Seine comme celle de 1910, submerge à nouveau Paris? L’idée est de contrôler le débit du fleuve au niveau de la confluence de la Seine et de l’Yonne ; cette dernière rivière dévale de manière parfois torrentielle les pentes du Morvan. «S’il pleut sur le Morvan, l’eau monte très vite», résume Claudine Jost, chef du projet au sein de l’établissement public interdépartemental Seine Grands Lacs.

Le projet de La Bassée, en Seine-et-Marne, consiste à retenir les eaux de la Seine au moment du passage de la crue de l'Yonne. Il s’agit de pomper et stocker l’eau dans 10 gigantesques casiers d’une capacité de 55 millions de m3 au moment du pic de crue. L’investissement est estimé à 500 millions d'euros, et jugé «pharaonique» par ses détracteurs.

La solution envisagée par l’établissement public consiste à construire, dans la vallée de la Bassée, 58 kilomètres de digues, hautes de 70 centimètres à 4,70 mètres, au niveau des anciennes zones humides entre Bray-sur-Seine et Montereau-Fault-Yonne. Des espaces qui seraient mis à contribution tous les six à dix ans en moyenne, selon l'établissement public. Pour cela, les créateurs du projet prévoient d’indemniser les agriculteurs et les exploitants des carrières.

Pour les défenseurs du projet de la Bassée, il y a urgence. En cas d'inondation comparable à la crue centennale de 1910, les dégâts sont évalués, dans une note de l'institut d'aménagement et d'urbanisme, entre 15 et 20 milliards d'euros, «plus du double en tenant compte de la dégradation des réseaux et des pertes d'exploitation des entreprises». Il y a un siècle, Paris a connu l'inondation la plus importante depuis 1658, avec une cote maximale de 8,62 mètres et un débit dix fois plus élevé que la normale. Avec des casiers en Seine-et-Marne, assure Seine Grands Lacs, les dommages pour une catastrophe équivalente seraient réduits de 30%, grâce à une baisse du niveau du fleuve de 20 à 50 centimètres. L'eau resterait contenue par les murettes du Val-de-Marne et épargnerait les voies du RER C, qui longent le fleuve dans Paris.

Pour des crues moins spectaculaires, comme celles de 1955 ou 1982, les dommages passeraient de 6 à 4,3 milliards d'euros. Le projet revendique également un but écologique, avec la restauration des zones humides de la vallée de la Bassée, moins souvent inondée en raison des aménagements pour la navigation.

Mais ce qui fait surtout débat, c'est le coût de l'investissement, évalué à 500 millions d'euros. «C'est vrai que c'est un point délicat du dossier, surtout dans le contexte actuel», reconnaît Régis Thépot, directeur de l'établissement public.

En février, plusieurs élus écologistes, dont le maire-adjoint de Paris, Denis Baupin, ont critiqué un financement «mal assuré» et réclamé des études plus poussées sur l'impact du projet sur la faune et la flore. Yves Jégo, député-maire UMP de Montereau, dénonce quant à lui «un projet pharaonique pour éviter que l'eau ne monte de 30 centimètres à Paris», dont sa commune se trouve éloignée de 80 km. «C'est un délire porté par les élus de petite couronne qui veulent protéger Paris et qui inventent des traumatismes pour des territoires», tempête l'ancien secrétaire d’Etat chargé de l’outre-mer, qui ajoute qu'il «n'y a pas un commencement de financement».

Les élus des collectivités les plus proches de Paris refusent de porter seuls le poids financier du projet. Plus éloignés de la capitale, certains rechignent à payer. S'il reconnaît la nécessité d'une «solidarité francilienne», Vincent Eblé, président socialiste du conseil général de Seine-et-Marne, exprime «des exigences à l'égard d'une proposition menée par d'autres que nous». Il demande notamment des garanties face aux risques de pollution des eaux souterraines, la nappe de la Bassée étant exploitée localement.

 



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