Un Conseil européen ambitieux pour l’après-Kyoto

Le 14 mars 2005 par Ludivine Hamy
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pollution atmo
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Les ministres européens de l’environnement, réunis à Bruxelles le 10 mars, ont adopté de nouveaux objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour l’après-2012. Un compromis laborieux qui ne satisfait pas tout le monde.

Il suffit de constater la réaction du Premier ministre belge, Guy Verhostadt, au terme de la réunion du Conseil, pour comprendre que le compromis obtenu sur le dossier du changement climatique est un sujet brûlant, propice aux controverses. En effet, alors même que Evelyne Huytebroek, ministre de l'environnement de la Région bruxelloise (1) présentait les nouveaux objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES) à la presse, Guy Verhostadt annonçait qu'il allait déposer un amendement lors de la discussion au prochain Conseil européen, qui aura lieu les 22 et 23 mars.

Un incident qui en dit long sur les tensions qui accompagnent toute décision sur l'après-Kyoto. Il faut dire que les ministres de l'environnement des 25 ont été ambitieux. Bien plus que la Commission européenne qui avait refusé, en 2004 (2), de fixer des objectifs de réduction trop précis, afin de ne pas effrayer les Etats-Unis et les grands pays émergents (Chine, Inde), et n'avait suggéré qu'une réduction «d'au moins 15%» des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés par rapport au niveau de référence de 1990. Le 10 mars, le Conseil est allé plus loin en proposant que les pays développés «envisagent des corridors de réduction d'émissions de l'ordre de 15 à 30% d'ici 2020, et de 60 à 80% d'ici 2050» par rapport au niveau de 1990 afin de limiter le réchauffement à 2°C à la fin du siècle. Soucieux de ne pas braquer les Etats-Unis qui, pour l'heure, rejettent les contraintes chiffrées de Kyoto et misent sur l'innovation technologique pour réduire les émissions, les ministres européens ont tenu à souligner que cela ne «préjuge pas de nouvelles approches (...) dans un cadre à l'avenir flexible et équitable.» Et le ministre chargé de l'environnement luxembourgeois, Lucien Lux, dont le pays assure la présidence européenne, d'expliquer: «il est très important dans les semaines à venir de convaincre les Etats-Unis de monter à bord et nous savons très bien qu'il faut une position flexible pour discuter avec eux.» De son côté, le ministre français de l'environnement, Serge Lepeltier, a déclaré qu'une absence de chiffres «aurait été un mauvais signe à l'ensemble du monde.»

Les ministres ont en outre rappelé que «les efforts de réduction devront concerner tous les pays économiquement avancés.» Ainsi, à terme, le Conseil européen espère intégrer dans le dispositif l'ensemble des pays d'Asie du Sud qui devraient représenter 40% des émissions en 2050 contre 8% pour l'UE et 12% pour l'Amérique du Nord. Dans cette optique, Lucien Lux et le commissaire européen chargé de l'environnement, Stavros Dimas, vont faire «un tour du monde des autres parties» dans les semaines à venir et comptent beaucoup sur la présidence britannique du G8 (3), qui a fait du changement climatique une priorité (4).

Si le compromis adopté par le Conseil a été vivement salué par l'association écologiste Greenpeace, en revanche, les industriels ont d'ores et déjà exprimé leur mécontentement. Le 9 mars, l'Union des industries de la communauté européenne (Unice) avait déjà fait savoir, dans un communiqué de presse, qu'il était à son avis «encore prématuré de définir des objectifs et un agenda pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.» En attendant le début des négociations pour l'après-2012, qui doivent avoir lieu fin 2005 aux Nations unies, il faut s'attendre à assister à des débats animés autour de la stratégie européenne de lutte contre le changement climatique.

(1) Evelyne Huytebroek est également co-présidente de la délégation belge auprès du Conseil avec Bruno Tobback, ministre fédéral chargé de l'environnement.

(2) Communication de décembre 2004: «Stratégies et objectifs à moyen et long termes pour prévenir les changements climatiques».

(3) Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, Canada, France, Italie, Russie.

(4) De leur côté, les ministres chargés de l'énergie et de l'environnement du G8 et de 11 autres pays du Sud (Chine, Inde, Brésil, Corée du Sud, Afrique du Sud, Mexique, Indonésie, Nigeria) se réuniront les 15 et 16 mars à Londres.




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