Un climat en pleine débandade

Le 30 novembre 2018 par Romain Loury
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La Californie en flammes
La Californie en flammes

A quelques jours de la COP24, qui aura lieu du 3 à 14 décembre à Katowice (Pologne), les signaux climatiques virent au rouge cramoisi. Un emballement dont les diverses conséquences se font toujours plus manifestes, toujours plus inquiétantes.

Certes, 2018 n’est pas la plus chaude année enregistrée à ce jour: le record reste détenu par 2015, tandis que l’année en cours arrive au quatrième rang. Mais ce n’est là qu’un «artefact» climatique : le début de l’année s’est en effet caractérisé par un léger rafraîchissement mondial lié à un nouvel épisode La Niña, phénomène inverse d’El Niño.

Quatre années records d’affilée

Selon une version provisoire du «State of the Global Climate in 2018», publiée jeudi 29 novembre par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les quatre dernières années (2015,2016, 2017 et 2018) constituent bien les quatre années les plus chaudes jamais observées. Sur la période 2014-2018, la température moyenne mondiale est ainsi supérieure de 1,04°C à celle de l’ère préindustrielle (1850-1900). Et 2019 ne dérogera pas à cette tendance: avec un nouvel épisode El Niño en cours d’éclosion, l’année à venir devrait être plus chaude que 2018.

En cause derrière ce réchauffement, la croissance, toujours aussi soutenue, des émissions de gaz à effet de serre (GES). En 2017, les trois principaux GES ont atteint des teneurs atmosphériques record: 405,5 parties par million pour le dioxyde de carbone (CO2), 1.859 parties par milliard (ppb) pour le méthane (CH4) et 329,9 ppb pour le protoxyde d’azote (N2O), rappelle l’OMM dans son bulletin annuel sur les émissions de GES publié jeudi 22 novembre.

Un réchauffement toujours plus visible

Conséquences de ce réchauffement: des événements climatiques extrêmes de plus en plus probables, donc de plus en plus fréquents. En 2018, l’Europe aura connu un été très sec et caniculaire, entraînant une forte baisse de la production agricole (en Allemagne, -43% de maïs, -21% de pommes de terre), tandis que la Grèce et la Californie ont enduré des incendies historiques, respectivement en juillet et en novembre.

Le cercle arctique, dont la fonte de la banquise devient toujours plus forte, a lui aussi connu des records de température. Jamais vu jusqu’alors, Helsinki, capitale de la Finlande, a ainsi connu 25 jours consécutifs au-dessus de 25°C. Conséquence contre-intuitive du réchauffement, l’affaiblissement du «jet stream» a entraîné des hivers particulièrement rigoureux sur toute l’Europe, avec des chutes de neige de 30 centimètres en février à Montpellier.

Même constat aux Etats-Unis, où le quatrième National Climate Assessment (NCA), publié vendredi 23 novembre, révèle l’ampleur des dégâts climatiques en cours et leurs conséquences pour le pays, notamment pour son économie. Un nouvel appel à l’action, resté lettre morte du côté de la Maison blanche: deux jours après sa publication, Donald Trump, climatosceptique affiché, a déclaré ne pas croire à ses conclusions.

Publiée mercredi 28 novembre dans la revue médicale The Lancet, l’étude «Countdown on Health and Climate Change» montre la vulnérabilité toujours plus forte de la population mondiale au réchauffement: sur la période 2000-2017, un Terrien moyen aura connu 1,4 jour de canicule de plus par an, par rapport à la période 1985-2000. Ce qui est lourd de conséquences pour la santé mondiale, mais aussi pour l’économie: en 2017, 153 milliards d’heures de travail, dont 80% dans l’agriculture, ont été perdues du fait de la chaleur, contre 62 milliards en 2000.

+1,5°C, la nouvelle utopie?

Si les conséquences du réchauffement climatique sont déjà aussi manifestes, que nous réserve l’avenir sur une planète encore plus chaude? Telle est la question posée par le Giec[i] dans son rapport publié début octobre, dans lequel les experts comparent deux situations: l’une à +1,5°C, l’autre à +2°C –alors que l’accord de Paris, signé en décembre 2015 lors de la COP21 de Paris, prévoit de rester en-deçà de +2°C.

Sans conteste, et à tous les points de vue (santé, agriculture, écosystèmes, océans, biodiversité, etc.), c’est l’objectif de +1,5°C, qui est le plus souhaitable. Problème: le monde semble pour l’instant embarqué sur une trajectoire le plaçant plutôt vers +4 à +5 °C d’ici à 2100. Une perspective qui pourrait conduire, estiment certains climatologues, à l’effondrement de nos sociétés.

Comment sortir, en un temps toujours plus court, de cette spirale infernale? En réduisant drastiquement les émissions, et au plus vite. Présentée mardi 27 novembre, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) française prévoit ainsi une neutralité carbone d’ici à 2050. Objectif aussi noble que nécessaire, mais qui semble d’emblée mal emmanché: les émissions françaises ont bondi de 3,2% en 2017 par rapport à 2016. Au rythme actuel, la France ne devrait tenir aucun de ses budgets carbone avant 2023.



[i] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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