Un autre PIB est possible

Le 15 septembre 2009 par Sonia Pignet
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La Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social a remis hier son rapport sur le PIB. Faisant le constat de ses limites, la Commission, présidée par le prix Nobel d'économie 2001 Joseph Stiglitz, propose des pistes pour un nouvel indicateur qui prendrait en compte le bien-être présent et sa «soutenabilité».

«Dans le monde entier, les citoyens pensent qu’on leur ment, que les chiffres sont faux, qu’ils sont manipulés… Et ils ont quelques raisons d’être dans cet état d’esprit», a indiqué Nicolas Sarkozy lors de la remise du rapport Stiglitz. Le président de la République fait référence aux chiffres mis en avant lorsqu’il s’agit d’évaluer les performances économiques d’un pays: le PIB. Afin d’«identifier les informations complémentaires qui pourraient être nécessaires pour aboutir à des indicateurs du progrès social plus pertinents», il a donc créé en février 2008 la Commission pour la mesure des performances économiques et du progrès social. Celle-ci a rendu ses conclusions au cours d’une journée de conférences organisée hier à la Sorbonne.

Les auteurs souhaitent que notre système statistique mette davantage l’accent sur la mesure du bien-être de la population que sur celle de la production économique, et sur l’évolution de sa «soutenabilité», c’est-à-dire de sa capacité à se maintenir dans le temps. Cette idée est traduite par une série de propositions telles que se référer aux revenus et à la consommation plutôt qu’à la production, mettre l’accent sur la perspective des ménages, prendre en compte le patrimoine (y compris écologique) en même temps que les revenus et la consommation, accorder davantage d’importance à la répartition des richesses, ou encore élargir les indicateurs de revenus aux activités non marchandes. Aujourd’hui, «la congestion de Paris augmente le PIB, l’accroissement des incivilités augmente le PIB, un incendie accroît les revenus», a expliqué Jean-Paul Fitoussi, coordinateur de la Commission, pour démontrer les limites du PIB. Or, «de mauvais indicateurs conduisent à de mauvaises décisions politiques», a-t-il ajouté.
Concernant l’environnement, la Commission recommande la mise en place d’«une batterie d’indicateurs physiques sélectionnés avec soin», qui comprendraient notamment une mesure du niveau d’atteinte à l’environnement, du fait par exemple du changement climatique ou de l’épuisement des ressources halieutiques. Dans un communiqué, la fédération d’associations environnementales FNE «se félicite (…) que la Commission ne propose pas de remplacer un indicateur agrégé comme le PIB par un autre: le PIB vert. Un seul indicateur ne peut refléter la situation économique».

Le débat sur la pertinence du PIB n’est pas nouveau. Depuis 2004, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) travaille sur le sujet, et la Commission européenne a annoncé début septembre qu’un indice environnemental serait créé aux côtés du PIB dès 2010 (1). Mais c’est la première fois, a rappelé la secrétaire d’Etat en charge de l’écologie Chantal Jouanno, «qu’il y a autant de sages réunis sur ce sujet» et «la crise a amplifié le débat». En réunissant un panel de personnalités international, Nicolas Sarkosy a également voulu accélérer les discussions sur ce thème en s’engageant à ce que la France mette le débat sur les conclusions de ce rapport «à l’ordre du jour de toutes les réunions internationales, de toutes les rencontres, de toutes les discussions qui ont pour objectif la construction d’un nouvel ordre économique, social, écologique mondial».

A l’échelle française, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) va engager un travail pour adapter son propre appareil statistique selon les pistes évoquées par ce rapport, et Jean-Louis Borloo a annoncé la création d’une commission sur les indicateurs du développement durable. «Les sages et les experts apportent les idées et les outils, mais il faut désormais un débat avec la société civile», a également ajouté Chantal Jouanno, qui imagine un «Grenelle mondial sur le sujet».

(1) Dans le JDLE «Un indice environnemental, au côté du PIB, en 2010»


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