Un an après, le Plan Biodiversité déçoit

Le 03 juillet 2019 par Stéphanie Senet
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Un million d'espèces sont menacées d'extinction dans le monde, a affirmé l'IPBES le 6 mai dernier
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9 actions sur 90 actions. Tel est le bilan du premier plan Biodiversité 2018-2021, dressé le 2 juillet par le ministère de la transition écologique, un an après son adoption. Insuffisant selon les associations.

Petite allure. Lancé en grande pompe en juillet dernier, le plan Biodiversité se résume principalement au renforcement du réseau d’aires protégées terrestres et marines pour atteindre 30% de la superficie du territoire (dont un tiers en «protection forte»). Contre respectivement 29% et 22% aujourd’hui. Une décision prise lors de la première réunion du Conseil de défense écologique (CDE), le 23 mai dernier.

Les petits pas de la lutte contre l’artificialisation

Pour le reste, il faudra attendre. «Plusieurs scénarios de lutte contre l’artificialisation des sols seront présentés en novembre au CDE, pour atteindre le zéro artificialisation nette avec les collectivités locales», assure Sophie-Dorothée Duron, conseillère biodiversité du ministre de la transition écologique François de Rugy. Un objectif –sans échéance- qui semble ambitieux sur le papier mais qui pourrait favoriser les mesures compensatoires au lieu de stopper l’urbanisation. Plus concret, un observatoire de l’artificialisation –annoncé le 20 juin lors des Assises de la biodiversité- devrait voir le jour très bientôt.

Autre rappel: la lutte contre les déchets plastiques fait l’objet de plusieurs dispositions dans le projet de loi sur l’économie circulaire qui doit être présenté le 10 juillet en conseil des ministres. Parmi elles: l’introduction de bonus-malus pour favoriser l’éco-conception des emballages plastiques notamment. A condition qu’elle soit actionnée par l’éco-organisme Citeo. Objectif: zéro rejet en mer en 2025.

Appel à projets contre l’érosion

A noter qu’un appel à projets à destination des collectivités locales sera lancé le 4 juillet dans le cadre de l’adaptation au changement climatique. Doté d’une enveloppe d’un million d’euros, il vise à favoriser les solutions basées sur la nature pour lutter contre l’érosion.

Au total, «9 actions sur 90 ont été réalisées, et 95% des restantes ont été engagées», assure Sophie-Dorothée Duron. Le budget reste fixé à 600 millions d’euros pour la période 2018-2021, financé en majeure partie par les agences de l’eau ainsi que par l’AFB[1] et le budget du ministère. A noter que le projet de loi encadrant l’Office français pour la biodiversité, qui a fait l’objet d’un accord en commission mixte paritaire, doit encore être voté le 9 juillet par l’Assemblée nationale et le 16 juillet par le Sénat.

Prémices d’une stratégie nationale

Le ministère de la transition écologique rappelle enfin que le Plan Biodiversité n’est qu’une pierre à l’édifice. Les premières trames d’une stratégie nationale pour la biodiversité 2020-2030 sont en cours de rédaction par les services des ministères, en collaboration avec le Museum national d’histoire naturelle (MNHN).

«On va dans le bon sens mais on ne va pas assez vite», a réagi Bernard Cressens, président de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui prône au contraire «un changement de société». Même son de cloche pour quatorze ONG environnementales (dont la Ligue de protection des oiseaux, France Nature environnement et Surfrider), qui ont passé à la loupe 80 des 90 mesures annoncées. Résultat: moins de 20% sont jugées abouties et «satisfaisantes».

Pire, d’autres mesures s’avèrent contradictoires. «Une vingtaine d’évolutions du droit de l’environnement fragilisent le droit lui-même», résume Jean-David Abel, de France Nature Environnement. Parmi elles: le projet de transférer aux préfets les autorisations de travaux dans les sites naturels classés.

 

Menacées mais chassées / Plusieurs arrêtés examinés le 2 juillet par le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage prévoient de chasser des espèces menacées, alerte la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Parmi elles: la tourterelle cendrée, à raison de 30.000 individus en 2019 alors qu’elle est classée «en danger» par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), et le Courlis cendré à hauteur de plus de 6.000 oiseaux, alors que le CEGA[2] recommander de stopper sa chasse. Le gouvernement s’apprête aussi à prolonger la chasse du sanglier, y compris en battue, d’un mois par an.


[1] Agence française pour la biodiversité, futur Office français pour la biodiversité

[2] Conseil d’experts de la gestion adaptative

 



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