Un air «irrespirable» sur Paris (et le reste de la France)

Le 20 novembre 2013 par Marine Jobert
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L'air de Paris, irrespirable...
L'air de Paris, irrespirable...
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Si l’atmosphère est un égout à ciel ouvert, comme l’a récemment déclaré Al Gore, nos poumons en sont la poubelle. C’est la démonstration administrée par France Nature Environnement (FNE) et l’association Respire, qui ont installé pendant une semaine un cube tendu d’un drap blanc sur un toit parisien. Sur la surface virginale, un mot tracé avec une colle invisible est peu à peu apparu, «grâce» à la pollution (essentiellement composée de particules fines dégagées par le diesel des transports) qui s’y est agglomérée. «Irrespirable», tel est le qualificatif que l’on peut aujourd’hui décerner à l’air que nous sommes tous obligés de faire entrer dans nos poumons. «On peut décider de boire de l’eau en bouteille ou de manger bio, mais personne ne peut respirer une fois sur deux», rappelle Benoît Hartmann, le porte-parole de FNE. Or tous les indicateurs sont au rouge écarlate, entre la classification du diesel et de l’air extérieur comme cancérogènes avérés par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) ou les menaces de sanction par l’Europe.

 

Inertie sociale et politique

 

L’air est irrespirable et pourtant, constate FNE, c’est l’inertie qui règne. «Avant, les gens stressaient quand il y avait des pics de pollution. Aujourd’hui, l’air est une menace en permanence. Et les gens s’adaptent», constate Yann Barthélémy, chargé de la presse à FNE. Une inertie que l’on retrouve chez les pouvoirs publics, déplore la fédération d’associations environnementales, qui a listé les insuffisances, incohérences et renoncements des gouvernements successifs en matière d’amélioration de la qualité de l’air. En vrac… FNE plaide pour que le bonus-malus écologique pour les véhicules n’intègre pas uniquement les émissions de CO2 (ce qui favorise mécaniquement le diesel) et soit aligné sur les critères d’émission de la norme Euro VI, qui prévoit la réduction des émissions d’oxydes d’azote (NOx).

 

Autres pistes: équiper a posteriori les véhicules de filtres réduisant les émissions de particules (dispositif dit «retrofit»). Encourager le report modal, quand 83% des marchandises empruntent la route contre 7% le rail. Développer les mobilités douces, en pensant la ville pour le vélo et en finançant l’acquisition de cycles électriques. Rendre obligatoires les plans de déplacement entreprise et inter-entreprises, puisque les trajets pendulaires constituent 20% des déplacements quotidiens. Réformer la fiscalité sur les carburants et ne plus focaliser la contribution climat énergie sur le seul CO2. Etc. etc. etc.

 

Fardeau financier

 

Fardeau sanitaire, la pollution de l’air est aussi un fardeau financier. Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a publié en octobre dernier deux rapports qui analysent le coût de la pollution de l’air en général, et des particules PM 2,5 en particulier, pour le système de soins français (consultations, soins, médicaments, hospitalisations, indemnités journalières). La pollution atmosphérique coûte entre 0,8 et 1,7 milliards d'euros par an. Les seuls PM 2,5 engendrent des dépenses oscillant entre 20 et 30 Md€/an. «On dépense deux fois plus pour les problèmes sanitaires causés par la mauvaise qualité de l’air que pour résoudre le problème», déplore Benoît Hartman. De là à assigner le gouvernement français devant les instances judiciaires européennes pour non-respect de ses obligations, comme ont pu le faire en mars dernier les juristes de ClientEarth contre le gouvernement britannique devant la Cour suprême du royaume, l’idée semble flotter… dans l’air.

 

 

 

 

 

 

 

 



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