Un additif pour carburants dans les prothèses PIP?

Le 02 janvier 2012 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Depuis le début du scandale des prothèses mammaires PIP, 20 cas de cancers ont été déclarés en France par l'Agence des produits de santé (Afssaps). Ce dernier bilan est daté du 28 décembre dernier, mais l'agence précise toutefois qu'aucun lien formel n'a été établi à ce jour entre ces cas de cancer et le port des implants. Par précaution néanmoins, le 24 décembre, le gouvernement a recommandé aux 30.000 femmes concernées en France le retrait des implants incriminés.

Nouveaux rebondissements. RTL affirme aujourd’hui 2 janvier s'être procuré la composition de ces prothèses mammaires frauduleuses commercialisée par l’entreprise varoise Poly Implant Prothèses (PIP), et il semblerait qu’ils contiennent un additif pour carburants, le Baysilone, ainsi que du Silopren et du Rhodorsil, utilisés dans l'industrie du caoutchouc.

«Au menu, un mélange de produits commandés à des entreprises de composants industriels et chimiques qui n'avaient jamais été testés cliniquement pour leur éventuelle nocivité sur l'organisme, dont un additif pour des carburants. Mélangés les uns aux autres, l'illusion était totale», souligne la radio périphérique.

Yves Haddad, l'avocat de la société varoise, a catégoriquement démenti ces affirmations. «Ce n'est pas vrai du tout. C'est un produit qui existe depuis 1980 et qui était acheté à (l'entreprise chimique) Rhône-Poulenc. Il ne s'agit pas d'un produit industriel, mais d'un produit alimentaire du même type que ceux qui entrent par exemple dans la composition des rouges à lèvres», a-t-il dit. «Je ne suis pas chimiste, mais Monsieur Mas s'expliquera sur tout ceci dans la semaine

Dans le doute, Philippe Courtois, avocat de 4 plaignantes qui entendent notamment poursuivre des chirurgiens, réclame des analyses de prothèses «directement prélevées sur les plaignantes. On ne peut plus retarder. Il faut que ce soit d'ailleurs une décision commune de toutes les agences de santé européenne. Cette étude de grande envergure doit être faite», a-t-il précisé.

L'avocat souligne ne pas avoir d'éléments sur cet additif car il n'a pas eu accès à ce jour au dossier pénal. «Le procureur s'était engagé en décembre à permettre l'accès au dossier pénal. Il peut, de toute façon, infirmer ou confirmer les informations qui circulent. Mais il faut faire vite, les victimes sont de plus en plus désemparées», dit-il.

La justice soupçonne les dirigeants varois, en proie à des difficultés financières, d'avoir fait des économies sur la fabrication. Selon un ancien de PIP, l'enveloppe des prothèses avait aussi été modifiée pour n'utiliser qu'un seul composant, au risque d'accroître le taux de déchirure.

Reste à savoir comment l'entreprise a pu contourner les contrôles. Selon un employé, le gel pour lequel PIP avait reçu une autorisation était stocké dans des cuves pour les contrôles, tandis qu'un autre, moins cher, lui était substitué dans la fabrication, avait expliqué un avocat à l'AFP en juin 2010.

Jean-Claude Mas, 72 ans, le fondateur de la société PIP, est visé en France par deux enquêtes judiciaires, l'une pour tromperie aggravée et la seconde pour coups et blessures et homicides involontaires. Mais des plaintes ont été déposées dans d'autres pays. 400.000 à 500.000 femmes seraient en effet potentiellement concernées par cette affaire dans le monde. L'entreprise PIP, en faillite depuis mars 2010, produisait en effet jusqu'à 100.000 prothèses par an, dont 84% étaient exportées, notamment en Amérique latine (Equateur, Brésil, Venezuela, Colombie, Argentine...), en Espagne et en Grande-Bretagne.

Selon un document obtenu par Nice Matin-Var Matin, Jean-Claude Mas apparaîtrait dans l’organigramme de la société France Implant Technologie (FIT) comme «consultant technico-commercial» chargé de conseiller son fils Nicolas Lucciardi, promu président. Selon les deux quotidiens, FIT se donne jusqu'au mois de juin pour remettre le site de production de FIP en état et lancer la fabrication de nouvelles prothèses.

Chez nos voisins d’Outre-Manche, les inquiétudes grandissent. Transform, principal groupe britannique de chirurgie esthétique, a révélé avoir enregistré un taux de rupture des implants mammaires PIP 7 fois plus élevé qu'estimé jusqu'à présent au Royaume-Uni, a révélé le Sunday Telegraph. Les chiffres fournis par la société Transform expliquent pourquoi les autorités britanniques ont annoncé samedi 31 décembre l'ouverture d'une enquête sur les risques des prothèses PIP portées par environ 42.000 femmes au Royaume-Uni. 250 d'entre elles ont porté plainte contre les cliniques qui ont implanté ces prothèses.

Selon les chiffres cités par le Sunday Telegraph, 1 implant sur 14 posés par Transform s'est déchiré depuis 2006, ce qui représente un taux de rupture de 7%, alors que l'agence britannique de surveillance des produits médicaux (MHRA) évalue ce taux à 1% à l'échelle nationale.

En Amérique, une centaine de Vénézuéliennes ont annoncé leur intention de se retourner légalement contre Poly Implant Prothèse et ses distributeurs au Venezuela pour leur faire payer le remboursement de leurs prothèses mammaires, a indiqué leur avocat vendredi 30 novembre.

Enfin, la justice italienne a ouvert une enquête contre Jean-Claude Mas, pour «fraude commerciale» et «vente de produits dangereux pour la santé».

 
 


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus