Un accord est possible à Durban

Le 05 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Moins de 2.000 journalistes couvrent Durban. Ils étaient 4000 à Copenhague.
Moins de 2.000 journalistes couvrent Durban. Ils étaient 4000 à Copenhague.

Peu de pays s’opposent encore frontalement à la feuille de route européenne. Mais beaucoup de points délicats doivent encore être négociés avant qu’elle ne soit adoptée d’ici la fin de semaine.

A Durban, les négociateurs se sont réveillés, ce lundi 5 décembre, avec une sérieuse gueule de bois. Non que les milliers de diplomates et experts aient passé leur soirée à célébrer Bacchus. Mais la publication du dernier bilan de santé du climat par le très sérieux Global Carbon Project fait l’effet d’une mauvaise cuite.
 
Tous les ans, ces 21 climatologues patentés (dont Philippe Ciais, du Laboratoire des sciences du climat et l'environnement -LSCE) font le point sur l’état du climat et de ses désordres. Et le résultat du Carbon Budget 2010 n’est pas des plus fameux.
 
Principale source d’inquiétude: la très forte inflation de nos rejets carbonés depuis la fin de la crise économique et financière. Entre 2009 et 2010, les émissions de carbone anthropiques ont atteint 9,1 tonnes, soit 33,4 milliards de tonnes équivalent CO2.En hausse de 5,9% en un an (contre un recul de 1,4% entre 2008 et 2009), ce chiffre est pire que prévu. Ces derniers mois, le service de statistique du ministère américain de l’énergie (l’EIA) évaluait déjà à 3,9% la croissance des seuls rejets carbonés US [JDLE]. Par la suite, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a fixé à 5% l’inflation carbonique mondiale [JDLE]. A titre de comparaison, la concentration en CO2 a progressé de 1% par an, en moyenne, durant la dernière décennie du siècle précédent.
 
Comme annoncé de longue date par l’AIE, ce sont les pays en développement qui sont, en grande partie, responsables de ce bond en avant. Leurs émissions ont progressé en 2010 de 7,6%, contre 3,4% pour les pays les plus industrialisés. Les plus mauvais élèves étant la Chine (+10,4%), l’Inde (+9,4%), la Russie (+5,8%), les USA (+4,1%) et l’Union européenne (+2,2%).
 
Conséquence: jamais depuis 800.000 ans la concentration de CO2 dans l’atmosphère n’a été aussi élevée. Elle se situe désormais à près de 390 parties pour millions (ppm), soit 39% de plus qu’en 1750.
 
Un malheur n’arrivant jamais seul, deux chercheurs de l’institut pour les sciences atmosphériques et le climat de Zurich assènent le coup de grâce aux participants du sommet climatique qui auraient encore la foi. Dans leur papier, publié dans Nature Geosciences, Markus Huber et Reto Knutti confirment qu’au moins 74% du réchauffement climatique observé depuis les années 1950 est d’origine anthropique. Mais une partie de ce phénomène reste minoré par les émissions d’aérosols (sulfates par exemple) qui, en renvoyant dans l’espace une partie de l’énergie solaire, rafraichissent, un peu, le climat surchauffé.
 
Coup de massue ou coup de fouet: quelle sera la réaction des négociateurs? L’équipe d’Artur Renge-Metger, le négociateur en chef de l’UE, propose de quitter le sommet de Durban avec un mandat de négociation clair. Les parties à la convention Climat se donneraient encore un peu de temps pour conclure un accord, contraignant juridiquement pays industrialisés et émergents à réduire leurs émissions, à partir de 2015. C’est ce que l’on appelle la feuille de route européenne.
 
Le concept est séduisant. La Chine ne s’y oppose pas. Mais l’Empire du milieu fait savoir qu’il ne pourra pas commencer à baisser ses rejets carbonés avant 2020 [JDLE]. «Ce qui est peut-être un tout petit peu trop tard si l’on veut stabiliser le réchauffement climatique à 2°C», regrette un expert français.
 
Fidèles à leur position, les Etats-Unis ne veulent pas commencer à discuter d’un traité contraignant tant que les pays émergents n’auront pas pris d’engagement comparable à ceux des pays du Nord. «Le moment venu, cela pourrait être une bonne idée d'avoir un accord légalement contraignant, mais on se focalise trop sur l'idée que c'est la panacée», rappelle Todd Stern, envoyé spécial américain sur le changement climatique.
 
L’argumentaire est repris presque mot pour mot par Shri Mauskar. «Notre objectif, dans ces négociations, n’est pas de lancer un processus visant à l’adoption d’un nouvel accord climatique. Nous ne sommes pas là pour cela», a lancé le 4 décembre le patron de la délégation indienne.
 
Cette position n’est pas nouvelle. Voilà des années que la plus grande démocratie du monde privilégie son développement économique et social au détriment de la maîtrise de ses émissions. Reste qu’avec le revirement chinois, New Delhi peut désormais passer pour le grand méchant loup carbonique. A moins que le rôle n’échoie à Washington.
 
Même si la feuille de route communautaire semble être massivement soutenue, tout n’est pas encore réglé, loin s’en faut. Certains pays-îliens, regroupés dans l’Aosis, militent toujours pour la conclusion immédiate d’un accord qui limiterait à 1,5°C le réchauffement. Une demande jugée irrecevable par les négociateurs et irréaliste par les climatologues.
 
Les plus belles empoignades à venir se feront avant tout sur des questions d’argent. Les 30 milliards de dollars (22,27 milliards d’euros) que les pays riches doivent verser aux plus modestes avant l’an prochain n’ont pas été complètement débloqués. Et pour la suite, c’est pire encore. Les pays les plus industrialisés ont promis aux pays en développement de leur allouer 100 Md$ (74,23 Md€) par an à partir de 2020. «Il est clair qu’avec la crise économique, ce rendez-vous sera difficile à tenir», reconnaît un membre de la délégation française.
 
Histoire de ne pas fâcher les pays émergeants, les Européens préconisent aussi de mettre un terme à «l’air chaud». Du fait de l’arrêt brutal de leur industrie lourde, les pays de l’ex-bloc soviétique (mais surtout la Russie et l’Ukraine) disposent d’un énorme stock d’unités de quantité attribuées (UQA, les crédits d’émission nationaux, cessibles). Or, dans le contexte actuel, mettre sur le marché mondial ces milliards d’UQA permettrait aux pays acheteurs de se mettre en conformité avec un accord de réduction d’émission sans alléger d’un iota leur bilan carbone. Faut-il préciser que cette proposition est fortement combattue par la Russie, l’Ukraine, mais aussi par la Pologne… qui préside actuellement l’Union européenne.
 
Bref, comme le résume un négociateur européen, «il n’est pas impossible que nous trouvions un accord, en fin de semaine, mais il y a encore beaucoup de travail devant nous».

 



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