Ufip et Agralys affichent des ambitions contraires

Le 17 février 2005 par Claire Avignon
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L'Union française des industries pétrolières (Ufip) dénonce une transposition «inadaptée» en droit français de la directive européenne sur les biocarburants. De son côté, le monde de l'agriculture estime que le gouvernement ne va pas assez loin. Car les biocarburants sont synonymes d'un nouveau marché de masse.

Les biocarburants se trouvent au coeur de puissants lobbys en désaccord, l'agriculture et l'industrie pétrolière. Pour le premier secteur, le développement de biocarburants représente un nouveau marché de masse, pour le second, une contrainte. La directive européenne 2003/30 recommande des taux d'incorporation de biocarburants de 2% en 2005 et de 5,75% en 2010 dans les volumes d'essence et de gasoil. Or, lors de la transposition française, le gouvernement a précisé un objectif supplémentaire: le passage de 1,2% (2005) à 5,75% (2010) d'incorporation pour chaque carburant, et non pas de manière globale. Le fait de demander le même taux d'incorporation dans le gasoil et dans l'essence est contraignant car la France est excédentaire en production d'essence mais importe du gasoil. Il s'avère donc moins intéressant pour les groupes pétroliers d'introduire de l'éthanol dans l'essence que du diester dans le gasoil dont les besoins en importations baisseront. «Nous aurions voulu que le gouvernement garde la souplesse européenne, explique Jean-Louis Shilansky, délégué général de l'Ufip. L'objectif français n'est pas environnemental, il est de créer un nouveau débouché pour l'agriculture. Si le gouvernement veut encourager ce nouveau marché, qu'il subventionne l'éthanol sans passer par l'essence.» L'Ufip estime en outre qu'un risque de distorsion au niveau français et européen pourrait apparaître car les autres membres n'ont pas établi de distinction entre éthanol et diester. «Le sujet est complexe, mais si ce risque est avéré dans les prochaines années, nous porterons le dossier devant la Commission européenne», s'exclame Jean-Louis Shilansky.

Il est vrai que le Premier ministre n'a pas exposé que les avantages environnementaux lors de l'annonce le 2 février du triplement de la production de biocarburants d'ici 2007. Jean-Pierre Raffarin a déclaré que le développement de ces produits est «à la fois le moyen de soutenir notre agriculture, […] et de montrer aussi que nous sommes capables de tenir les engagements de Kyoto.» Il s'agit en outre de créer ou de maintenir 6.000 emplois industriels et agricoles et de favoriser l'indépendance énergétique. Les agriculteurs voient d'ailleurs d'un bon oeil les mesures prises par le Premier ministre et le ministre chargé de l'agriculture. «Le bioéthanol (maïs, blé, betteraves) et le diester (colza) sont des débouchés de proximité qui permettent d'assainir le marché de l'alimentaire déjà saturé et d'éviter l'effondrement des prix», explique Jean-Luc Simon, directeur de la communication du groupe coopératif agricole Agralys (chiffre d'affaires 2004 de 560 millions d'euros). D'ailleurs, le développement du diester dans les années 1990 avait un objectif clairement agricole et non environnemental. En 1992, la première réforme de la politique agricole commune (PAC) a mis en place un système de jachères du colza dédié à l'alimentaire pour réguler la production européenne. Les agriculteurs ont alors eu le choix entre mettre en jachère leurs champs ou cultiver du colza pour un débouché industriel. Le fait que le prix de marché soit inférieur aux débouchés traditionnels, mais supérieur à la jachère, a convaincu de nombreux agriculteurs. Aujourd'hui, le ministère de l'Agriculture veut de la même manière aider les agriculteurs à développer le marché de bioéthanol, la production de blé et de maïs étant excédentaire. «Mais la France est déjà en retard par rapport à des pays comme l'Allemagne, et surtout le Brésil et les Etats-Unis, estime Jean-Luc Simon. Et le gouvernement ne débloque pas assez de moyens par rapport à ce qui nous a été promis.»




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