Tuberculose bovine: 5.000 blaireaux abattus chaque année

Le 03 octobre 2019 par Romain Loury
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Le blaireau, très réceptif à Mycobacterium bovis
Le blaireau, très réceptif à Mycobacterium bovis

En France, la stratégie visant à abattre les blaireaux aux environs des élevages frappés par la tuberculose bovine semble avoir atteint ses objectifs, révèle un rapport publié mardi 1er octobre par l’Anses. Alors que 5.000 blaireaux sont abattus chaque année pour ce motif sanitaire, l’agence n’exclut toutefois pas de recourir à la vaccination des blaireaux, mais sous certaines conditions.

Depuis 2001, la France est dite ‘indemne’ de tuberculose bovine, ce qui signifie que sa prévalence de troupeaux infectés est inférieure à 0,1% depuis au moins six ans. Il demeure toutefois quelques poches de résistance, notamment en Côte-d’Or, dans les Ardennes et en Nouvelle-Aquitaine. Pour chaque troupeau touché, l’abattage s’impose, qu’il soit total ou partiel.

Or depuis la découverte de premiers blaireaux infectés, en 2009 en Côte d’Or puis en 2010 dans les Ardennes, ce mustélidé s’attire toutes les attentions: très réceptif à la bactérie Mycobacterium bovis, il est accusé de disséminer la maladie, aussi bien à ses congénères qu’à des troupeaux de bovins, lors de contacts occasionnels.

Abattage dans un rayon de 2 km

Afin de prévenir un retour de la maladie, un dispositif de surveillance et de lutte, dénommé Sylvatub, a été mis en place en 2011. Entre autres mesures, il prévoit l’abattage des blaireaux, sans dépistage préalable, dans les zones dites infectées, à savoir dans un rayon de 1 à 2 kilomètres autour d’un site d’infection actuel ou passé (terrier infecté, piégeage d’un blaireau infecté, parcelle où ont pâturé des bovins infectés).

Cette mesure ne s’applique que dans les départements de niveau 3, où la tuberculose bovine a été mise en évidence dans des foyers bovins puis dans la faune sauvage.

Inquiétude de plusieurs associations

Dans une lettre de saisine adressée en septembre 2016 à l’Anses[i], quatre associations[ii] se sont inquiétées de cet abattage indifférencié de blaireaux, qui vient s’ajouter à d’autres destructions, qu’elles soient dues à la chasse, dont la vénerie sous terre, ou en prévention des supposés dégâts causés par l’animal, par exemple aux cultures agricoles.

Dans son rapport publié mardi 1er octobre, l’Anses estime que «depuis 2014, le nombre de prélèvements au motif de la lutte contre la tuberculose s’est stabilisé autour de 5.000 blaireaux éliminés par an dans 15 départements. Localement, dans les zones infectées, les éliminations de blaireaux ont pu être importantes, faisant diminuer les densités de population notamment en zone infectée de Côte-d’Or, pour atteindre des densités moyennes pour la France. Les abattages réalisés jusqu’ici ne remettent pas en cause l’état de conservation favorable des populations de blaireaux en France».

Des résultats variables

Les résultats sur la tuberculose bovine s’avèrent variables d’une région à l’autre. En Côte d’Or, la prévalence de tuberculose de blaireau est ainsi passée de 8,1% à 4,2% entre les périodes 2013-14 et 2016-17, tandis que le nombre de foyers bovins a chuté de 27 en 2012 à 4 en 2017. Idem dans les Ardennes, avec une prévalence en baisse chez le blaireau (de 6,7% à 3,1%), et zéro cas bovin depuis 2015.

«Dans ces deux zones, il semble que la combinaison des mesures prises vis-à-vis des blaireaux (particulièrement intenses en Côte-d’Or et particulièrement rapides dans les Ardennes) et des mesures prises dans les élevages bovins ont contribué à l’amélioration de la situation», note l’Anses.

Ce qui n’est pas le cas en Nouvelle-Aquitaine: en Dordogne et dans les départements limitrophes (Charente, Charente-Maritime, Haute-Vienne), la prévalence a augmenté chez les blaireaux, tandis que le nombre de foyers bovins est passé de 35 en 2013 à 48 en 2017. Dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, la prévalence chez les blaireaux est passée de 5,9 % en 2013-14 à 7,9% en 2016-17 (7,9 %), tandis que le nombre de foyers bovins a augmenté de 22 en 2013 à 26 en 2017.

Une vaccination balbutiante

Dans leur courrier de saisine, les quatre associations évoquent un autre précédent sanitaire: «pendant des décennies, des milliers de renards ont été détruits sous prétexte d’éradication de la rage. Jusqu’à ce que le principe de la vaccination soit enfin admis. En moins de deux ans, la rage était éradiquée de France». Or des vaccins contre la tuberculose, spécifiques du blaireau, sont en cours de développement.

L’un d’entre eux, injectable et à base de BCG, a même été testé, avec succès, au pays de Galles: entre 2012 et 2015 (jusqu’à l’arrêt de la commercialisation du vaccin BadgerBCG), 5.500 doses ont été administrées à des animaux capturés sur une zone de près de 300 km2, avec une couverture vaccinale estimée entre 44% et 65%.

Bilan de ces quatre années de vaccination, qui ont toutefois coûté entre 922.000 et 945 000 livres par an (entre 1,04 et 1,07 million d’euros): la prévalence, mesurée sur des animaux retrouvés morts en bord de route, est passée de 17% à 4%. «Ce chiffre [est] à prendre avec prudence compte tenu de la faible taille des échantillons», avec respectivement 37 et 25 animaux testés, tempère l’Anses.

Les îles britanniques en pointe

Depuis 2017, le pays de Galles recourt à une stratégie TVR (Test-Vaccination-Remove), à savoir un dépistage d’animaux capturés, puis euthanasie des positifs ou vaccination des négatifs –avec un autre BCG. Une stratégie similaire est en cours d’étude en Irlande du Nord, tandis que la République d’Irlande, après plusieurs années d’abattage, recourt désormais à la vaccination de 1.000 blaireaux par an. Dans ce dernier pays, «certains scientifiques considèrent que [le vaccin injectable] ne représente probablement pas une stratégie intéressante sur le long terme et à large échelle», note l’Anses.

En Angleterre, pays où la tuberculose bovine fait rage et où l’abattage est la règle –une mesure fortement décriée par les défenseurs de la faune sauvage-, une vaccination injectable est aussi pratiquée, mais à petite échelle dans les zones de prévalence intermédiaire, afin de prévenir la propagation à d’autres régions.

Une stratégie vaccinale à calibrer

En France, l’Anses ne se montre pas opposée à une telle stratégie de vaccination, mais estime qu’elle «nécessite des moyens logistiques, humains et financiers a priori importants, qu’il serait nécessaire d’estimer précisément avant toute décision. De plus, elle est très dépendante du succès de capture des blaireaux».

Selon l’agence, elle pourrait être utilisée dans les «points noirs», là où la tuberculose est toujours détectée malgré les mesures de surveillance et d’abattage. Ou bien, dans les zones infectées, «en complément ou à la suite de l’abattage», afin de «contribuer à diminuer la prévalence de l’infection dans la faune sauvage et d’éviter la recontamination des troupeaux bovins».

L’espoir d’une vaccination orale

Autre solution, la vaccination orale, qui consiste à disséminer des appâts fortement imprégnés d’antigènes vaccinaux, n’en est qu’à un stade très préliminaire de recherche. Cette stratégie se heurte à plusieurs écueils: «souches vaccinales efficaces par cette voie, conditionnement adapté, stabilité dans l’environnement jusqu’à la consommation de l’appât, passage efficace à travers la muqueuse lors de sa consommation». De même, l’appât doit être «appétent» pour l’espèce ciblée, mais pas trop pour les autres espèces.

Au Royaume-Uni, le département de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales (DEFRA) a mis en place un Badger Vaccine Management Board, associant aussi l’Irlande du Nord, la République d’Irlande, l’Espagne et la France. Avec l’espoir, vers 2028, d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour un vaccin oral, «si le programme de financement se poursuit».



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] La Ligue de protection des oiseaux (LPO), Humanité et biodiversité, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) et France nature environnement (FNE)

 



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