Trump va-t-il lutter contre le réchauffement sans le savoir?

Le 20 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Honeywell a investi 300 M$ dans une usine de substituts aux HFC.
Honeywell a investi 300 M$ dans une usine de substituts aux HFC.
Honeywell Geismar HFC

Des sénateurs américains proposent de mettre en œuvre le protocole de Kigali. Officiellement, ce n’est pas pour lutter contre le changement climatique mais pour préserver l’investissement de deux chimistes en Louisiane.

Comment réduire l’empreinte climatique des Etats-Unis à l’insu du plein gré du président Trump? La solution viendra peut-être du Congrès américain. En fin de semaine dernière, deux sénateurs ont présenté un projet de loi visant à protéger l’activité d’usines situées en Louisiane. Rien de très inquiétant pour le 45e locataire de la Maison blanche, qui s’est autoproclamé le plus grand créateur d’emplois de tous les temps.

Sauf qu’à y regarder de plus près, c’est bien de lutte contre le réchauffement qu’il est question. En octobre 2016, l’administration Obama a conclu l’amendement de Kigali, qui mettra progressivement fin à l’utilisation des hydrofluorocarbures (HFC), les plus puissants gaz à effet de serre du moment.

300 millions de dollars

Anticipant l’application de cet amendement au protocole de Montréal, Honeywell a investi 300 millions de dollars (243 M€) pour construire une usine de production de HFO-1234yf, un substitut aux HFC utilisés dans les climatiseurs de voitures. Le hasard faisant bien les choses, l’usine de Geismar se situe en pleine circonscription du sénateur républicain, John Kennedy. A quelques encablures de là, l’usine Mexichem de San Gabriel (en Louisiane aussi) a lancé en janvier la production du Klea 407, un HFC dont le pouvoir de réchauffement global est inférieur de moitié du celui du R404.

Allié au démocrate Tom Carper, l’élu de Louisiane propose, dans son texte de loi, d’autoriser l’agence fédérale de l’environnement (EPA) à mettre en œuvre le protocole de Kigali, ouvrant de fait un formidable marché aux usines de Geismar et de San Gabriel. «Il s’agit de protéger les investissements réalisés par les entreprises de Louisiane dans les nouvelles technologies et de préserver les emplois», justifie John Kennedy.

Les 600.000 salariés du froid

Bipartisan, le texte a de bonnes chances d’être voté par les deux chambres du Congrès. L’industrie de la climatisation emploie 600.000 salariés, outre-Atlantique, et pèse plus de 200 Md$ (162 Md€) de chiffre d’affaires. Raison pour laquelle, en novembre dernier, Judith Garber, la diplomate chargée de l’environnement et de la science, estimait que le protocole de Kigali est «une approche pragmatique et équilibrée» pour réduire l’utilisation des HFC.

Pour le cas où le projet de loi Kennedy-Carper serait adopté, il faudrait encore que l’EPA soit en mesure d’en assurer la mise en œuvre. Lors de la présentation de son projet de budget pour 2019, la Maison blanche a proposé de plafonner à 2,8 Md$ (2,3 Md€) le budget de l’EPA, en baisse de 34% par rapport à 2018. Souhaitant orienter l’agence fédérale vers ‘son cœur de mission’, la présidence entend supprimer, purement et simplement, les programmes d’assainissement de la qualité de l’air et de lutte contre le changement climatique de l’EPA. Les parlementaires peuvent ne pas accepter



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