Trump: les scientifiques et les fonctionnaires ripostent

Le 27 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le compte Twitter Rogue Nasa est déjà suivi par 627.000 "followers".
Le compte Twitter Rogue Nasa est déjà suivi par 627.000 "followers".
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Fonctionnaires et scientifiques américains peinent à respecter la consigne donnée par la Maison blanche: censurer l’information sur le réchauffement climatique.

De mémoire de scientifiques ou de fonctionnaires américains, on n’avait jamais vu ça. Ces dernières heures, une quinzaine de comptes Twitter ‘rebelles’ d’agences fédérales américaines ont éclos sur la toile, enregistrant déjà plusieurs millions d’abonnés. C’est la réponse inattendue aux directives de la nouvelle administration Trump.

Mercredi 25 janvier, consigne a été donnée aux fonctionnaires de certaines agences fédérales (EPA) et des principaux ministères (Intérieur, agriculture et santé) de supprimer certaines pages de leurs sites Web et de réduire leur communication publique, notamment celle destinée au grand public.

Consignes pas toujours suivies

Les ordres ont été exécutés avec plus ou moins de célérité. Au moment où Donald Trump prêtait serment, l’onglet (fourni) consacré au changement climatique du site de la Maison blanche était purement et simplement supprimé. La plupart des pages traitant du Climate Change du site du département d’Etat (le ministère des affaires étrangères) ont, elles, été versées aux archives.

Interrogé par The Hill, Doug Ericksen va plus loin. «Les scientifiques de l’EPA qui voudront publier ou présenter les résultats de leurs travaux scientifiques devront les faire valider, au cas par cas, avant qu’ils soient publiés», affirme le porte-parole de l’équipe de transition en charge de l’EPA. Dans le même temps, l’agence fédérale de protection de l’environnement a vu ses fonds bloqués. La Maison blanche a également suspendu l’application de 30 réglementations environnementales adoptées par l’administration Obama.

Signaux alarmants

De quoi affoler la communauté scientifique. «Ces signaux ne sont pas encourageants. Ils sont même alarmants et effraient la communauté scientifique», indique au New York Times Rush Holt, le patron de l’American Geophysical Union (UGA), l’une des plus importantes associations de scientifiques outre-Atlantique.

Ce n’est pourtant pas tout à fait une première. Durant ses deux mandats (2000-2008), le président George W. Bush avait restreint la possibilité, pour les climatologues payés par des fonds publics, de s’exprimer librement. Des rapports officiels avaient été caviardés par l’administration républicaine. Michael Mann, ‘créateur’ de la célèbre courbe en crosse de hockey[1], avait même fait l’objet de poursuites judiciaires en 2010, pour fraude. Une action qui avait fini par se retourner contre son initiateur, le ministre (conservateur) de la justice de l’Etat de Virginie.

Selon Sciences & Avenir, les climatologues américains ont déjà sauvegardé sur des serveurs indépendants ou situés à l'étranger plus de 1,5 téraoctets de données. Les scientifiques craignent, en effet, que l'administration Trump ne les oblige à effacer les résultats de leurs travaux.

La brutalité assumée du nouveau locataire de la Maison blanche a déjà produit quelque effet. Le Center for Desease Control (CDC) vient d’annuler un colloque sur les conséquences sanitaires du changement climatique. Une thématique sur laquelle le célèbre centre d’Atlanta a déjà mené une vingtaine de réunions publiques ces derniers mois, dans le pays.

Autocensure scientifique

Ce n’est pas le premier cas avéré d’autocensure. Des twitts ont été supprimés, ces derniers jours, du compte twitter du parc national de Baldlands. Ces micro-messages rappelaient quelques données de base du réchauffement climatique.

La règle, en vigueur depuis 2009, laisse pourtant une grande liberté d’expression aux agences fédérales, à condition de respecter une certaine ‘intégrité scientifique’.

Ces cas d’autocensure scientifique font réagir. Une page sur Facebook appelle les scientifiques américains à manifester à Washington, probablement au mois de mars, pour protester contre les directives de l’administration Trump. La seconde en quelques semaines après la manifestation géante qui a secoué Washington après que le président américain a supprimé les aides fédérales aux programmes de planning familial.



[1] La courbe en crosse de hockey est un graphe reproduisant l’évolution des températures entre l’an 1000 et l’an 2000. Une reconstruction réalisée par Michael Mann, Raymond Bradley (université du Massachussetts) et Malcom Hugues (université d’Arizona).

 



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