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Trump joue contre le climat et son industrie automobile

Le 03 août 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Trump, des voitures plus polluantes sont des voitures plus attractives.
Pour Trump, des voitures plus polluantes sont des voitures plus attractives.
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Washington veut réviser à la baisse les normes d’émission des véhicules légers. Servant les intérêts pétroliers américains, cette décision fera bondir les émissions de CO2 du pays. Elle pourrait aussi couper l’industrie automobile US d’importants marchés à l’exportation.

 

La priorité du moment pour Donald Trump? La réactivation de la production de missiles nucléaires nord-coréens? Vous n’y êtes pas. Les dramatiques incendies en Californie? Vous gelez. La progression de l’enquête sur la possible mainmise de la Russie sur les élections américaines? Tout faux. Non, ce qui motive la Maison blanche, c’est la défense de … l’automobiliste américain.

Comme elle l’avait annoncé en début d’année, l’administration Trump a réécrit, jeudi 2 août, les normes d’émissions automobiles, connues sous leur sobriquet de CAFE[1]. Leur dernière mise à jour datait, il est vrai, de la période Obama, honnie par l’actuel président. Entrée en application en 2017, cette réglementation, acceptée par les 13 principaux constructeurs automobiles américains, fixe une consommation moyenne de 4,3 l/100 km pour les véhicules légers neufs vendus en 2025.

des normes moins ambitieuses que les précédentes

Trop loin, trop ambitieux pour Donald Trump. A sa demande, les ministères des transports et de l’environnement viennent de lancer une consultation sur un nouveau projet de normes, baptisé SAFE[2]. Pour résumer, ce projet de texte revoit à la baisse la consommation (pour une gamme de véhicules légers) à 6,4 l/100 en 2021. Les émissions moyennées de CO2 passeront de 254 g/km, en 2017 à 240 g/km, en 2021. Nettement moins ambitieux que la précédente version. Si l’on n’est pas membre de l’administration américaine.

Dans le cas contraire, SAFE est ce qu’il faut à l’automobiliste américain. En allégeant la contrainte environnementale, les constructeurs produiront des voitures neuves moins chères que sous le règne des normes CAFE. Le gain de pouvoir d’achat est estimé à 2.340 dollars par véhicule. Les ventes devraient exploser. Et qui dit voiture neuve, dit voiture plus sûre. De quoi éviter la mort de 1.000 automobilistes par an, affirme sans vergogne l’administration Trump.

Hausse de la demande d'essence

Washington est le seul endroit où l’on se réjouisse officiellement d’une surconsommation annoncée de carburant. Plus gourmandes, les voitures SAFE obligeront les pétroliers américains à accroître de 4% leur production nationale de carburant. Plus de voiture, plus de pétrole, moins de victimes de la route, tout ça est bon pour l’économie. Le gouvernement annonce un gain total du gel des normes automobiles de près de 700 milliards de dollars d’ici à 2029. Hors coûts climatiques, bien sûr.

désastreux bilan climatique

Le tout pour un bilan environnemental tellement négligeable qu’il mérite à peine qu’on s’y arrête. Les nouvelles normes, soulignent les deux ministères, n’accroîtront la concentration de CO2 que de 0,08% d’ici à 2100. Un détail qui n’en n’est pas un. Pour Washington, la concentration de carbonique en 2100 frisera, en effet, les 800 ppm[3]: quasiment le double de celle d’aujourd’hui. On est très loin de l’objectif de l’accord de Paris. Ce n’est pas tout. En reprenant les chiffres officiels, on constate que les normes SAFE contribueront à gonfler, à elles seules, la concentration de dioxyde de carbone de 31 ppm. En 80 ans, les automobilistes US émettront donc autant de CO2 que la planète entière l’a fait depuis le début du siècle. Une estimation d’ailleurs conservatrice puisque les normes US s’appliquent de facto aux 34 millions d’automobilistes canadiens.

Menace sur le débat politique

Sans surprise, le projet SAFE n’a pas été très bien accueilli en Californie. Jerry Brown, le gouverneur du Golden State a d’ailleurs promis de «combattre cette stupidité par tous les moyens possibles». Pour au moins deux raisons: environnementales, tout d’abord, mais aussi politique. Depuis la présidence de Ronald Reagan, la Californie est l’un des rares Etats fédérés à pouvoir légiférer sur la pollution de l’air.

A ce titre, Sacramento fixe des normes d’émissions des automobiles particulièrement sévères[4], reprises par huit autres Etats et le District of Columbia, qui abrite … Washington. Donald Trump entend mettre fin à ce régionalisme réglementaire. Une bataille qui s’annonce d’ores et déjà sanglante. Sitôt le projet de norme publié, 19 Etats (dont la Californie et le district de Columbia) ont annoncé leur intention de l’attaquer en justice. Raison pour laquelle, l’Alliance of Automobile Manufacturers enjoint à l’administration fédérale de négocier avec les Etats récalcitrants. Pas question, en effet, que le débat sur la lutte pour la qualité de l’air contamine les élections de mi-mandat, en novembre prochain.

chute des exportations?

Les industriels sont d’ailleurs à la croisée des chemins. Certes, l'application du SAFE leur éviterait d’investir massivement dans la recherche et le développement technologique. Une économie qui pourrait leur coûter cher, en les privant des marchés encadrés par des normes d’émissions plus sévères: l’Europe et la Chine. Deux régions du monde qui absorbent, pour le moment, le quart des exportations de véhicules légers made in USA.

 



[1] Pour Corporate Average Fuel Economy.

[2] Pour Safer Affordable Fuel Efficient.

[3] Une concentration compatible avec le scénario du GIEC RCP 6 qui prévoit un réchauffement d’environ 3°C par rapport à la période 1850-1900.

[4] Ce qui explique que la moitié des véhicules électriques vendus aux USA le sont en Californie.

 



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