Trous d’air à l’horizon dans le marché européen du carbone

Le 19 décembre 2007 par Victor Roux-Goeken
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Le Conseil Environnement se prononce jeudi 20 décembre sur l’inclusion de l’aviation dans le marché européen du carbone. Si le coût de la tonne de carbone est trop faible, les bénéfices seront nuls pour l’environnement. S’il est trop élevé, les autres secteurs industriels en pâtiront.

Pour endiguer la hausse des émissions de CO2 de l'aviation, la Commission européenne veut inclure le secteur aérien dans le système européen d'échange de quotas d'émissions. Elle table sur un renchérissement du prix du billet afin d'enrayer le flux de voyageurs, et donc des émissions engendrées. Le projet de directive, amendé par le Parlement européen en novembre, sera soumis jeudi 20 décembre au Conseil Environnement. Dès le 1er janvier 2011, l'aviation se verrait attribuer des quotas d'émission de CO2 équivalents à 90% -la Commission veut 100%- de leurs émissions historiques de CO2. Tous les vols au départ ou à l'arrivée d'un aéroport situé sur le territoire de l'UE seraient concernés.

Seulement, l'inclusion de secteurs industriels aussi variés que l'aviation, la sidérurgie, ou métallurgie dans un même marché du carbone «va affaiblir l'ensemble du système car on va donner des contraintes faibles à tout le monde», estime Jean-Charles Hourcade, directeur de recherche au CNRS et directeur du Centre international sur l'environnement et le développement (Cired). «Un cours de la tonne de CO2 à 200€, c'est marginal par rapport au prix d'un vol Paris–New-York», continue le chercheur. Mais un prix plus élevé, qui pourrait réellement freiner l'impact du secteur aérien, mettrait aussi à mal les industries fortement concurrencées au niveau international, ce qui n'est pas le cas de l'aviation. «A terme, cela va ferait sauter le système», conclut le chercheur, qui plaide pour une approche industrie par industrie du marché du carbone.

Avec un cours similaire à celui de janvier 2007, soit moins de 20 € par tonne de carbone (€/tC), les émissions de CO2 de l'aviation baisseraient de 0,01%, selon Richard Tol, économiste environnemental et contributeur aux travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Selon une étude réalisée par le chercheur, ces émissions baisseraient de 0,28% au cours de 250 €/tC,  considéré comme plausible à terme. Cela représenterait, pour un aller-retour Paris – New-York, un surcoût compris entre 45€ et 600€ par billet.

«L'aviation est considérée comme une industrie naissante alors qu'elle date de la Seconde guerre mondiale: elle reçoit des subventions, n'est pas soumise à la TVA… L'intégration est donc une bonne chose, une première étape», explique Damien Demailly, chargé du programme énergie et climat au WWF. Mais selon lui, l'impact environnemental de l'aviation est sous-estimé. «Le Giec estime qu'il faut multiplier le chiffre des émissions par 2,7 pour obtenir son impact réel.» Car seul le CO2 est pris en compte dans les 3% que pèse l'aviation dans les émissions de GES européennes.

Reste aussi le problème de la mise aux enchères des permis de polluer. Alloués gratuitement, les quotas de CO2 pourraient être payants à l'avenir, quel que soit le secteur. Pour l'aviation, le Parlement européen souhaite que 25% des quotas soient payants, quand le projet de la Commission ne précise pas leur montant. «En intégrant l'aviation dans le marché du carbone, on pourrait aller tout de suite vers plus de quotas payants, car sinon, les compagnies aériennes vont faire d'énormes profits et c'est le consommateur qui va payer le surplus», continue Damien Demailly.

Selon l'étude citée précédemment, sans mise aux enchères et à 250€/tC, les bénéfices des compagnies aériennes internationales pourraient s'élever jusqu'à 39,6 milliards €. 




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