Trottoirs à louer

Le 02 janvier 2018 par Stéphanie Senet
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Les publicités éphémères sont officiellement autorisées à titre expérimental
Les publicités éphémères sont officiellement autorisées à titre expérimental
Biodegr'AD

Les publicités éphémères sur les trottoirs sont autorisées à titre expérimental par un décret publié le 24 décembre au Journal officiel. Un projet tombé du ciel, combattu par les villes de Bordeaux et de Nantes.

 

Le code de l’environnement a été raboté entre la dinde et la bûche. Publié au Journal officiel, un décret autorise en effet «l’expérimentation de marquages sur le trottoirs à des fins publicitaires» à compter du 25 décembre, en dérogation aux codes de la route et de l’environnement. Permis pendant 18 mois, ce test est limité à trois agglomérations: Bordeaux, Lyon et Nantes.

 

2,50 mètres carrés au maximum

Toutes les publicités au sol ne sont pas autorisées pour autant. Selon l’article 2 du décret, elles doivent être «réalisées par projection ou application, à travers un pochoir, d’eau ou de peintures biodégradables à base d’eau ou de craie». Leur durée de vie ne doit pas dépasser 10 jours et leur surface est limitée à 2,50 mètres carrés. Elles doivent par ailleurs être séparées entre elles d’au moins 80 mètres.

 

Riverains consultés in fine

Une évaluation doit aussi être menée tous les six mois dans chaque agglomération concernée, et sera suivie d’un rapport final d’évaluation analysant l’éventuel lien entre ces marquages et les accidents de la route et les chutes sur le trottoir, ainsi que l’opinion des riverains, l’impact financier pour les communes. Des rapports qui seront transmis par le préfet aux ministres en charge de l’environnement, de la sécurité routière et de l’économie.

 

Zéro concertation

L’annonce de cette expérimentation a aussitôt provoqué un tollé, deux communes sur trois -Bordeaux et Nantes- dénonçant l’absence totale de concertation avant le lancement du projet. Dirigée par Alain Juppé (LR), la capitale girondine a réagi la première, rappelant dans un communiqué publié le 26 décembre, qu’elle avait «régulièrement opposé un  refus à des demandes de ce type émanant d’annonceurs ou de commerçants, considérant que cela constituait une pollution visuelle inutile». Elle ajoute que «les élus de la ville et ceux de la métropole n’ont été, à aucun moment, consultés ou informés en amont de cette décision».

Dans son nouveau règlement local de publicité intercommunal, adopté le 22 décembre, Bordeaux a d’ailleurs limité les publicités au mobilier urbain dans ses quartiers historiques «afin de limiter l’impact des dispositifs publicitaires sur le cadre de vie et tenir compte des nouveaux procédés et nouvelles technologies en matière de publicité».

La sénatrice et conseillère municipale Nathalie Delattre (UDI) a de son côté posé une question écrite au ministre de l’intérieur pour lui demander de suspendre, purement et simplement, cette expérimentation.

 

«Pollution visuelle inutile»

Même colère à Nantes, qui déplore également «une pollution visuelle inutile, qui nuirait à la sécurité et à la cohérence des messages transmis par la signalétique routière, touristique, et des indications pour repérer les transports en commun». Dans son communiqué du 29 décembre, la municipalité socialiste affirme que «l’espace public ne doit pas souffrir d’un excès de marchandisation de ses surfaces, qui verrait les publicités au sol se multiplier». Elle a d’ailleurs réduit, en février dernier, la densité des panneaux de 12% pour les 2 mètres carrés et de 14% pour les 8 m2, dans le cadre du renouvellement de son marché de mobilier urbain. La conclusion est limpide: «Nantes refusera toute demande de marquage au sol», écrit-elle noir sur blanc.

 

Lyon dans les starting-blocks

Dans un premier temps, la métropole rhône-alpine a affiché une position beaucoup plus favorable, indiquant le 28 décembre, à l’AFP, que «ses services étaient train d’étudier les meilleurs lieux d’expérimentation» pour les publicités éphémères. Ayant déjà commandé de tels marquages dans le passé pour des évènements particuliers, elle a ajouté que «les zones concernées seraient rendues publiques en début d’année, tout comme les prestataires choisis». Ce n’est pas un hasard si l’actuel ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, en a été le maire de 2001 à 2017. Il faut ajouter que le  lobbying en faveur de ces tests a été notamment porté par Biodegr’AD, une société de publicité basée à… Lyon.  

Depuis, la collectivité a légèrement nuancé ses propos, annonçant dans un communiqué daté du 29 décembre, le lancement d’une «concertation avec l’ensemble des communes de la métropole». Interrogée ce jour par le JDLE, la métropole a précisé que «la révision du règlement local de publicité intercommunal va être lancée, dans l’espoir d’aboutir au plus tard en juillet 2020». «Si aucun accord n’est trouvé, ce sont le règles du code de l’environnement qui s’appliqueront par défaut», a-t-elle ajouté.

 

Vide juridique

C’est justement sur le plan juridique que le bât blesse. Actuellement, les publicités éphémères ne sont ni autorisées ni interdites. Un vide juridique dans lequel se sont engouffrées des start-up comme Biodegr’AD, et qui devra être comblé au risque de voir les trottoirs se transformer en panneaux publicitaires.



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