Triste tropisme

Le 15 mai 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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2,7 milliards de terriens ne boient pas à leur soif.
2,7 milliards de terriens ne boient pas à leur soif.
WWF Simon Rawles

 

Alors que débute la saison des sommets internationaux, le WWF rappelle que nos modèles de développement restent désespérément insoutenables. Une contrainte que devront prendre en compte les plans de relance qui ne manqueront pas de fleurir dans les mois qui viennent.

 

Les sommets internationaux sont des occasions rêvées d’interpeller les chefs d’Etats et de gouvernement. A cet égard, les activistes de tout poil vont pouvoir se déchaîner dans les semaines qui viennent, car les maîtres du monde se retrouveront à l’occasion des sommets de l’Otan (Chicago), du G8 (Camp David), du G20 (Los Cabos). Sans oublier le 4e sommet de la terre: Rio + 20.

Tout naturellement, le WWF profite de cette fantastique fenêtre de tir médiatique pour publier son désormais célèbre Planète Vivante. Publié tous les deux ans, ce rapport établit un état des lieux de la planète, toujours plus sombre à chacune de ses livraisons.

Et l’opus 2012 n’échappe pas à la règle. Rédigé en collaboration avec la société zoologique de Londres et le réseau Empreinte écologique globale, le document du WWF met, cette année, le doigt sur les conséquences de notre croissance démographique.

A commencer par les dégâts collatéraux provoqués par notre demande croissante de nourriture. Sur tous les continents, les investisseurs achètent des terres arables à tour de bras pour sécuriser leur accès aux ressources agricoles. «Depuis le milieu des années 2000, la superficie concernée par ces acquisitions foncières est équivalente à celle de l’Europe orientale», indique l’organisation écologiste.

Cette consommation effrénée d’espaces contribue évidemment au recul de la biodiversité. Pour poser leur diagnostic sur l’état de santé des écosystèmes de la planète, les auteurs de la 9e édition de Planète Vivante utilisent l’indice éponyme (IPV).

Cet IPV est calculé à partir de séries chronologiques de données sur plus de 9.000 populations représentant plus de 2.600 espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de poissons du monde entier. Les changements au niveau des populations de chaque espèce sont agrégés et indiqués sous la forme d’un indice par rapport à 1970, ayant attribué à cette donnée de référence la valeur de 1. Il peut être perçu comme l’équivalent biologique de l’indice boursier qui suit l’évolution de la valeur d’un ensemble de titres et d’actions négociés en bourse.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les valeurs vertes accusent une forte baisse. L’IPV global indique un déclin de 30% depuis 1970, les écosystèmes tropicaux étant les plus touchés avec une baisse de 60% en moins de 40 ans.

Une évolution dont les hommes pâtissent. Quelques semaines après le forum mondial de l’eau, les experts consultés par le WWF rappellent que 2,7 milliards d’être humains vivent dans des bassins fluviaux connaissant de graves pénuries d'eau pendant au moins un mois de l'année. Sans infléchissement de nos trajectoires de consommation, complètent-ils, l’objectif de stabiliser le réchauffement climatique à 2°C ne pourra, en aucun cas, être atteint. Avec de nombreux dommages à la clé: acidification des eaux marines, montée du niveau des mers, fonte des glaces telluriques, réduction de la biodiversité marine et terrestre, sécheresse en Amazonie, multiplication des rétroactions positives…

Rien de nouveau, diront les observateurs. Vrai. Et c’est peut-être l’aspect le plus inquiétant soulevé par ce document. Car, bien que ces conséquences de notre développement soient dénoncées depuis des années, rien ne semble pouvoir faire dévier notre trajectoire destructrice.

«Nous vivons comme si nous avions une autre planète à disposition. En un an, nous utilisons 50% de ressources de plus que ce que la Terre peut régénérer dans ce même laps de temps. A moins que nous changions drastiquement de cap, cela va continuer à augmenter et d’ici 2030, deux planètes ne suffiront même plus», résume Jim Leape, directeur général du WWF International.

Les pays les plus anciennement développés comptent parmi les plus grands prédateurs d’espaces et de ressources naturelles. Globalement, l’empreinte écologique mondiale atteint 2,7. Ce qui signifie que chaque terrien doit disposer de 2,7 hectares pour satisfaire ses besoins les plus essentiels. Les Africains ne disposent que de 1,45 ha, contre 2,45 pour les natifs du Moyen orient, 1,63 pour les habitants de l’Asie-Pacifique, 2,7 pour les Latino-américains, 4,72 pour les Européens de l’UE (4,05 pour les autres Européens) et 7,12 pour les Nord-américains.

Comme pour ses finances, le Français vit très au-dessus de ses revenus naturels: 4,91 ha par personne. Soit autant que le Grec, mais moins que le Danois (8,25) ou le Belge (7,1).

L’empreinte écologique des pays à hauts revenus est 5 fois supérieure à celle des pays à bas revenus. Sans réelle surprise, les 10 pays à la plus forte empreinte écologique par individu sont le Qatar, le Koweït, les émirats arabes unis, le Danemark, les Etats-Unis d'Amérique, la Belgique, l’Australie, le Canada, les Pays-Bas et l'Irlande.

Leur mauvais exemple inspire nombre de gouvernements. Les pays des BRIIC (le Brésil, la Russie, l’Inde, l’Indonésie, la Chine) et les pays à revenus intermédiaires ont accru leur empreinte écologique par habitant de 65% depuis 1961.

Dénonciateur, le rapport se veut aussi constructif. Le WWF fixe ainsi 16 actions prioritaires qui pourraient stopper la dégradation de notre environnement global, en préservant le capital naturel, réduisant le gaspillage et consommant moins.

Reste à savoir si elles figureront dans les plans de relance économique qui devraient fleurir un peu partout dans le monde, au cours des prochains mois.



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