Travailler et vivre au milieu des pesticides favorise Parkinson

Le 12 avril 2018 par Marine Jobert
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La viticulture, 1ère consommatrice de pesticides.
La viticulture, 1ère consommatrice de pesticides.
Michael Clarke

L’incidence de la maladie de Parkinson (MP) augmente chez les agriculteurs et chez les riverains des épandages. Une piste pour mieux comprendre les causes de cette maladie neurodégénérative en pleine expansion?

Il y a 6 ans, la maladie de Parkinson faisait son entrée dans le tableau des maladies professionnelles. Pour la première fois, le lien entre cette maladie neurodégénérative et l’exposition aux pesticides était officiellement établie. Des études ont depuis montré des sur-risques de l’ordre de 10% pour les riverains des zones les plus viticoles, avec des associations plus fortes pour l’exposition aux herbicides et aux insecticides. Santé Publique France vient de publier une étude pour évaluer, à l’échelle nationale, l’excès de risque de MP parmi les agriculteurs et combler le fossé des connaissances sur le rôle de l’exposition non professionnelle en population générale.

Fin 2015, 166.712 personnes ont été traitées pour MP en France, soit une prévalence de 2,50 patients pour 1.000 personnes. En 2030, environ 260.000 personnes devraient être traitées pour une MP en France.

Plus de terres cultivées, plus de malades

En partant des bases de données du Système national d’information inter-régimes de l’Assurance maladie (Sniiram) et en comparant l’incidence de la maladie de Parkinson chez les affiliés à la Mutualité sociale agricole (MSA) avec celle des autres régimes d’assurance maladie, il est apparu que non seulement l’incidence était plus élevée chez les agriculteurs[1] -et significativement chez les plus âgés, de 65 à 84 ans-, mais qu’elle augmentait en fonction de la proportion des terres consacrées à l’agriculture.

A noter que la maladie n’est pas plus répandue chez les salariés agricoles que chez les personnes non affiliées à la MSA. Une observation qui peut s’expliquer à la fois par l’hétérogénéité du groupe des salariés (de l’ouvrier agricole à la secrétaire administrative) et par le fait que, dans le passé et pour la majorité des cultures, les exploitants agricoles étaient traditionnellement plus impliqués dans la pulvérisation de pesticides que les salariés agricoles, explique SPF.

L’eau du puits contaminée

Parmi 18 types d’activités agricoles, l’association la plus forte a été observée pour les cantons les plus fortement viticoles[2], mais aussi, dans une moindre mesure toutefois, pour ceux ayant une forte densité de cultures fruitières et permanentes régulièrement aspergées de pesticides. Un résultat valable pour les viticulteurs, mais aussi pour les riverains. Car «ces personnes vivant dans des zones caractérisées par des activités agricoles impliquant un usage important de pesticides pourraient être exposées aux pesticides, par exemple à leur domicile ou lieu de travail, analyse SPF. Il est également possible que les personnes vivant en zone rurale soient exposées par le biais d’applications de pesticides pour le jardinage ou par la consommation de fruits et légumes provenant de jardins traités ou d’eau de puits contaminée.». Dans ces conditions, et compte tenu de la présence documentée de dizaines de pesticides dans l’eau, le sol et jusqu’au cœur des maisons, l’agence s’interroge: «Le nombre de cas de MP attribuable aux pesticides pourrait être plus élevé que si seule l’exposition professionnelle était impliquée.»

Maladie en pleine expansion

Parkinson est la maladie neurodégénérative dont le nombre de cas a le plus augmenté entre 1990 et 2015: il a été multiplié par deux. Et pas seulement du fait du vieillissement de la population et de l’augmentation du nombre de personnes âgées, puisque le taux de prévalence standardisé sur l’âge a également augmenté d’environ 15%.



[1][1] Comme la MP a une longue période de latence, c’est le recensement agricole de 1988 qui a été utilisé pour l’analyse.

[2][2] En 2000, la viticulture représentait 3% de la SAU et consommait 20% des tonnages des pesticides, essentiellement en raison d’un usage important de fongicides et d’insecticides.       

 



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