Travail et Covid-19: le masque, dernier maillon protecteur, selon l’Anses

Le 31 mars 2020 par Romain Loury
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Les masques, après la distanciation sociale et les 'gestes barrière'
Les masques, après la distanciation sociale et les 'gestes barrière'

En milieu professionnel non-soignant, le masque peut certes apporter une protection contre le virus SRAS-CoV-2, mais celle-ci doit rester complémentaire des autres moyens de prévention, dont la distanciation sociale et les gestes barrière, estime l’Anses dans une note publiée lundi 30 mars.

S’appuyant largement sur le guide de l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA) américaine, «Guidance on preparing workplaces for COVID-19», publié le 9 mars, la note de l’Anses[i] rappelle quelques fondamentaux de la réglementation en matière de prévention, déclinés sur le thème du SRAS-CoV-2 chez les travailleurs.

L’Anses y prône en premier lieu la distanciation sociale: télétravail «dès lors que c’est possible», adaptation des horaires de travail, ou limitation du nombre de personnes dans un local commercial ou un point d’attente –ce qui est déjà pratiqué en routine dans les commerces de proximité, telles qu’épiceries et boulangeries.

L’agence évoque aussi la mise à disposition, pour les employés et le public, de matériel permettant la mise en œuvre des gestes barrière, tels que solutions hydroalcooliques, mouchoirs, poubelles et locaux d’hygiène.

Les EPI, oui, mais pas en substitution

Elle aborde également la question des équipements de protection individuelle (EPI), tels que gants, lunettes, écrans faciaux et masques de protection respiratoire. «Même si l'utilisation correcte de ces équipements peut aider à prévenir certaines expositions, elle ne doit pas remplacer les autres actions découlant de la stratégie de prévention», indique l’Anses.

Sur la question spécifique des masques, dont la pénurie est vivement dénoncée par les soignants, l’agence estime là aussi, pour les travailleurs hors soins et santé, qu’il doit s’agir du «dernier maillon d’un ensemble de dispositions à prendre et de gestes nécessaires, dont les ‘gestes barrières’, pour bénéficier d’une protection globale».

«Le recours à un masque de protection respiratoire reste une mesure de prévention moins efficace que les mesures techniques et organisationnelles également présentées. Si l’efficacité? dite théorique d’un masque testé en laboratoire peut s’avérer élevée, elle ne reflète pas pour autant l’efficacité? en conditions réelles d’utilisation, qui peut être réduite», ajoute l’Anses.

Efficacités théorique et réelle

Dans un avis publié en juillet 2018 sur les dispositifs respiratoires antipollution, qui ne s’appliquait toutefois qu’aux polluants de l’air et à certains agents biologiques (moisissures, pollens) mais pas aux agents infectieux, l’agence évoquait ainsi une «efficacité en conditions réelles d’utilisation qui [pouvait] être réduite, voire nulle».

«La fuite vers l’intérieur peut être augmentée par la morphologie du visage (enfant, présence de barbe…), le comportement de l’utilisateur, comme par exemple l’augmentation du débit respiratoire du fait d’un effort physique, ou encore l’absence de formation ou d’information sur les conditions d’utilisation, de stockage, de nettoyage et de renouvellement», expliquait-elle.

La production française en plein boom

Face à la pénurie de masques, dont la gestion par l’Etat est vivement critiquée, Emmanuel Macron, en visite mardi 31 mars dans une usine de fabrication de masques près d’Angers, s’est engagé à obtenir une «indépendance pleine et entière» de la France en matière de production «d’ici à la fin de l’année».

Alors qu’un milliard de masques produits en Chine sont en cours d’acheminement vers la France, et que d’autres commandes sont en cours, les efforts en cours dans les quatre entreprises françaises de masques devraient permettre de porter la production de 15 millions à 40 millions d’unités par mois, courant avril.

Or les besoins formulés par les personnels hospitaliers et des Ehpad s’élèvent à 40 millions par semaine, sans compter les demandes des policiers, des pompiers et des médecins de ville. Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé une dotation de 4 milliards d’euros à Santé Publique France pour financer les commandes de médicaments, de respirateurs et de masques.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail