Traquer le commerce illégal de bois pour réduire les émissions de GES

Le 28 septembre 2012 par Stéphanie Senet
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Pas moins de 30 pratiques frauduleuses ont été identifiées
Pas moins de 30 pratiques frauduleuses ont été identifiées

Selon un nouveau rapport, publié le 27 septembre par le Pnue et Interpol, le commerce illégal du bois s’est largement accru et complexifié au cours des dernières années. S’attaquer à ce marché noir permettrait pourtant de réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Entre 30 et 100 milliards de dollars (entre 23 et 77 Md€). C’est ce que se mettent dans les poches, chaque année, les acteurs de l’exploitation illégale de bois. Or ce marché noir est responsable de 90% de la déforestation tropicale, elle-même génératrice de 17% des émissions anthropiques de CO2: 50% de plus que les émissions combinées des bateaux, des avions et du transport routier.

C’est en Amazonie, en Afrique centrale et en Asie du Sud que le commerce illégal du bois atteint des sommets. Selon le rapport «Green Carbon, black trade» («Carbone vert, marché noir»), réalisé par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) avec Interpol, il y représente de 50 à 90% de l’exploitation forestière. Au niveau mondial, l’exploitation illégale totalise quand même entre 15 et 30% du commerce du bois (1). Surtout, elle entrave le bon fonctionnement du programme de réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (Redd).

Le marché noir a évolué au cours des 5 dernières années, passant d’une exploitation illégale directe à des méthodes plus sophistiquées de recel et de blanchiment du bois. Le rapport recense pas moins de 30 manières d’abattre des arbres et de les vendre en toute illégalité. Les fraudes les plus courantes consistent à falsifier les permis d’exploitation, à verser des pots-de-vin pour obtenir des autorisations (jusqu’à 40.000 € pour un permis), et à abattre des arbres en dehors des concessions, y compris dans des zones protégées (2). Mais d’autres pratiques sont apparues plus récemment, comme le piratage des sites internet gouvernementaux pour obtenir des permis de transport et des quotas plus importants. Par ailleurs, le blanchiment s’effectue par introduction de grands volumes de grumes illégales dans des plantations légales et la falsification de l’éco-certification se répand. Sans parler de la perte des revenus et des violences dont sont victimes les populations vivant dans les forêts.

Plusieurs dispositifs ont été mis en place pour réduire la part du marché noir. Il s’agit par exemple des accords volontaires de partenariat (AVP) du Plan européen d’action pour l’application des règlementations forestières ou encore de la certification du Forest Stewardship Council (FSC). De plus en plus d’Etats ont aussi recours à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction (Cites) pour s’assurer que les essences concernées sont légales, durables et traçables (les annexes en énumèrent 350). Des dispositifs malheureusement insuffisants.

Le Pnue suggère donc de mener en priorité des enquêtes sur les fraudes fiscales, la corruption et le blanchiment, en augmentant les capacités des équipes nationales travaillant avec Interpol contre les sociétés d’exploitation, les plantations et les scieries. Autres pistes: centraliser à l’échelle nationale l’émission des permis de défricher, des autorisations de transport routier et des mesures de lutte contre la contrefaçon.

Au niveau d’Interpol, un système de classification permettrait de distinguer en priorité les pays où les pratiques délictueuses sont les plus répandues. Il pourrait s’accompagner d’un système de notation décourageant les investissements dans les sociétés opérant dans des régions particulièrement touchées.

A l’échelle internationale, la priorité est de renforcer les financements d’un véritable programme d’assistance pour l’application de la loi en faveur des forêts (Leaf), en collaboration avec l’ICCWC (Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages) et l’initiative Redd+

(1) Selon les chiffres 2009 d’Interpol et de la Banque mondiale

(2) Un rapport du Pnue de 2007 montre que l’exploitation illégale en Indonésie frappe 37 des 41 zones protégées au niveau national

http://www.grida.no/_cms/OpenFile.aspx?s=1&id=1519

 

 

 



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