Transition énergétique: vous avez dit irréversible?

Le 01 septembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les résultats de la transition énergétique ne se traduisent pas dans l'atmosphère.
Les résultats de la transition énergétique ne se traduisent pas dans l'atmosphère.
NOAA

A ne considérer que les énergies renouvelables, on peut croire, comme le fait le WWF, que le monde change rapidement de modèle énergétique. Ce qui n’est pas tout à fait le cas.

La transition énergétique est désormais irréversible, annonce fièrement une brochure diffusée, ce jeudi 1er septembre, par le WWF France. Et pour nous en convaincre, la branche française de l’organisation au panda géant énumère 15 signaux censés nous montrer que nos sociétés sont bien en cours de décarbonation.

Alors, bien sûr, 90% des centrales électriques (en nombre mais pas en puissance) mises en service l’an passé consomment du bois ou utilisent les énergies solaire ou éolienne. Certes, les investissements dans les énergies renouvelables (ENR) électriques ne cessent de progresser d’année en année. Innovant, riche en capital, ce secteur est aussi créateur d’emplois: plus de 8 millions de personnes, dans le monde, travaillent pour les ‘énergies propres’. Mais le reste du discours relève purement et simplement de la méthode Coué. Importants, les investissements dans les ENR le sont assurément. Mais ils restent très en-deçà de ceux des seules compagnies pétrolières.

Décarbonée, la Chine?

Affirmer que la Chine (dont on ne connaît pas les émissions réelles) «a déjà dû atteindre son pic de consommation de charbon» est sans doute très audacieux. Certes, la consommation de houille et d’anthracite marque le pas dans l’Empire du milieu, mais le phénomène semble, pour le moment, plus imputable au ralentissement de la croissance économique de l’atelier du monde qu’à un début de décarbonation.

En la matière, le seul engagement qu’a réellement pris Pékin est de plafonner ses émissions de CO2 «vers» 2030. Ces 15 prochaines années, la Chine va surtout mettre en service l’équivalent de 10 parcs de production d’électricité français dont, au mieux, 20% seulement des capacités seront décarbonées. Rappel: malgré le ralentissement du développement du parc thermique, annoncé au printemps dernier par la commission nationale du développement et de la réforme, 190 gigawatts de capacités au charbon sont actuellement en construction en Chine.

Gros programmes charbonniers

De grands pays émergents ou en développement, comme l’Inde (+50 GW d’ici 2022), la Turquie (+30 GW d’ici 2019), le Bangladesh (16 GW), les Philippines (+13 GW d’ici 2030) mettent en œuvre d’importants programmes de construction de centrales au charbon. Ce qui incite de grands pays producteurs, comme l’Australie, à poursuivre le développement de nouveaux gisements de charbon.

L’intensité énergétique globale s’améliore (de 1,7% entre 2010 et 2012) insiste le WWF. Certes, mais est-ce pour de bonnes raisons? Pas sûr, à en croire le récent bilan dressé pour l’Union européenne par le Centre commun de recherche. La désindustrialisation et le ralentissement économique de l’Europe ont plus sûrement amélioré la performance énergétique du Vieux monde que ses normes.

En résumé, les énergies renouvelables se développent effectivement, mais représentent encore une part très modeste de notre bouquet énergétique global. En 2013 (dernière année disponible), nous rappelle l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les énergies renouvelables ont fourni 12,6% de l’énergie primaire mondiale: autant qu’en… 1973! Il y a trois ans, les énergies fossiles ont encore généré 81% de l’énergie primaire du monde.

Des fossiles pour longtemps

Dans son dernier exercice de prospective, le conseil mondial de l’énergie estime que les énergies renouvelables pourraient produire de 19 à 32% de l’énergie primaire à l’horizon 2050. Ce qui n’est pas si mal. Ce qui est moins bien, en revanche, c’est qu’entre 2010 et 2050, la consommation mondiale d’énergies aura bondi de 30 à 60%. Dans tous les cas de figure, l’Humanité va consommer de plus en plus d’énergies fossiles. Ce qui nous mène tout droit vers un sérieux réchauffement, sans doute supérieur 3 °C d'ici la fin du siècle. Non, décidément, au rythme actuel, la transition énergétique n’est vraiment pas irréversible.



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