Transition énergétique: une simple question d’argent?

Le 30 janvier 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le Danemark a une longueur d'avance sur la France
Le Danemark a une longueur d'avance sur la France

Refondre notre modèle est un projet de mutation énergétique. Mais il comporte aussi de forts enjeux sociaux, économiques et environnementaux. Bref, un véritable projet de société, ont insisté les participants aux Assises de l’énergie de Grenoble.

Dans le débat sur la transition énergétique qui s’amorce, la question du coût est un peu le serpent de mer des discussions. Tout le monde la pose, mais personne n’y répond. A part, peut-être, les responsables allemands qui estiment le prix de leur mutation énergétique à une quinzaine de milliards d’euros par an [JDLE].

Au second jour des 14e Assises de l’énergie (dont le JDLE est partenaire), le coût a bien sûr figuré en tête de liste des questionnements. Mais pas seulement.

Engagé depuis le début des années 2000 dans semblable mutation (objectif: un approvisionnement énergétique 100% énergies renouvelables en 2050), le Danemark a fait entendre une petite musique dissonante aux oreilles françaises. «Tout a commencé par un plan gouvernemental qui a fixé des objectifs à court, moyen et long terme, tant sur le plan des objectifs à atteindre en termes de réduction d’émission, d’efficacité énergétique, que de modes de production. Un plan auquel a totalement souscrit l’opposition», rappelle Karen Johansen Geslin, en charge des questions énergétiques et climatiques à l’ambassade du Danemark à Paris.

Le consensus obtenu, restait à adapter la méthode à l’ambition affichée. «Jusqu’à présent, l’Etat planifiait tout. Cette fois, nous avons laissé la main aux régions, lesquelles ont adopté une démarche projet», reprend l’experte scandinave.

Résultat: initialement fourni par une dizaine de centrales électriques au fioul et au charbon, l’approvisionnement énergétique du royaume est désormais assuré par plusieurs centaines d’unités locales de cogénération, de parcs éoliens (marins et terrestres) et de fermes photovoltaïques. Avantage du nouveau bouquet énergétique: la cogénération (production combinée de chaleur et d’électricité à haut rendement) compense l’intermittence de la production des énergies renouvelables.

A l’évidence, en France, nous n’en sommes pas encore là. En témoigne le débat initié, ce matin 30 janvier, sur l’évolution du prix de l’énergie. «Le débat sur la transition énergétique, indique le sénateur Ronan Dantec (Europe Ecologie-les Verts), doit intégrer la hausse inéluctable du prix de l’énergie. Sinon, il n’y aura pas de consensus.»

Catherine Dumas n’est pas forcément de cet avis. La directrice générale adjointe du puissant Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de télécommunications (Sipperec) accepte éventuellement le principe d’une inflation du coût de l’énergie, mais pas à n’importe quel… prix. «Je ne sais pas si les prix de l’électricité doivent effectivement augmenter de 50% d’ici 2025. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que nous avons besoin de transparence des coûts. Le pouvoir local monte en compétence, mais ne dispose pas des comptes de la distribution d’électricité, alors qu’il est le propriétaire des réseaux de distribution», enrage la tombeuse des tarifs régulés de vente d’électricité [JDLE].

Pas de consensus donc sur l’évolution des prix et par conséquent sur le montant de la facture finale. Pas plus d’ailleurs que sur d’éventuels modes de financement de la transition. L’économie du carbone? Elle est en pleine déliquescence. «à 4 euros le quota d’émission, le signal prix du carbone ne sert plus à rien», souligne, navré, Pierre Ducret, président de CDC-Climat. Ce qui compromet d’ailleurs, le financement du programme de rénovation thermique du bâtiment, dont une bonne moitié (600 M€ par an) devait être abondée par la vente aux enchères des quotas d’émission français. Au prix actuel, lesdites enchères ne devraient pas rapporter plus de 300 M€/an. Les 4 millions de «précaires énergétiques» devront patienter.

D’autant que l’ère n’est pas à l’imagination financière. «Les règles imposées aux banques par les accords Bâle III abaissent le crédit de ce genre d’opérations», rappelle l’euro-députée Corinne Lepage.

Mais l’économie n’est pas tout. «Ceux qui appréhendent la transition énergétique sous l’angle de la fermeture de Fessenheim ou de la composition du mix énergétique ont une vision petit bras», estime Eloi Laurent. Pour l’économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la transition énergétique est d’abord un enjeu social. «La péréquation des prix de l’électricité crée de l’inégalité sociale, en incitant les plus démunis à habiter loin des centres, ce qui accroît leur dépendance aux carburants pétroliers.» La bonne transition énergétique, souligne l’auteur de la Nouvelle écologie politique, devra tout à la fois inciter à décarboner, réduire les inégalités et favoriser l’innovation.

Sans oublier d’instiller un peu de pédagogie. «Tout le monde veut la transition énergétique. Mais quand je vois qu’il faut 7 ans pour mettre en place un parc éolien, je m’interroge», insiste Bruno Rebelle, membre du comité de pilotage du débat national.

http://www.journaldelenvironnement.net/article/transition-energetique-un-exemple-allemand,32846

http://www.journaldelenvironnement.net/article/electricite-pourquoi-il-faut-revoir-les-tarifs-regules,31312



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