Transition énergétique: sur le papier, EDF a gagné

Le 07 mars 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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EPR : un réacteur sans descendance ?
EPR : un réacteur sans descendance ?
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Une version préliminaire de la programmation pluriannuelle de l’énergie tente de conjuguer nucléaire et renouvelables. Un bouquet qui promet d’être coûteux.

EDF serait-elle plus aux abois qu’on ne le croit? Dimanche 6 mars dans la soirée, le directeur financier de l’électricien semi-public a présenté sa démission «avec effet immédiat». La rumeur d’un désaccord profond entre Thomas Piquemal et son PDG, Jean-Bernard Lévy, courait depuis plusieurs semaines. En cause: la construction de deux réacteurs EPR sur le site de la centrale EDF d’Hinkley Point, sur la côte Ouest du Royaume-Uni. Un projet dont le montant atteint les 23 milliards d’euros.

Pour Thomas Piquemal, il est urgent de remettre à plus tard la décision de couler le premier béton de la première centrale nucléaire construite outre-Manche depuis 21 ans. Plus urgemment, l’opérateur historique doit financer le rachat (pour 2,5 Md€ environ) de la division réacteurs d’Areva, imposé par l’Etat pour sauver l’ex-leader mondial du nucléaire. EDF doit aussi et surtout résoudre une équation potentiellement mortelle: financer la modernisation de son parc nucléaire, laquelle lui permettra de perpétuer son modèle d’affaires (très nucléarisé) alors que les prix de l’électricité en Europe ne cessent de décrocher. Montant estimé du devis: entre 55 et 100 Md€ .

Le successeur de l’EPR

Pour ne rien arranger, l’énergéticien doit aussi préparer le successeur de l’EPR. Le réacteur de nouvelle génération ne sera probablement construit qu’à une poignée d’exemplaires. Trop complexe, trop cher, il ne sera pas la cheville ouvrière du système électrique français, ni la vache à lait d’Areva. D’où l’importance d’en concevoir une version allégée, dont l’érection des premiers exemplaires pourrait intervenir au cours de la prochaine décennie. Au mieux. Le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy devra enfin accroître ses provisions pour financer la gestion des déchets nucléaires, dont l’addition devrait se révéler bien plus élevée qu’attendu.

Considérable, ce programme était pour Thomas Piquemal tout simplement intenable pour EDF, déjà lourdement endetté. Ce n’est pas l’avis de son président. Ni du gouvernement.

Projet de PPE

En fin de semaine dernière, l’avocat Arnaud Gossement a publié sur les réseaux sociaux les bonnes pages d’une version préliminaire de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Prévu pour être publié à la fin de l’année passée, le document de planification du système énergétique en général, et électrique en particulier, ne sera finalement pas connu avant plusieurs semaines. A lire la version préliminaire, on comprend que sa divulgation inquiète l’hôtel de Roquelaure.

Les énergies renouvelables n’y sont pas maltraitées. Entre 2014 et 2023, leur capacité installée pourrait passer de 40 gigawatts électriques à 70, voire 74 GWe. L’essentiel de ce boom des énergies vertes étant profitable à l’éolien et au photovoltaïque[1]. Il s’agit «d’un scénario équilibré entre les filières, ambitieux, mais réaliste», indiquent les auteurs du document. Est-ce aussi le cas pour la partie nucléaire?

1,7 milliard par réacteur

Il est permis d’en douter. Cette mouture prévoit «d’engager, au cours de la première période de la PPE [2016-2018, ndlr], les investissements pour préparer une première tranche de 25 GW de prolongation (40% du parc)». Pour mémoire, le coût de cette modernisation est estimé par la Cour des comptes à 1,7 milliard par réacteur. Soit une quarantaine de milliards pour le lot. En complément, les services du ministère de l’écologie proposent «d’engager le développement d’un réacteur optimisé, sur la base de l’EPR, en vue de pouvoir prendre des décisions d’investissements au cours de la seconde période de la PPE [2019-2023, ndlr]A ce stade, le montant du devis du successeur de l’EPR n’est pas évaluable. Le projet de PPE entend aussi «maintenir la politique de circuit fermé du combustible nucléaire»; c’est-à-dire de continuer à recycler le combustible usé des centrales à l’usine de la Hague.

Coûteuse, cette technologie n’est perpétuable qu’en conservant un important parc nucléaire en fonctionnement. Or, si le texte esquisse des arrêts de tranche à l’horizon 2025, il ne fixe aucun objectif. La loi sur la transition énergétique d’août 2015 impose à EDF de ne pas produire plus de la moitié de l’électricité française avec des centrales nucléaires. Ce qui, mécaniquement, signe l’arrêt de mort d’une quinzaine de réacteurs d’ici 2025. Impensable pour EDF, qui perdrait là le quart de son parc nucléaire. Impensable aussi pour l’Etat-actionnaire qui, dans cette perspective, devrait dédommager EDF.

Patate chaude

Comment conjuguer un très fort accroissement des renouvelables avec la poursuite du programme nucléaire? La PPE propose d’arrêter «une capacité nucléaire historique au moins équivalente» à la puissance de l’EPR de Flamanville. Le décret abrogeant l’autorisation d’exploiter devrait être publié dans les prochains mois pour une mise à l’arrêt effective de deux tranches de 900 mégawatts fin 2018. Pour le reste, le texte nous propose d’attendre 2019: le temps de «constater les évolutions réelles du mix énergétique (évolution de la consommation, des énergies renouvelables, des exports, etc.) pour prendre d’autres décisions sur les réacteurs nucléaires». Ou comment refiler au prochain gouvernement la pire des patates chaudes.

 



[1] Dans le meilleur des scénarios, la capacité installée éolienne pourrait ainsi passer de 9,3 à 26,3 GW. Dans le même temps, la capacité photovoltaïque pourrait atteindre 20,2 GWc en 2023, contre 5,4 GWc en 2014.

 



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