Transition énergétique: premières escarmouches nucléaires

Le 27 août 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Qui croire : le ministre ou le député Montebourg?
Qui croire : le ministre ou le député Montebourg?

Les décideurs ont le chic pour polluer les débats de société qu’ils ont eux-mêmes lancés. En son temps, le président Sarkozy s’était aliéné une partie des écologistes en décidant que l’énergie nucléaire ne serait pas concernée par le Grenelle de l’environnement.

Nous sommes proches de la récidive. A quelques jours de l’ouverture du débat sur la transition énergétique, le ministre du redressement productif sort de sa réserve.

Dans un entretien accordé à BFM TV, Arnaud Montebourg a estimé, dimanche 26 août, que «le nucléaire est une filière d’avenir» tout en reconnaissant qu’il fallait qu’il soit «rééquilibré».

«Avec une augmentation continue de la consommation des ménages et industrielle, même en maintenant notre parc de centrales actuel», la question est de savoir «si nous allons continuer à investir», a-t-il affirmé. «Pour ma part, je considère que le nucléaire est une filière d’avenir.»

Le ministre a reconnu que s'«il ne s’agit pas d’abandonner le nucléaire», il faut le «rééquilibrer».

Interrogé sur les promesses du candidat François Hollande de réduire le nucléaire en France, Arnaud Montebourg a répondu que «la réduction (du nucléaire) se conjugue dans une équation à deux chiffres: la quantité de ce que l’on consomme chaque année, qui augmente, et l’offre».

«Nous avons besoin d'énergie et pas trop chère», a-t-il dit, et «la France a un atout extraordinaire entre les mains [avec ses centrales nucléaires, ndlr] qui lui a permis de bâtir son industrie».

Grâce au nucléaire, l’industrie française a pu «passer les épreuves, y compris les chocs pétroliers, la crise...», a-t-il ajouté, «c’est une énergie abordable».

Sur son blog, celui qui n’était pas encore ministre, tenait un autre discours, il n’y a pas si longtemps.

«Le nucléaire, comme toutes les autres sources d’énergie non reproductibles, ne peut qu’être une solution transitoire. Chacun sait bien qu’on en sortira, à un moment ou à l’autre. L’important aujourd’hui et dans la prochaine législature est de le remettre à sa place, c'est-à-dire ne plus en faire la base de notre production énergétique que l’on complète par des énergies renouvelables. C’est possible en harmonisant les réseaux européens, pour intégrer le vent du Nord et le soleil du Sud et ainsi minorer la part du nucléaire. Poser la question du nucléaire, c’est aussi briser le tabou d’une énergie bon marché. Coût du risque, de la construction des centrales, de leur démantèlement, de la gestion des déchets doivent être pris en compte. Il faut donc hisser notre société par-dessus l’horizon du nucléaire et envisager la suite car le nucléaire est dépassable. Tout ne se fera pas immédiatement, mais il est du rôle des transformateurs d’initier une politique du temps long.»

Durant la campagne présidentielle, François Hollande avait promis d’engager «la réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 à 50% à l’horizon 2025», conformément à l’accord électoral qui avait été négocié entre le PS et les écologistes d’Europe-Ecologie-les Verts. Ces derniers défendaient une sortie du nucléaire.

Mais le président a déclaré, avant et après son élection, qu’il fermerait durant son quinquennat une seule centrale, celle de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc nucléaire hexagonal, et qu’il achèverait la construction de l’EPR de Flamanville (Manche). Ce nouveau réacteur est censé entrer en service en 2016.

Comme il fallait s’y attendre, la sortie du ministre du redressement productif a fait bondir les alliés verts de la majorité. Dans un communiqué, Denis Baupin, vice-président de l’Assemblée nationale, s’en prend directement au ministre socialiste. «Le ministre du redressement productif a déclaré ce soir que le nucléaire serait une filière d'avenir. Une profession de foi en décalage total avec la réalité.»

«Partout dans le monde, au contraire, le nucléaire est en déclin, écrit le député de Paris, avant d'énumérer: abandon en Allemagne, en Belgique, en Italie, abandon de fait au Japon, remise en question des programmes de construction en Chine, aux Etats-Unis.»

«Partout les Etats considèrent aujourd'hui que les risques et les coûts liés à cette énergie dépassent largement ses avantages supposés, poursuit Denis Baupin, citant des estimations de la Cour des comptes selon lesquelles un accident type Tchernobyl ou Fukushima coûte entre 600 et 1.000 milliards d'euros (entre 479 et 800 milliards d’euros).»

Le débat sur la transition énergétique commence sur de bonnes bases.



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