Transition énergétique: Paris et Berlin n’avancent pas

Le 19 février 2014 par Stéphanie Senet
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L'Airbus de l'énergie n'a toujours pas décollé
L'Airbus de l'énergie n'a toujours pas décollé

Le conseil des ministres franco-allemand, qui s’est tenu ce 19 février à l’Elysée, n’a vu décoller aucun Airbus de l’énergie ni d’objectif climatique ambitieux. Seule nouveauté: la taxe sur les transactions financières, utile pour financer la lutte contre le réchauffement, pourrait être avalisée avant les élections européennes du 25 mai.

A l’Elysée, la journée a bien commencé. Un peu avant 7h, le président Hollande a reçu une livraison de 5 tonnes de charbon et de 2.000 litres d’eau radioactive (1), gracieusement envoyée par Greenpeace. Objectif: rappeler au chef d’Etat qu’il pouvait faire avancer la transition énergétique, de concert avec Berlin. L’ONG réclame des engagements supérieurs au paquet Energie Climat 2030. Soit un objectif contraignant d’au moins 45% d’énergies renouvelables au niveau européen à la place des 40% présentés par Bruxelles.

Pour rappel, un fossé sépare Paris de Berlin, qui vise déjà 80% d’ENR en 2050, même si l’Allemagne continue de faire la part belle au charbon. «Angela Merkel mise beaucoup sur le succès de sa sortie du nucléaire et sur le développement rapide des ENR. Mais le recours au charbon sape les ambitions climatiques. L’Allemagne a besoin d’une loi de sortie du charbon pour parachever sa transition», estime Karsten Schmid, chargé de campagne Energie pour Greenpeace.

 

Airbus de l’énergie?

Résultat des courses: à la fin de la journée, l’Airbus de l’énergie n’avait toujours pas décollé. «La grande entreprise franco-allemande dédiée à la transition énergétique», évoquée en janvier à Paris, s’est transformée ce 19 février en partenariats industriels et technologiques à développer des deux côtés du Rhin. «Il y a une différence de culture entrepreneuriale entre les deux pays. Fonder une entreprise commune est encore difficile à imaginer», observe un diplomate allemand.

Ces partenariats devront être conclus dans 4 domaines prioritaires: le transport d’énergie, les énergies renouvelables, le stockage de l’électricité et l’efficacité énergétique. Ils devraient s’appuyer sur une structure commune, fruit de la collaboration entre l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et son homologue allemande, la Deutsche Energie Agentur GmBH (Dena).

Au mieux, il faut s’attendre à un renforcement des compétences de l’Office franco-allemand sur les énergies renouvelables, installé en février 2013. Côté financement, la Caisse des dépôts et son homologue allemande KfW devront présenter avant l’été des propositions pour soutenir le renforcement de l’efficacité énergétique.

 

Pas mieux que Bruxelles

A ceux qui en douteraient, François Hollande et Angela Merkel ont voulu rassurer sur leurs intentions communes. «La France et l’Allemagne sont en total accord pour mener une transition énergétique avec ambition», a affirmé le chef de l’Etat français. Traduction: Paris et Berlin soutiennent le paquet Energie Climat 2030 présenté le 22 janvier par la Commission européenne. Soit 40% de réduction d’émission de gaz à effet de serre par rapport à 1990 et un objectif non contraignant de 27% d’ENR dans la consommation énergétique de l’UE.

 

Une taxe sur les transactions bouclée avant le 25 mai?

La taxe européenne sur les transactions financières, qui pourrait financer le Fonds vert créé sur le papier à Copenhague en 2009, n’a guère progressé. A un détail près: son calendrier. «La France et l’Allemagne ont la volonté d’aboutir avant les élections européennes», a déclaré François Hollande lors de la conférence de presse. «Cette taxe serait un signal important, qui montrerait que les acteurs financiers ont une responsabilité», a complété Angela Merkel.

Pour l’heure, les négociations bloquent sur les produits dérivés, très prisés par la BNP Paribas et par la Deutsche Bank. Présentée par la Commission européenne en 2013, la taxe aurait dû voir le jour au 1er janvier 2014. Pour contourner les réticences britanniques, elle ne devrait plus s’appliquer qu’à 11 pays de l’UE, pour commencer. Elle pourrait quand même rapporter jusqu’à 35 milliards d’euros par an selon Bruxelles. Mais les banques poursuivent un lobbying intense contre son adoption. La lutte contre le changement climatique en aurait pourtant besoin, elle qui ne dispose que de 100 M€ accordés par la conférence de Varsovie en 2013.

(1)Il s’agit d’eau contaminée au tritium, prélevée dans les environs de la centrale de La Hague (Manche).

 



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