Transition énergétique: les industriels, pourfendeurs de freins

Le 07 mars 2019 par Romain Loury
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L'éolien marin, une ambition insuffisante
L'éolien marin, une ambition insuffisante
Orsted

Pour assurer la transition énergétique, il faut desserrer les freins qui pèsent sur l’industrie, ont estimé plusieurs de ses représentants lors d’une audition organisée jeudi 7 mars à l’Assemblée nationale, qui a pris la forme d’une succession de plaidoyers pro domo.

Six grands groupes français étaient représentés lors de cette audition par la mission d’information relative aux freins à la transition énergétique: EDF, Engie, PSA, Renault, Total et Orano. Chacun y a énuméré les obstacles qu’ils perçoivent à la transition énergétique, qui, coïncidence, s’avèrent souvent les mêmes que ceux à leur propre développement industriel.

Energies renouvelables: un envol à protéger

Premier à prendre la parole, Bruno Bensasson, directeur exécutif en charge du pôle énergies renouvelables d’EDF, a ainsi évoqué la question de l’éolien marin, qui accuse du retard en France en raison de divers recours lancés contre les premiers projets, lancés dans le cadre d’un premier appel en 2011.

L’ex-directeur général d'Engie Afrique s’est dit confiant quant au troisième appel à projets, relatif au site de Dunkerque, dont EDF devrait «déposer ses offres dans quelques jours». Plus saillant, Jean-Baptiste Séjourné, directeur de la régulation d’Engie, a jugé «insuffisantes» les ambitions françaises en matière d’éolien marin.

Bruno Bensasson se montre par ailleurs inquiet quant à l’avenir de l’éolien terrestre, qui n’a fait l’objet d’aucun nouveau projet autorisé depuis «un peu plus d’un an», en raison de la réforme de l’Autorité environnementale. Côté photovoltaïque, EDF souhaite pouvoir lancer des projets à plus grande échelle, d’une capacité supérieure à 30 mégawatt (MW)soit 30 hectares de terrain, sujet dont il faudra discuter avec la filière agricole pour éviter les conflits d’usage. Une demande soutenue par la Commission de régulation de l’énergie.

Automobiles: bornes électriques et bonus écologique

Pour l’industrie automobile, la préoccupation majeure est celle du maillage territorial en bornes de recharge électrique, aussi bien «en quantité qu’en qualité», souligne Laurent Fabre, délégué aux institutions publiques chez PSA. Pour Catherine Girard, experte énergie de la direction du plan environnement chez Renault, «il y a un enjeu en termes de nombre, mais aussi en termes d’évolution spatiale, il faut assurer le plus possible une cohérence territoriale optimisée».

Autre frein, l’écart de prix entre les véhicules propres (électriques, hybrides) et thermiques: «aujourd’hui, le maintien durable d’un bonus écologique de 6.000 euros est une condition sine qua non au maintien de la dynamique du véhicule électrique, c’est un point absolument central. Garder cette visibilité à moyen terme est également un facteur important», explique Catherine Girard.

La concurrence chinoise, menace pour la transition?

Lors de son tour de parole, Bertrand Deroubaix, conseiller auprès du PDG de Total, a quant à lui pointé la compétition internationale toujours plus vive, en particulier au sujet des batteries électriques dont l’entreprise est devenu un acteur en acquérant le fabricant Saft en mai 2016.

Selon lui, «il faut que l’Europe nous aide, mais aussi nous protège: on est nombreux à être motivés pour produire des batteries européennes pour les voitures électriques, encore faut-il qu’on ait un minimum d’instruments de défense contre les batteries asiatiques et notamment chinoises, qui ne manqueront pas de nous envahir, et nous ont d’ailleurs déjà envahis (comme cela a été le cas pour les panneaux solaires), si on reste centrés sur la libre concurrence et le marché complètement ouvert».

Orano défend son «bas-carbone»

Quant à Orano, elle semble n’avoir pas totalement digéré l’objectif de diminuer à 50% la part d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2035, contre 75% aujourd’hui. Armand Laferrère, son directeur des affaires publiques, met en garde contre «des effets pervers» liés à l’«électrification» des usages: «il faudra répondre aux pics des demandes», notamment lié à l’essor des véhicules électriques.

Autre inquiétude, la vente à l’étranger d’électricité nucléaire françaiseà hauteur, «bon an mal an», de 6 milliards d’euros par an: «les pays qui ont moins d’argent et moins de compétences ont moins de marge [que la France, ndlr] pour se livrer à une transition énergétique (…) Il faut préserver cela pour avoir des ressources afin de faire autre chose», juge Armand Laferrère. En bref, de ne pas négliger une source de revenu qui pourrait être utile pour financer la transition énergétique.

L’Etat doit faire montre de plus de visibilité

Tous demandent par ailleurs à l’Etat plus de «visibilité»à long terme dans ses mesures, que ce soit pour les aides à l’achat de véhicules propres ou pour le lancement d’appels à projets. Exemple dans le photovoltaïque: «aujourd’hui, on a de la visibilité jusqu’à juin prochain. Pour un industriel, c’est très rapide, on a besoin de savoir dès maintenant ce qu’on devra déposer en décembre», constate Bruno Bensasson d’EDF. L’ancien conseiller technique auprès de la présidence de la république feint d’oublier que le projet de programmation plurianuelle de l’énergie (PPE) fixe des appels d’offres jusqu’en 2024.

Chi va piano va sano: il faut lever des freins, mais parfois sans se hâter. Pour Laurent Fabre, de PSA, la transition doit se faire «à un rythme raisonnable: nous sommes en train d’adapter nos structures industrielles, la valeur ajoutée directe affectée aux solutions électriques ou PHEV [véhicules hybrides rechargeables]par rapport aux solutions thermiques est de l’ordre de 30% moindre, donc il va y avoir des impacts sociaux si le ‘switch’ se fait de manière brutale. Le ‘switch’ ne se décrète pas, ce sont les consommateurs. Il va falloir lever les freins psychologiques, faire des campagnes de communication massive».

Pour Bertrand Deroubaix, de Total, «il faut aller assez vite pour que cela serve à quelque chose, mais pas trop vite pour qu’on ne braque pas tout le monde. La vitesse peut être un frein».



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