Transition énergétique: les climatologues ne lui disent pas merci

Le 16 octobre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le bilan carbone de la loi sur la transition semble être faible.
Le bilan carbone de la loi sur la transition semble être faible.
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Interrogés par le JDLE, quatre chercheurs français regardent le projet de loi sur la transition énergétique avec scepticisme.

A peine adopté par l’Assemblée nationale, le projet de loi sur la transition énergétique fait bondir plus d’un climatologue. Invité, ce jeudi 16 octobre, de l’association des journalistes de l’environnement (AJE), François-Marie Bréon a critiqué l’un des points-clés du texte présenté par la ministre de l’écologie. «Je ne comprends pas comment l’on peut imaginer abattre de 40% les émissions de gaz à effet de serre, entre 1990 et 2030, en réduisant ainsi la part du nucléaire», s’interroge le directeur adjoint du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CNRS-CEA-UVSQ). Le texte adopté par les députés le 14 octobre impose à EDF de réduire à 50%, «à l’horizon 2025», la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité, contre 75% actuellement.

Stockage ou thermique

Interrogé sur le renforcement annoncé des sources renouvelables de production d’énergie (32% en 2030, contre 23% en 2020), le climatologue estime qu’un tel objectif n’est atteignable qu’à condition de mettre en service des centrales thermiques d’appoint ou de développer des capacités de stockage d’énergie de grande puissance. Ce qui n’est effectivement pas à l’ordre du jour.

Limiter l’électricité fossile

Membre du groupe 1 du Giec[1], François-Marie Bréon suggère un amendement aux sénateurs: «Il serait bon que l’on limite la production d’électricité à partir d’énergies fossiles, comme on l’a fait avec le nucléaire. Faute de quoi les émissions françaises ne pourront que repartir à la hausse».

Un pronostic partagé par d’autres chercheurs. Interrogée par le JDLE, Valérie Masson-Delmotte porte un regard critique sur le texte, tout en reconnaissant ne pas disposer d’outil pour «évaluer simplement si les moyens envisagés permettront d'atteindre les objectifs affichés». «Malgré un objectif explicite pour les renouvelables, la baisse de la part du nucléaire dans la production électrique fait redouter un recours croissant aux énergies fossiles.»

Pas de message lisible

La paléoclimatologue du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) redoute aussi que les mesures prévues manquent d’efficacité: «En l'état, ni pour la partie logement, ni pour la partie transport, ni pour la partie agriculture, ni pour la partie industrie, je ne vois de mesures aptes à amener une telle diminution. Et les décisions récentes du gouvernement (pas d'écotaxe, nouvelles lignes de bus qui concurrencent le transport en train, forte baisse du budget du ministère de l'écologie) ne vont d'ailleurs pas dans le sens d'un message lisible concernant une décarbonation.»

L’économiste du climat Christian de Perthuis ne cache pas, lui non plus, son pessimisme: «En l’absence de précision sur les instruments économiques et les financements, il est très difficile d’avoir une anticipation de ce qui peut être atteint. Or, ce sont précisément les éléments les plus faibles du projet».

Le texte voté oblige à réduire la consommation d’énergies fossiles de 30% entre 2012 et 2030, sans donner le moindre mode d’emploi. Certes, comme la loi Pope de 2005, la loi Royal porte le rythme annuel de baisse de l’intensité énergétique finale à 2,5 % d’ici à 2030. Mais, là encore, sans préciser comment atteindre de tels chiffres. Le nouvel objectif donné au dispositif de certificat d’économie d’énergie ne donne d’ailleurs pas un bon signal aux parties prenantes.

Le coup de grâce est donné par Olivier Boucher. Ce spécialiste de la chimie de l’atmosphère du CNRS rappelle que le projet de loi Royal « ne concerne qu'une partie des émissions de gaz à effet de serre. »



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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