Transition énergétique: la synthèse en avant-première

Le 16 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La transition énergétique : un chantier d'avenir et qui le restera ?
La transition énergétique : un chantier d'avenir et qui le restera ?

Le Journal de l’Environnement a pu consulter la synthèse des recommandations que le gouvernement publiera jeudi. Une chose est désormais acquise: cela ne nous permettra pas de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Le débat national sur la transition énergétique (DNTE) est terminé. Jeudi 18 juillet, le gouvernement doit dévoiler les principales «recommandations pour la transition énergétique de la France», la synthèse d’un semestre de débat, mené au sein de nombreuses instances parisiennes et d’innombrables (plus de 1.500!) réunions publiques régionales.

Pour ne pas alourdir le cahier de doléances, le secrétariat général du débat a sabré. Datée du 9 juillet, la dernière version en date (une autre est d’ores et déjà prévue) présente, en tout et pour tout, 15 «reco», censées constituer la colonne vertébrale du futur projet de loi sur la transition énergétique.

Pesant sa trentaine de pages, le document n’est pas des plus pédagogiques. Il fixe comme priorité première de diviser par 4 les émissions de tous les gaz à effet de serre d’ici 2050. Objectif louable et déjà fixé par la… loi Pope de 2005, et que l’on peut classer à la rubrique des vœux pieux. Dans le paradigme actuel, les transports et l’agriculture (43% des émissions françaises de CO2 à eux deux) n’ont aucune chance d’être totalement Climate Friendly.

La Commission européenne l’avait déjà souligné. Dans leur projet de feuille de route à 2050, les experts de la direction à l’action climatique avaient indiqué que l’atteinte du facteur 4 passait nécessairement par une décarbonisation totale du secteur de l’énergie.

Le document français ne dit pas autre chose: «L’effort à accomplir dans l’énergie est supérieur au facteur 4 dans la mesure où il sera difficile pour certains autres secteurs, comme l’agriculture, d’atteindre cet objectif, dans l’état actuel des technologies.» Reste à savoir comment totalement décarboner la production d’électricité ou le raffinage de pétrole, en une quarantaine d’années?

La question se pose-t-elle d’ailleurs en ces termes? Pour Alain Grandjean, le président du comité des experts, «la seule ambition de ces recommandations, c’est d’avancer dans le bon sens». Porte-parole de la fondation Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin est plus enthousiaste: «On montre tout de même que pour atteindre le facteur 4, il faut nécessairement diviser par deux la consommation d’énergie finale.» Une trajectoire qui a fait l’objet d’une véritable guerre de tranchées entre les partisans des scénarios prônant la sobriété énergétique et les milieux proches du patronat et des énergéticiens.

Le drapeau blanc ayant été hissé, comment aller de l’avant? D’abord, en investissant. Le montant du devis de la transition énergétique est fixé, en moyenne, à 2.000 milliards d’euros (investissements fatals compris, ndlr) sur 40 ans. «Mais tout dépend du scénario choisi, rappelle Matthieu Orphelin.  Si l’on cible, dès le début, la sobriété du bâtiment, on compense, en une décennie, les investissements annuels par les économies d’énergie et la réduction des achats d’hydrocarbures. Avec un prix du pétrole élevé, le montant total des économies d’énergie réalisées en 40 ans pourrait atteindre 3.000 milliards.

2.000 milliards, cela reste une somme. «Il faut contextualiser les choses, souligne Alain Grandjean. Ces dernières années, nous avons consacré près d’une centaine de milliards d’euros par an aux secteurs de l’énergie et des transports.»  Le surcoût est donc, a priori supportable. Question de lissage et de financement.

Tous les moyens de mobiliser des fonds ou presque sont mis à contribution par les rédacteurs des recommandations: mise en cohérence des dispositifs existants, mise en ordre de bataille des Banque publique d'investissement française-Banque européenne d'investissement (BPI-BEI) et de la Caisse des dépôts et consignation (CDC), développement du tiers investisseur, plans de soutien aux PME (pour s’équiper en robots), prime à la casse pour les équipements industriels énergivores, fléchages énergétique de l’utilisation de l’épargne publique, etc.

Curieusement, les deux moteurs annoncés du financement de la transition ne sont qu’évoqués à la marge. C’est en bas de la page 21 que l’on rappelle qu’il faut «construire une fiscalité cohérente avec la transition énergétique, notamment mettre progressivement en place une contribution Energie-climat». L’apport de la finance carbone est laissé au bon vouloir des institutions européennes: «Il faut réformer le marché européen d’échange de quotas et redonner un signal prix au carbone.» Un peu faible, tout de même. «La faute aux parties prenantes qui n’étaient pas suffisamment aguerries sur ce sujet», explique un expert.

Bien sûr, les débats sur les questions du financement sont loin d’être achevés. Christian de Perthuis publiera, également le 18 juillet, ses propositions de verdissement de la fiscalité. Prochainement, Pierre Ducret, patron de CDC Climat, doit rendre son rapport sur le financement de la rénovation thermique du bâtiment. Dominique Dron, ex-commissaire général au développement durable, achève pour septembre la rédaction de son étude sur le financement de la transition écologique. 

Peu enthousiasmantes, parfois floues ou peu compréhensibles, les recommandations des débatteurs augurent-elles d’un mauvais projet de loi? «Elles sont insuffisantes pour atteindre le facteur 4, reconnaît l’un d’entre eux. Mais c’est selon la façon dont le gouvernement s’en emparera que l’on verra s’il existe ou non une volonté politique d’engager véritablement la France dans l’ère de la transition énergétique



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