Transition énergétique: la parole aux industriels

Le 10 octobre 2012 par Stéphanie Senet
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Le nucléaire sera sans doute au coeur du débat qui s'ouvre le mois prochain
Le nucléaire sera sans doute au coeur du débat qui s'ouvre le mois prochain

Les présidents d’EDF, d’Areva, de l’IFPEN et du SER ont présenté leur vision du futur mix énergétique français aux députés, ce 10 octobre. Alors que le débat national démarre le mois prochain, les questions se précisent sur le poids du nucléaire, le développement des énergies renouvelables, la demande et le coût de l’énergie. Tour d’horizon.

La table ronde organisée par les commissions des affaires économiques et du développement durable a fait salle comble à l’Assemblée nationale, ce 10 octobre (1). Plus d’une quarantaine de députés sont venus écouter les patrons français de l’énergie et les questions ont fusé autour de la sûreté nucléaire, du prix de l’électricité, de la recherche et des investissements sur les énergies renouvelables (ENR).

Sur le nucléaire, tout d’abord. Ses défenseurs ont profité de la tribune pour faire la publicité de l’atome. Le président d’Areva a insisté sur une tendance mondiale: «Selon nos estimations, la capacité nucléaire va s’accroître de 2% par an dans le monde d’ici 2030». Si Luc Oursel évoque la nécessaire complémentarité avec les ENR, il insiste sur leur manque de maturité. Le président d’EDF l’a soutenu, en lançant que «le nucléaire est une énergie d’avenir, le gouvernement l’a rappelé», en référence aux déclarations d’Arnaud Montebourg à la fin août. «Où seront les prochaines centrales nucléaires? En Chine, dans 80% des cas», a poursuivi Henri Proglio, qui estime qu’un nouveau réacteur sera construit chaque mois dans l’Empire du milieu dès 2013.

A la question d’une filière française de démantèlement, Luc Oursel a répondu que 1.500 spécialistes travaillaient déjà sur le sujet en France et qu’Areva fournissait ses services pour le CEA en France, mais aussi pour l’Allemagne et les Etats-Unis. Il a ajouté que le démantèlement comprenait aussi des activités classiques implantées au niveau local et impossibles à délocaliser.

Interrogé sur la centrale de Fessenheim, le président d’EDF a rappelé que la centrale était sûre, et qu’elle allait même bientôt recevoir de l’Autorité de sûreté du nucléaire l’autorisation de prolongation de 10 ans pour son deuxième réacteur (une décision qui n’a pas encore été annoncée par l’ASN, ndlr). «La raison en est simple, nous avons d’ores et déjà réalisé les travaux de rénovation, comme nous l’avions fait pour le premier réacteur, avant la demande d’autorisation de prolongation», a-t-il précisé. Quant à la sûreté des autres installations françaises, mises en cause par un récent rapport de la Commission européenne, le président d’EDF a répondu que la ministre de l’écologie et le président de l’ASN avaient eux-mêmes déclaré qu’on n’y apprenait rien. «Et si la France y tient une bonne place, c’est en raison de l’importance du parc nucléaire français en Europe», a-t-il conclu.

Pendant plus de trois heures de débat, il y a aussi eu quelques jolies bisbilles. Le député socialiste Philippe Plisson (Gironde) a ainsi demandé à Henri Proglio si, après s’être ouvertement déclaré contre la politique nucléaire de François Hollande pendant la campagne, il ne devrait pas aujourd’hui présenter sa démission. Recadré par Jean-Paul Chanteguet, président de la commission du développement durable de l’Assemblée, le débat s’est poursuivi sur la question du coût de l’énergie.

Henri Proglio a répété que le coût du nucléaire était son atout majeur, rappelant l’estimation de la Cour des comptes publiée au début 2012, soit 49,5 euros le mégawattheure. Selon lui, il faudra un mix en 2025 composé d’économies d’énergie, d’atome et d’énergies renouvelables. Il a ajouté que la demande d’électricité allait s’accroître avec la population (6 millions de Français en plus en 2025) et avec le développement des nouvelles technologies. «Si on table sur une croissance de 2%, le parc actuel ne couvrira que 60% de la demande», a-t-il déclaré. Bilan: les économies d’énergie réalisées d’ici 2025 maintiendront une demande constante. Côté ENR, on attend la publication d’un rapport de la Cour des comptes sur leur coût.

Pour Olivier Appert, «si l’électricité représente 20% de la consommation finale, elle totalise 80% des problèmes et des commentaires». Le président de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN) note que la facture énergétique française monte en flèche (61 milliards d’euros en 2011), tout comme la demande, qui devrait augmenter de plus d’un tiers dans le monde entre 2009 et 2035. Selon lui, les énergies fossiles pourront encore couvrir les trois quarts de la demande énergétique, tandis que les ENR (sans l’hydroélectricité) ne pourront dépasser 11 à 12%. Pour diviser par 2 les émissions de gaz à effet de serre en 2050, il s’appuie sur une étude de l’Agence internationale de l’énergie qui estime que l’efficacité énergétique y contribuera à hauteur de 35 à 40%, le nucléaire à 6%, les ENR à 17% et le captage du CO2 à 19%.

Quant aux énergies futures à développer, chacun a prêché pour sa paroisse. Olivier Appert a évoqué les potentiels pétrolifères de la Guyane et des hydrocarbures non conventionnels, citant l’exemple des Etats-Unis qui seront exportateurs de gaz en 2020. Le président d’EDF estime que l’éolien terrestre s’avère le plus compétitif mais qu’il a besoin d’une filière. Il a ajouté que sa filiale renouvelables, EDF EN, expérimente des énergies marines et le stockage.

Jean-Louis Bal, le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), a insisté sur l’amélioration de la compétitivité des ENR, prenant l’exemple du photovoltaïque français depuis deux ans. Il estime que les ENR pourront contribuer au mix énergétique à hauteur de 24% dès 2035. Il a demandé le développement d’une politique de l’offre couplée avec une politique de la demande, afin de soutenir les investissements. Il a aussi rappelé l’importance de la chaleur, qui permettra de remplir 50% des objectifs français de production d’ENR en 2020. L’ancien directeur de l’Ademe a ajouté que le biogaz présentait un très gros potentiel mais qu’il était encore trop tôt pour tirer des conclusions, les projets étant très longs à développer (les mesures incitatives remontent à deux ans). Autre signe d’optimisme: la filière bois, qui représente selon lui l’une des premières énergies renouvelables françaises avec l’hydroélectricité, à la nuance près qu’elle devra davantage mobiliser la ressource (bois forestier et déchets agricoles).

«A défaut d’obtenir un consensus sur les solutions à mettre en place pour la transition énergétique, essayons d’obtenir un accord sur le diagnostic», a conclu François Brottes, qui préside la commission des affaires économiques de l’Assemblée. Beaucoup de questions restent encore en suspens, notamment sur le coût du démantèlement nucléaire, l’avenir de ses déchets, le surcoût des ENR, le stockage énergétique ou encore la décentralisation…

(1) La semaine dernière, les députés ont auditionné les représentants des filières des énergies renouvelables et la semaine prochaine, le débat tournera autour du développement durable dans les territoires ultra-marins.



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