Transition énergétique: l’Allemagne est à la peine

Le 25 mai 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La Chancelière peine à convaincre.
La Chancelière peine à convaincre.

Manque de leadership politique, pas d’incitation à investir, la transition énergétique allemande patine dangereusement.

C’est une bonne nouvelle. De source officielle européenne, mais anonyme tout de même, on confirme que l’Allemagne a demandé que la révision des objectifs communautaires de réduction d’émission de gaz à effet de serre soit inscrite à l’ordre du jour du conseil des ministres de l’environnement du 11 juin. Une nouvelle lapidaire derrière laquelle se cache une vaste ambition.

Depuis des mois, Berlin entend faire passer de 20 à 30% l’objectif 2020 d’abaissement des rejets de GES du paquet Climat-énergie. Pour l’instant, seule la Pologne s’oppose mordicus à cette proposition, avec le soutien tacite des pays de la partie orientale de l’UE. La France pourrait soutenir la position allemande. Lors de la campagne présidentielle, François Hollande s’était déclaré favorable au passage aux 30%.

Dans le cas, peu probable aujourd’hui, où l’Europe accélérerait sa décarbonisation, l’Allemagne pourrait en tirer de grands bénéfices. Et Angela Merckel la reconnaissance politique qui commence à lui faire défaut. L’an passé, notre puissant voisin d’outre-Rhin lançait, tambours battant, sa transition énergétique.

Pour remplacer les centrales nucléaires et les plus anciennes centrales au lignite, le gouvernement Merkel annonçait des lendemains renouvelables qui chantent [JDLE]. L’Agence pour l’environnement (Dena), la cousine allemande de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), estimait à 110.000 mégawatts le parc renouvelable allemand en 2020: 47.000 MW pour l’éolien (dont 14.000 pour l’offshore) et 50.000 MWc pour le photovoltaïque.

Las, un an après son démarrage, la révolution verte marque le pas. Essentiellement par manque de leadership politique. A quelques jours de la tenue d’un grand sommet énergétique, durant lequel la chancelière accueillera les Ministerpräsident des 16 Länder.

Cette réunion ne sera pas inutile, tant la vision de la transition énergétique varie d’un gouverneur à l’autre. La Basse-Saxe ne jure que par l’éolien offshore, rappelle le Spiegel. Alors que le Bade-Wurtemberg préfère les moulins à vent terrestres. Les Bavarois considèrent qu’il ne faut construire que des centrales à gaz. Une hérésie pour les représentants du Brandebourg qui ne jurent que par le photovoltaïque.

Cette cacophonie régionale, reprend l’hebdomadaire de Hambourg, est l’une des conséquences du manque d’implication du gouvernement fédéral dans la transition énergétique qu’il a lui-même lancée. Et cela n’est pas très étonnant. Car, le temps n’est pas au beau fixe entre les ministères fédéraux de l’économie et celui de l’environnement. Le premier tente d’assouplir la législation pour faciliter la construction de nouvelles centrales et de réseaux électriques quand le second mobilise ses services pour protéger les espèces menacées.

Or, la transition —électrique, en tout cas— ne se fera pas sans le déploiement de nombreuses lignes de transport, reliant les zones de production (au nord généralement) aux régions les plus habitées (au sud, évidemment). Selon les analystes, le montant du devis de l’adaptation du réseau de transport d’électricité varie de 154 à 335 milliards d’euros. Sans que l’on sache très bien qui règlera la note. Une note d’ailleurs qui ne prend pas en compte les 4.500 kilomètres de lignes de distribution (moyenne et basse tension) qu’il faudra également tirer.

Paradoxalement, Berlin n’a cessé de réduire le niveau des tarifs d’achat de l’électricité d’origine renouvelable. Cette volonté de réduire les dépenses a eu plusieurs impacts radicaux. La baisse des subventions à l’électricité verte a donné le coup de grâce aux constructeurs locaux de cellules photovoltaïques, déjà fragilisés par leurs concurrents chinois. La plupart ont d’ailleurs mis la clé sous la porte. Un exemple qui fait réfléchir les industriels allemands.

Ce qui explique que le gouvernement Merkel pense à de nouveaux soutiens publics à l’éolien. Mais cela ne sera sans doute pas suffisant pour ériger les 2.000 turbines prévues ces 8 prochaines années en mer du Nord et en mer Baltique. Faute de politique bien définie, les électriciens n’ont pas préparé leur mise à l’eau. Il leur manque donc une flotte de navires spécialisés (pour installer les turbines en mer et assurer leur maintenance), les équipes d’ingénieurs et de techniciens, des ports spécialement équipé, etc.

Cette situation commence à inquiéter les responsables de l’approvisionnement électrique. Si les démantèlements des centrales nucléaires et thermiques se poursuivent au rythme imposé par loi, il manquera 15.000 MW de capacité de production en base, vers 2022.

Pas de quoi rassurer Peter Altmaier, le tout nouveau ministre de l’environnement. Un apparatchik de la CDU sarroise qui ne connaît pas grand-chose aux questions énergétiques.



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