Transition énergétique: BP s’inquiète du manque de progrès du secteur électrique

Le 14 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La part du charbon dans la production d'électricité n'a pas baissé en 20 ans.
La part du charbon dans la production d'électricité n'a pas baissé en 20 ans.
BP

Pour l’économiste en chef du pétrogazier britannique, le secteur électrique n’a pas encore engagé sa révolution énergétique. L’une des raisons structurelles de notre incapacité à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

 

C’est un exercice obligé, mais attendu. Chaque année à pareille époque, l’économiste en chef de BP présente la compilation des statistiques de l’année. L’occasion pour Spencer Dale de commenter les principaux événements énergétiques de l’année écoulée. Et ceux-ci ne sont pas très heureux.

Sous l’effet de la reprise économique européenne et du maintien d’un haut niveau d’activité en Chine, la demande d’énergie primaire a crû de 2,2%. A comparer au rythme de croissance moyen annuel de 1,7%, observé ces 10 dernières années.

Le gaz naturel a été particulièrement à la fête. La production a bondi de 4%, contre 3% pour la demande, majoritairement dopée par l’Europe, le Moyen-Orient et surtout la Chine. Du jamais vu depuis 2010. «La consommation y a progressé de plus de 15%, soit le tiers de la croissance mondiale. Une croissance qui est essentiellement le fait de la mise en œuvre du plan d’action environnementale de 2013», souligne Spencer Dale.

ENR naines

2017 fut aussi une bonne année pour les énergies renouvelables électriques. A 163 térawattheures (TWh), la production éolienne mondiale a progressé de 17%, contre 35% pour le photovoltaïque (114 TWh). Pour autant, les deux énergies vertes vedettes n’ont produit que 8% de l’électricité planétaire (+1% en un an). C’est moins de la moitié de la production hydroélectrique (+0,9%).

La production mondiale d’électricité a augmenté de 2,8%, en ligne avec les chiffres de la décennie passée. Les énergies renouvelables ont fourni la moitié de cette croissance. Le charbon l’autre.

pétroliers américains et libyens

Malgré la première hausse importante du prix de l’or noir depuis 2012, la demande est repartie à la hausse: +1,8%. Les grands gagnants étant les pétroliers américains, mais surtout libyens qui ont pu fortement accroître leur production, au grand dam des Vénézuéliens et des Saoudiens qui réduisaient la leur pour soutenir les cours du brut.

Même si sa place dans le bouquet énergétique recule à 27,6% (au plus bas depuis 2004), le charbon fait de la résistance. L’an dernier, le monde a accru sa consommation de 1%, soit 25 millions de tonnes de mieux en un an: une première depuis 4 ans.

année médiocre

Au plan climatique, 2017 restera comme une année médiocre. Sous l’effet de la poussée des énergies fossiles, les émissions carbonées ont augmenté de 1,6%. «Après trois années consécutives de quasi-stabilité, c’est un sacré pas en arrière», reconnaît l’économiste de BP. Un pas imputable à un optimisme exagéré, notamment à propos de la Chine, mais surtout «au manque de progrès observé depuis 20 ans» dans la décarbonation du secteur électrique. Inquiétant, si l’on garde en tête que ce secteur consomme 40% de l’énergie primaire mondiale. Et que le charbon produit encore 4 électrons sur 10 dans le monde: chiffre stable depuis 1997.

pas de panique pour le lithium ...

Spencer Dale ne croirait-il pas à la transition énergétique, cette «prophétie autoréalisatrice», chère aux rédacteurs de l’Accord de Paris? Ce n’est pas aussi simple. Car pour la première fois, BP s’intéresse de près à l’une des clés de cette transition: cobalt, lithium, terres rares. Tous ces métaux qui restent indispensables aux producteurs de batteries, d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques. Deux d’entre eux sont sous les feux de la rampe: cobalt et lithium. Majoritairement produit en Chine et en Australie, ce dernier ne semble pas (encore) poser de problème. «Les programmes annoncés d’augmentation de capacités de production semblent suffisants pour assurer une sécurité de l’approvisionnement pour les 10 à 15 prochaines années», estime l’économiste.

... Mais menace sur le cobalt

Ce n’est pas forcément le cas pour le cobalt. Ce coproduit du cuivre ou du nickel est issu pour les deux tiers des mines congolaises (RDC). Kinshasa possédant, en outre, la moitié des réserves mondiales. Ce qui n’est pas de bon augure pour satisfaire une éventuelle hausse de la demande. Fort heureusement, souligne Spencer Dale, «les nouvelles technologies de batteries en consomment moins».



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