Transition énergétique: attention, le compteur tourne

Le 12 mai 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La transition énergétique, c'est aussi 115.000 Md$ d'économies d'énergies fossiles.
La transition énergétique, c'est aussi 115.000 Md$ d'économies d'énergies fossiles.
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Nous pouvons encore satisfaire aux besoins énergétiques de nos descendants sans obérer notre futur climatique. Les technologies existent. Ne reste qu’à faire preuve de courage politique.

La transition énergétique, c’est un peu comme les avocats américains. Dès que l’entretien commence, le compteur à dollars s’emballe. Dit autrement, plus nous attendons avant de changer de système énergétique, plus l’addition sera élevée. Telle est la principale conclusion du rapport que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a présenté, ce lundi 12 mai, lors de la conférence des ministres de l’énergie à Séoul.

Les données du problème ne sont pas nouvelles. Si nous poursuivons notre développement au rythme actuel[1], en l’alimentant avec les sources d’énergie les plus fréquemment consommées aujourd’hui, l’avenir s’annonce des plus hot. Les projections climatiques les plus pessimistes font état d’une possible hausse du mercure de 6°C entre l’ère pré-industrielle et 2100: près de 8 fois le réchauffement observé au cours du dernier siècle et demi.

La consommation d’énergie bondira de 70%

Les moteurs de cet emballement sont connus. D’ici à 2050, la population mondiale va augmenter d’un bon tiers (nous serons alors 9,5 milliards d’individus). Et ses besoins, tant pour se nourrir, boire, se chauffer, se transporter, s’habiller vont croître considérablement. Dans le pire des cas, souligne l’étude, la consommation d’énergie bondira de 70% entre 2011 et 2050. Dans le même temps, les rejets carbonés anthropiques (sans compter les émissions des autres gaz à effet de serre) grimperont de 60%. Voilà résumé le scénario 6DS (pour 6 degrés) des Perspectives des technologies de l’énergie 2014.

Mais l’avenir n’est pas encore (totalement) écrit. Et les experts de l’institution parisienne présentent aussi, dans le scénario 2DS, les moyens de contenir le réchauffement à 2°C: l’objectif officiellement poursuivi par la communauté internationale depuis le sommet climatique de Copenhague. Un objectif qui reste encore à notre portée.

Les amateurs de science-fiction en seront pour leurs frais. Toutes les technologies, toutes les techniques proposées par les rédacteurs existent et sont connues des lecteurs du JDLE.

Sans surprise, les experts annoncent une multiplication des usages de l’électricité, à commencer par les transports. Mais aussi pour le chauffage, avec la banalisation des pompes à chaleur, pour chauffer ou rafraîchir les logements.

Décarboner la production d’électricité

Le premier des défis est donc de décarboner notre production d’électricité. Trois moyens, pas nouveaux non plus, permettent de conjuguer accroissement du nombre de térawattheures et chasse au carbone: efficacité énergétique, énergies renouvelables et captage-stockage géologique du gaz carbonique (CSC).

Mobiliser tous les potentiels d’économie d’énergie permettrait de satisfaire nos besoins et ceux de nos descendants en réduisant considérablement consommation et rejets carbonés. «En appliquant les actions radicales en matière d’efficacité énergétique, préconisées par le scénario 2DS, nous pouvons satisfaire aux besoins de 9,5 milliards d’habitants en augmentant de 25% nos consommations et en réduisant nos émissions de plus de 50%», indique l’étude.

Plus de 60% d’électricité verte

Chère, le CSC reste néanmoins le seul moyen de décarboner les effluents des centrales thermiques à flammes. Energivore, le captage fait perdre plusieurs points de rendements aux installations qui en sont dotées. Toutefois, les chaudières ultrasupercritiques affichent aujourd’hui des rendements tels que, même équipées d’un CSC, leurs performances restent supérieures à celles des centrales régulièrement installées en Chine ou en Inde (33% de rendement).

L’avenir semble taillé pour les énergies renouvelables (ENR). Dès 2050, estime l’AIE, photovoltaïque, solaire thermodynamique et éolien pourraient produire les deux tiers des électrons de la planète, contre 20% en 2011.

Conjuguées avec des réseaux intelligents, des systèmes de stockage et des centrales à gaz pour gérer l’intermittence, ces technologies pourraient abaisser de 90% les émissions du secteur électrique mondial en une quarantaine d’années.

44.000 milliards de dollars d’investissements…

Evidemment, cela n’est pas gratuit. L’AIE estime à 44.000 milliards de dollars (32.000 milliards d’euros) le montant des investissements pour décarboner le secteur électrique mondial d’ici 2050. Les observateurs noteront que dans la précédente édition du même rapport, le devis de l’AIE tournait plutôt autour de 36.000 Md$ (26.000 Md€). Les raisons de l’inflation sont multiples. Sous l’effet de la hausse des prix des matières premières, le coût des systèmes énergétiques a progressé ces dernières années. L’AIE rappelle aussi que moins nous disposons de temps (selon les climatologues, les émissions doivent commencer à baisser d’ici 2020 pour espérer atteindre l’objectif des 2°C) plus les investissements devront être réalisés rapidement et plus ils seront chers.

… 115.000 milliards d’économies

A quelques heures d’une réunion cruciale à l’Elysée, au cours de laquelle le gouvernement doit fixer l’ambition du futur projet de loi sur la transition énergétique, l’AIE rappelle deux éléments essentiels. D’abord, il est impossible d’orienter durablement les investissements privés vers les énergies propres ou l’efficacité énergétique sans une taxation lourde des émissions de GES, de l’ordre de 100 $/t CO2 (73 €/t). C’est le durcissement de la fiscalité du carbone, seulement, qui renchérira suffisamment la production d’énergie à partir du pétrole, du charbon et du gaz pour attirer vers les énergies vertes le secteur privé; lequel sera le seul ou presque à pouvoir financer la rénovation du secteur énergétique, des villes et des infrastructures.

Ensuite, la transition ne représente pas seulement un coût, mais aussi des rentrées fiscales, on l’a vu, et des économies considérables. La mise en œuvre du scénario 2DS pourrait réduire de 115.000 Md$ (84.000 Md€), en 40 ans, le montant de la facture pétrolière, charbonnière et gazière des pays développés et émergents. Réduire le montant de la facture, mais aussi accroître leur indépendance énergétique. Ce qui, en cette période de réveil de l’ours russe, n’est pas un argument à écarter.



[1] Avec un PIB mondial dont la croissance annuelle se situe entre 3% et 4%.

 



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