Transition écologique cherche finance responsable désespérément

Le 10 octobre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Quakers sont réputés être à l'origine de l'ISR.
Les Quakers sont réputés être à l'origine de l'ISR.

Certains experts imaginent recourir à la finance responsable pour régler la note des programmes annoncés lors de la Conférence environnementale. Ce qui n’est pas gagné, estiment les spécialistes, à l’occasion de la semaine de l’investissement socialement responsable.

C’est entendu. Nul ne sait vraiment quel sera le coût de la transition énergétique, telle qu’esquissée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault mi-septembre [JDLE]. Et d’ailleurs, nul ne sait aussi de quelle façon financer ce projet de société. Une chose est sûre: les Français —qui détiennent 11.000 milliards d’euros— passeront à la caisse. Reste à savoir comment. En catimini, le Commissariat général au développement durable (CGDD) et la direction générale du Trésor réfléchissent activement à la question. Ils ne sont pas les seuls.

Les parties prenantes à la «finance responsable» (gestionnaires d’actifs, notamment) entendent bien aussi avoir droit au chapitre. Car l’une des voies de financement possible, soulignent-ils, pourrait être l’investissement socialement responsable (ISR).

Introduite, en France, dans les années 1980, cette épargne reprend les principes édictés par des communautés religieuses nord-américaines qui interdisent à leurs membres d’investir dans des entreprises liées aux pêchés: l’alcool, la pornographie, le tabac, les armes. Souvent bien classés dans les études comparatives de rendement, ces placements prennent systématiquement en compte des critères liés à la protection de l’environnement, des salariés et à la bonne gouvernance des entreprises, les fameux critères ESG.

Ambitieux, ses promoteurs français savent pourtant que leur chemin de croix sera long, tant l’ISR pèse peu dans la finance globale. Certes, le montant des fonds progresse significativement: +70% entre 2010 et 2011, ce qui représente un montant des encours de 11,5 Md€, estime Novéthic. «A peine 5% du montant total des encours», constate Bertrand Fournier, président du Forum pour l’investissement responsable (FIR). Pis, 70% de ces encours sont détenus par des investisseurs institutionnels et notamment par des fonds de gestion d’épargne salariale. Reste à convaincre le particulier… Pas simple.

Après bien des déconvenues, les Français préfèrent les investissements sans risques à la bourse. «Le nombre d’actionnaires individuels a baissé de deux à trois millions, ces dernières années», regrette un gestionnaire d’actifs. Et la crise ne devrait pas favoriser leur retour au Palais Brongniart. Pas plus que certains comportements de grands patrons. «Le fait que le patron de LVMH se soit 30 fois plus enrichi à titre personnel que les actionnaires de son groupe n’incite pas les petits actionnaires à reprendre des actions», s’indigne le financier.

Pour inverser la vapeur verte, l’AFG organise, du 11 au 20 octobre, la semaine de l’ISR: une soixantaine d’événements dans l’Hexagone pour tenter de réconcilier l’actionnariat individuel avec l’ISR. Et il y a fort à faire en la matière. Un sondage Ipsos, réalisé au début du mois, pour le compte du Forum de l’investissement responsable, rappelle que 66% des actionnaires particuliers n’ont jamais entendu parler de ce type de produits financiers. Pis: 3% des sondés, seulement, «boursicotent durable».

Petit espoir: une personne interrogée sur cinq se dit prête à placer une partie de ses économies dans ce genre de produits pour peu qu’on le lui propose. Or les banques font peu leur promotion. Et de toutes façons, les clients écoutent de moins en moins leur banquier: 30% des Français avouent même ne plus faire confiance à leur conseiller. «Il est nécessaire que les professionnels se mouillent», lance Paul-Henri de la Porte du Theil, président de l’AFG.

Faire revenir la confiance, telle est la grande préoccupation des promoteurs de l’ISR. Et, là non plus, ça n’est pas gagné. La plupart des informations servant à monter des produits financiers «responsables» sont communiquées par les entreprises, sans être vérifiées par un tiers expert. «Ou alors, s’emporte notre financer, elles sont vérifiées par le commissaire aux comptes qui est comme cul et chemise avec son client». Pour restaurer la confiance, les parties prenantes souhaitent mettre sur pied un label qui garantirait qualité et éthique des produits ISR. Un message entendu par les pouvoirs publics. «Très prochainement, confirme la commissaire générale au développement durable, Dominique Dron, une concertation va être lancée pour mettre en place un processus de labellisation ISR robuste, partagé et reconnu.» Un tout petit premier pas pour financer la transition énergétique.



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