Transformer sa 2CV en voiture électrique, c'est possible

Le 18 février 2020 par Victor Miget
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Le rétrofit pourrait passer à la vitesse supérieure
Le rétrofit pourrait passer à la vitesse supérieure

La pratique du rétrofit a été grandement facilitée par la Commission européenne vendredi 14 février. Pour les acteurs du secteur, c’est la promesse de l’émergence d’une filière vertueuse en France.

 

Une vieille Ford GT, une 2CV ou une petite citadine diesel roulant à l’électrique ou à l’hydrogène ? C’est le rétrofit électrique. Une technique qui consiste à convertir des véhicules thermiques en véhicules à batteries ou à pile à combustible qui sera bientôt facilitée en France.

L’association Aire regroupant les acteurs de la petite industrie du rétrofit en France avait participé à la rédaction d’un projet d’arrêté. Un arrêté relatif aux «conditions de transformation des véhicules à motorisation thermique  (de plus de 5 ans ndlr) en motorisation électrique à batterie ou à pile à combustible». Celui-ci était soumis à l’examen de la Commission européenne. Les éventuels opposants au texte avaient jusqu’au 14 février 2020 pour formuler une objection. Or, personne ne s’est présenté. 

Qu’est ce qui change ?

Ce texte fixe un cahier des charges qui encadre la transformation et l'homologation de véhicules qui carburent aux fossiles, en véhicules électriques à batterie ou à hydrogène. Avec ce texte, «les entreprises pourront donc obtenir une homologation de série afin d’effectuer des rétrofits reproductibles d’une voiture à l’autre sur un même modèle», nous explique Aymeric Libeau, président et fondateur de l’entreprise de rétrofit Transition One. Le cas par cas, c’est terminé. Avant, chaque transformation nécessitait une demande d’homologation spécifique et l’autorisation du constructeur. La promesse d’un parcours du combattant, autant du point de vue technique qu’administratif.

Une filière en passe d’être créée

Les entreprises de rétrofit se prennent à rêver d’une filière à part entière suite à cet assouplissement réglementaire. «C'est pour nous tous la reconnaissance d'une solution alternative vertueuse répondant aux nouveaux enjeux de mobilité. Enfin, nous pourrons développer une filière positive, répondant à l'enjeu d'une économie circulaire et surtout porteuse d'emplois», a déclaré Arnaud Pigounides, co-Président d’Aire.

Quant à savoir pourquoi aucun constructeur ne s’est opposé à cet arrêté, si Aymeric Libeau se garde bien de parler pour eux, il émet une hypothèse. Au regard de l’urgence climatique, «il y a une demande politique d'avoir beaucoup de voitures électriques sur les routes, donc s’il n'y a que des voitures neuves, nous ne mettons pas toutes les chances de notre côté. Or toutes les solutions sont bonnes à prendre».

D’autant que, la solution du rétrofit est a priori bien moins cher (environ 10.000 euros) que l’achat d’un véhicule électrique neuf. Mais n’est-il pas trop tard ? Alors que de nouvelles normes d’émissions bien plus sévères pour les constructeurs sont en entrées en vigueur au 1er janvier 2020, ces derniers musclent leurs gammes de véhicules électriques.

Une massification du marché qui fera baisser le coût des véhicules électriques. Ce qui les rendra plus accessibles. Le rétrofit pourrait alors perdre de son intérêt et se cantonner à des marchés de niches comme celui des voitures de collection par exemple.

Aymeric Libeau est confiant : «c'est la batterie qui fait le prix d'une voiture électrique, donc si le prix baisse, il baissera pour tout le monde, nous compris. Ce sera donc toujours plus rentable de rétrofiter.» D’autant que, pour le président de Transition One, c’est autant la question du cycle de vie complet du véhicule que son prix qui se pose. «50% du CO2 émis par une voiture c’est lors de sa construction. Donc plus longtemps je conserve mon véhicule, mieux c’est pour l’environnement». CQFD.

Malgré tout, en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Etats-Unis, bien qu’autorisée, la pratique n’a pas décollé. Quelques dizaines de milliers de véhicules ont été retrofités tout au plus. En France, les professionnels se fixent pour objectif… 350.000 véhicules sur les cinq prochaines années. Rien que ça.