Trafic maritime: jusqu’à 20 fois plus d’espèces invasives d’ici à 2050

Le 18 mars 2019 par Romain Loury
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Les porte-conteneurs, véhicules préférés des espèces invasives
Les porte-conteneurs, véhicules préférés des espèces invasives
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Le nombre d’invasions biologiques marines pourrait être multiplié par 20 d’ici la moitié du siècle, révèle une étude publiée lundi 18 mars dans Nature Sustainability. Pas tant en raison du changement climatique que du trafic maritime, dont le volume pourrait être multiplié par 12 dans le même temps.

Surnageant dans les eaux de ballast (désormais régulées par une convention internationale) ou accrochées aux coques des bateaux, les espèces invasives marines ont de beaux jours devant elles. Principal facteur, la forte hausse des échanges de marchandises par voie maritime, étroitement liés au développement économique des pays. En 2013, la Chine représentait ainsi 20,1% du débit mondial de conteneurs, contre seulement 1,4% en 1990, tandis que son PIB grimpait de 840%.

La croissance économique, moteur des échanges

S’appuyant sur les données 2006-2014 du commerce maritime mondial, Anthony Sardain, biologiste à l’université McGill (Montréal), et ses collègues ont établi des prévisions à l’horizon 2050, selon cinq scénarios de développement économique (SSP, Shared Socio-Economic Pathway), du plus (SSP1) au moins durable (SSP5).

Selon leur modèle, l’intensité du trafic maritime est étroitement liée aux PIB des pays de provenance et de destination, mais aussi à l’existence d’une langue commune entre les deux pays (en particulier d’une éventuelle relation coloniale) et d’accords de libre-échange.

Jusqu’à 20 fois plus d’espèces invasives

Les résultats montrent que, selon le scénario, le transport maritime pourrait croître de 240% à 1.209% d’ici à 2050, par rapport à 2014. Corollaire, la fréquence de nouvelles espèces invasives devrait passer d’une moyenne annuelle de 1,18 par région mondiale en 2014, à 3,89 par an pour le scénario le plus optimiste, voire 23,4 par an pour le plus pessimiste. Soit une augmentation d’un facteur 3 à 20 en 30 ans!

Du fait de sa forte croissance économique, l’Asie du nord-est, dont la Chine, sera la région la plus touchée par ce phénomène. Aussi bien en termes de source d’espèces invasives que de destination.

Pas d’impact marqué du réchauffement

Le changement climatique devrait être sans impact majeur, voire légèrement réfréner l’arrivée d’espèces invasives, estiment les chercheurs. A trafic maritime constant, le risque de nouvelles espèces invasives serait de 1,14 par an et par région en 2050, contre 1,18 en 2014.

Selon les chercheurs, «il est certain que l’environnement joue un rôle dans les invasions biologiques, mais c’est en fait la différence de conditions environnementales entre l’origine et la destination, c’est-à-dire la distance environnementale, qui compte pour que les espèces puissent s’établir. Or il n’est pas certain que les distances environnementales décroissent systématiquement du fait du réchauffement. A l’inverse, il est sûr que le trafic maritime va largement s’accroître d’ici à 2050».



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