Toxicité des OGM: la «polémique Séralini» est de retour

Le 13 décembre 2018 par Romain Loury
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Pas d'effet selon une nouvelle étude
Pas d'effet selon une nouvelle étude
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Six ans après, la polémique sur l’«étude Séralini» ressurgit une énième fois: une étude française publiée lundi 10 décembre dans Toxicological Sciences ne montre pas d’effet significatif sur les rats d’une alimentation par des OGM, aussi bien sur leur santé que sur leur métabolisme.

 

Septembre 2012, coup de tonnerre anti-OGM: relayée en couverture du Nouvel Observateur (devenu «L’Obs»), une étude de l’équipe de Gilles-Eric Séralini, biologiste moléculaire à l’université de Caen et par ailleurs président du conseil scientifique du Criigen, fait état d’une mortalité accrue, de tumeurs très volumineuses ainsi que d’insuffisances rénales et hépatiques chez des rats nourris pendant deux ans avec un maïs OGM de type NK603 (traité ou non au glyphosate) ou avec un maïs non-GM mais traité au glyphosate.

L’étude est aussitôt attaquée par plusieurs chercheurs et organismes, qui évoquent plusieurs failles méthodologiques, telles que la souche de rats «Sprague-Dawley» utilisée (jugée prompte aux tumeurs, mais utilisée dans les études de toxicologie à 90 jours), la faiblesse des effectifs et de trop grandes variations au sein des contrôles. Malgré leurs défauts, ses travaux ont remis sur la table la question des tests requis par les autorités pour autoriser la commercialisation d’OGM, en particulier sur la faible durée (90 jours, contre deux ans dans l’étude Séralini).

L’étude GMO90+

Six ans plus tard, l’étude Séralini et son médiatique auteur comptent toujours ses partisans (associations, anti-OGM, etc.) et ses détracteurs, plus ou moins ardents dans un camp comme dans l’autre. Or la polémique revient à l’occasion de la publication, lundi 10 décembre, de l’étude française GMO90+, menée dans le cadre du programme Risk’OGM financé par le ministère de la transition écologique et solidaire.

Menée par des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra et de l’Anses[i], cette étude a porté sur des rats d’une autre souche (Wistar), nourris jusqu’à une période de 180 jours (six mois, soit deux fois plus que les tests requis pour l’homologation) avec deux types d’OGM: du maïs NK603 (résistant au glyphosate), et du maïs MON810, modifié pour fabriquer de la toxine insecticide Bt. Ces OGM ont été comparés avec des variétés non-GM équivalentes.

L’étude ne révèle pas de différence notable entre les divers groupes, que ce soit au niveau du foie, des reins ou de l’appareil reproducteur. Les chercheurs ont également recouru à la transcriptomique (analyse de l’expression de plusieurs gènes) et la métabolomique (analyse de composés tels que sucres, acides aminés, etc.), sans relever de différence entre chacun des deux OGM et leurs équivalents non-GM.

Etudes différentes, critiques persistantes

Est-ce là une remise en cause complète de l’étude Séralini? Pas du tout… ou du moins pas tout à fait. Contacté par le JDLE, Bernard Salles, de l’unité mixte de recherche (UMR) Toxalim[ii] de Toulouse et signataire de GMO90+, indique qu’«elle n’a pas été conçue de la même manière, elle pose d’autres questions», et pas celle de la présence de tumeurs comme l’étude Séralini.

Contacté par le JDLE, Gilles-Eric Séralini s’indigne quant à lui des résultats de l’étude («volontairement tronquée»), ainsi que du traitement médiatique qui lui est réservé –la présentant comme un cinglant démenti à sa propre étude. Cette dernière ne portait pas sur le cancer, précise-t-il, mais était de portée générale: il rappelle ainsi les insuffisances rénales et hépatiques, survenues en raison d‘une toxicité de tumeurs, même non transformées en cancers.

D’un protocole plus proche de l’étude Séralini, l’étude européenne G-Twyst a quant à elle été menée sur deux ans, avec des rats Wistar nourris par du NK603 –à raison de 50 individus par groupe, contre 10 dans l’étude Séralini. Actuellement soumis pour publication, ses résultats ne montreraient, là aussi, pas de différence majeure entre animaux nourris de manière GM ou non-GM, au niveau des cancers, indique Bernard Salles.

D’où viennent donc ces différences avec l’étude Séralini? Bernard Salles n’y va pas par quatre chemins: cette dernière est tout seulement «inexploitable». «On ne peut rien en tirer, il y a tellement de variations entre les contrôles», ajoute-t-il. Evoquant des attaques menées par Monsanto contre ses travaux, Gilles-Eric Séralini défend quant à lui la qualité de ses résultats sur le glyphosate, en particulier au niveau du foie et du rein, confortés par des résultats de transcriptomique et de métabolomique.

Pour Bernard Salles, l’étude de Gilles-Eric Séralini n’est rien d’autre qu’«un chiffon rouge agité devant un taureau»: «les OGM ne provoquent pas plus de cancers, ce n’est pas cela la bonne question. La vraie question c’est de savoir s’il est vraiment utile de produire des OGM, s’ils favorisent l’utilisation d’herbicides, ou encore si l’on a vraiment envie d’une agriculture liée économiquement à de grandes groupes».



[i] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale; Inra: Institut national de la recherche agronomique; Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Inra, Ecole nationale vétérinaire de Toulouse, INP Purpan, université Toulouse III

 



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