Tourisme et antibiotiques, mauvais cocktail

Le 22 janvier 2015 par Romain Loury
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Au retour des vacances, l'antibiorésistance
Au retour des vacances, l'antibiorésistance
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Entre autres méfaits, le tourisme de masse vers les pays exotiques favorise la propagation mondiale de bactéries résistantes aux antibiotiques. Or ces médicaments, que s’auto-administrent les voyageurs en cas de simple diarrhée, pourraient accroître le phénomène, révèle une étude publiée dans la revue Clinical Infectious Diseases.

Menace pour la santé publique du fait qu’elles sont plus dures à traiter, les bactéries résistantes aux antibiotiques se développent à un rythme inquiétant. Dans les pays du Nord certes, mais encore plus dans ceux du Sud, au moindre niveau d’hygiène. Ceux-ci sont visités chaque année par 300 millions de touristes, qui constituent l’un des moteurs de la propagation de l’antibiorésistance dans le monde.

Or les antibiotiques pourraient eux-mêmes aggraver le phénomène. Fortement incités par les guides de voyage et les médecins, la plupart des touristes embarquent avec eux des antibiotiques «au cas où», se les administrant au moindre signe de diarrhée. La plupart du temps de manière inutile, mais surtout risquée d’un point de vue sanitaire, estiment Anu Kantele, de l’hôpital universitaire d’Helsinki (Finlande), et ses collègues.

Dans leur étude, les chercheurs ont analysé les selles de 430 touristes, avant et après leur départ dans un pays exotique. Ils y ont cherché la présence de bactéries antibiorésistantes, en l’occurrence des entérobactéries productrices de bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE). Parmi celles-ci, on compte l’Escherichia coli, à l’origine d’infections urinaires.

L’Inde, destination à risque

Alors que seules 1,2% de ces personnes sont positives pour une BSLE avant leur départ, 21% reviennent de voyage avec l’une de ces bactéries. L’Asie du Sud, dont l’Inde, arrive en tête, avec 46% de touristes colonisés. Viennent ensuite l’Asie de l’Est, du Sud-est, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, tous à 33% de voyageurs BSLE+, contre seulement 12% pour l’Afrique.

Or le fait d’avoir eu une turista au cours du voyage favorise cette colonisation: 21% des touristes qui en sont atteints reviennent porteurs d’une bactérie BSLE. Le fait de s’être soigné avec des antibiotiques aggrave le phénomène, avec un taux qui grimpe à 37% toutes destinations confondues. En Asie du Sud, ce taux atteint même 80%.

L’explication en est simple: notre flore intestinale constitue la meilleure barrière contre la colonisation par des bactéries extérieures, dont les entérobactéries BSLE. Et tout élément perturbant son équilibre, dont la diarrhée et la prise d’antibiotiques, favorise cette implantation.

Un risque individuel, collectif, mondial

Selon les chercheurs, les conséquences sont certes individuelles, avec une hausse du risque ultérieur d’être infecté par une souche résistante, une fois celle-ci ancrée dans l’intestin. Elles sont aussi collectives, en affectant le niveau de résistance dans le pays d’origine, mais aussi mondiales, ces germes pouvant de nouveau voyager vers d’autres pays.

Les touristes ne devraient utiliser leurs antibiotiques qu’en cas de diarrhée sévère, et non dans les formes légères à modérées, préconisent les chercheurs. Plus facile à dire qu’à faire respecter, commentent deux experts dans un éditorial: face aux médicaments contrefaits et au problème récurrent des seringues usagées, il sera difficile de raisonner les touristes sur la base d’un risque bien réel, mais intangible.



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