Tour de table sur la pêche en eaux profondes

Le 27 novembre 2013 par Stéphanie Senet
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Les filets peuvent descendre jusqu'à 1.800 mètres de profondeur
Les filets peuvent descendre jusqu'à 1.800 mètres de profondeur

Alors que la bande dessinée de Pénélope Joli Cœur pour sensibiliser aux dommages de la pêche en eaux profondes poursuit son incroyable buzz sur internet, la pétition lancée par l’association Bloom a recueilli, ce 27 novembre, plus de 637.000 signatures. Cette pêche spécifique, menée à plus de 400 mètres de profondeur, a aussi donné lieu à une table ronde organisée le 26 novembre à l’Assemblée nationale, au sein de laquelle scientifiques, politiques, et associatifs ont exprimé leur point de vue. Tour de table.

A l’approche du vote du Parlement, début décembre, sur la pratique du chalutage profond et des filets maillants dans les eaux de l’Atlantique du Nord-est et de la mer du Nord, les arguments des uns et des autres se font plus pressants. Mais que prévoit exactement cette nouvelle réglementation?

 

Bruxelles propose d’interdire le chalutage et le maillage de fond

 

La réforme est issue d’une proposition de la Commission européenne en date du 19 juillet 2012. Son objectif est de protéger les espèces halieutiques vivant en eaux profondes, dont la croissance est lente, la maturité sexuelle tardive et la reproduction sensible. «Cette pêche a fait de nombreux dégâts depuis les années 60. C’est pourquoi la Commission vise à interdire les navires ciblant les espèces profondes, qui pêchent plus de 100 kilogrammes par an et dont 10% des prises sont effectuées pendant un jour», détaille Bernhard Friess, de la direction générale des affaires maritimes et de la pêche de la Commission européenne. Cela représente environ 1,7% des captures réalisées dans l’Atlantique du Nord-est et de la mer du Nord, et concerne 771 navires européens.

 

Deuxième objectif visé par Bruxelles: convertir les engins de pêche les plus nocifs, au-delà d’une période de transition. Mais cette réforme est vigoureusement contestée par plusieurs Etats membres, France en tête. Le comité Pêche du Parlement européen a donc émis le 4 novembre une proposition alternative, qui se contente d’interdire cette pratique dans certaines zones et de procéder à une évaluation systématique des dommages sur les espèces.

 

La France soutient ses pêcheurs

 

Le ministère français de l’écologie défend de son côté une position favorable aux pêcheurs. «Il faut certes progresser dans la protection des écosystèmes mais les dispositions de la Commission européenne vont trop loin», affirme Cécile Bigot, directrice des pêches maritimes et de l’aquaculture. Au sein du Conseil, la France se positionnera donc contre l’interdiction prônée par la Commission. Elle soutiendra en revanche la limitation de la pêche profonde aux zones actuellement exploitées et l’amélioration des connaissances sur les espèces visées.

 

Des dommages aux espèces, aux écosystèmes, et au climat

 

Les scientifiques ont quant à eux énumérer les dommages aux espèces et aux écosystèmes. «Sur les 54 espèces visées par Bruxelles, 21 sont d’ores et déjà épuisées ou au bord de l’épuisement tandis que 3 espèces seulement sont en bon état. Pour les autres, les données manquent», précise Philippe Cury, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. Cet expert ajoute que 275 articles scientifiques prouvent sans conteste que cette pêche détruit les habitats, et en particulier les coraux et les éponges des fonds marins. Il ajoute un autre dommage: un chalut de fond capture entre 400 et 100 espèces non ciblées et rejette entre 20% et 80% de ses prises.

 

Greenpeace ajoute un autre dommage collatéral: les émissions de CO2. «Ces navires sont de gros consommateurs de fioul, environ 920 litres par tonne de poisson pêché, selon une récente étude de la New Economics Foundation», note Hélène Bourges, en charge de la campagne sur les océans. Elle ajoute par ailleurs que certaines techniques de pêche plus sélectives, comme la palangre, seraient plus pourvoyeuses d’emplois, en permettant d’en créer 6 fois plus que le chalutage ou le maillage de fond.

 

Une activité déficitaire

 

Enfin, l’association Bloom rappelle qu’il est urgent de revoir le règlement européen de 2002. «Dans moins de 50% des espèces, les avis des scientifiques sur l’établissement des quotas est respecté. Et dans moins de 50% des cas, les quotas sont respectés», résume Claire Nouvian, sa directrice, à l’origine d’une pétition en faveur de l’interdiction du chalutage profond. En réponse à l’argument économique défendu par le gouvernement français, elle répond seulement que tous les armements pratiquant la pêche profonde, et en particulier la Scapêche (la flotte d’Intermarché), sont déficitaires.

 



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