Toujours trop de plomb et de mercure chez les Guyanais

Le 05 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le manioc, souce de plombémie en Guyane ?
Le manioc, souce de plombémie en Guyane ?
David Monniaux

Deux études récemment publiées montrent une sur-contamination de nombreux Guyanais par le plomb et le mercure.

 

 

Cette fois, ce sont les enfants qui sont touchés. Le 22 janvier, la cellule inter-régionale d'épidémiologie (Cire, la représentation locale de Santé publique France) publiait une nouvelle étude sur la plombémie des Guyanais. Menée entre 2015 et 2017, l’étude Guyaplomb a évalué la contamination au plomb de 600 enfants de moins de 6 ans.

 

Et les résultats sont préoccupants. «Au final, avec 22,8 µg/l [microgrammes de mercure par litre de sang] en Guyane, la moyenne géométrique est plus élevée que la moyenne nationale (15 µg/l) ou qu'en Martinique (19,8 µg/l) ou en Guadeloupe (20,7 µg/l)», a indiqué à l’AFP Audrey Andrieu, l’épidémiologiste qui a coordonné l’étude.

Un enfant sur sept

Depuis juin 2015, le seuil de déclaration obligatoire auprès des organismes médicaux est de 50 µg/l de sang. Un enfant guyanais sur 7 afficherait un taux supérieur à 100 µg/l[1]: l’ancienne concentration minimale définissant le saturnisme. Une plombémie de 12?g/l est associée à la perte d’un point de QI, rappelle l’Inserm.

Le saturnisme
Maladie causée par une intoxication au plomb, le saturnisme est particulièrement nocif chez les jeunes, provoquant des troubles neurologiques, rénaux et hématologiques.

 

Les cas de saturnisme sont «plus importants chez les garçons et les enfants sous CMU» (couverture maladie universelle) et «sur le littoral guyanais». Néanmoins, à Camopi et Trois-Sauts, villages amérindiens sur le fleuve Oyapock, les taux sont élevés. A Camopi, 16 enfants sur les 20 ayant subi des prélèvements de sang ont une plombémie supérieure à 50 µg/l. En 2011, un cas de plombémie de 1.724 µg/l avait été détecté chez un enfant résidant à proximité de Mana (ouest).

 

Si les causes de cette intoxication généralisée sont mal définies, de fortes présomptions pèsent sur l’alimentation des Guyanais, notamment ceux qui vivent en brousse ou à proximité des berges des fleuves.

 

Une précédente étude, menée en 2015 sur plus de 500 parturientes de l’ouest du département, avait déjà montré des plombémies dans 25% des cas. Le taux observé chez certaines femmes du panel dépassait alors les 200 µg/l.

Gare au couac

A l’époque, les chercheurs avaient mis en cause une pratique courante: la fabrication du ‘couac’: la semoule issue de la racine de manioc. Selon une étude de l’Anses[2], 6% des échantillons de semoule étudiés entre 2012 et 2013 étaient chargés en métal lourd. «L'origine de la contamination par le plomb du manioc et de ses dérivés n'est pas encore clairement identifiée mais pourrait être multifactorielle: présence de plomb d’origine naturelle dans les sols, enrichissement en plomb des dérivés du manioc via des matériaux en contact avec les denrées alimentaires lors de la préparation des produits», écrit ainsi l’Anses. Après avoir conseillé aux populations exposées de réduire leur consommation de couac, les chercheurs leur ont proposé d’essayer des râpes en acier inoxydables.

forte sur-imprégnation de mercure

L’autre étude épidémiologique a confirmé le maintien de la forte sur-imprégnation du mercure chez les autochtones du Haut Maroni, zone du parc amazonien de Guyane. «En 2012, le taux d’imprégnation était considérable pour plus de la moitié de la population» du Haut Maroni, selon le Rémy Pignoux, médecin en charge de l’étude menée de 2012 à 2017.

Aujourd’hui, selon lui, sur les 300 femmes enceintes et jeunes enfants suivis, «87% des femmes présentent un risque au niveau fœtal» pouvant engendrer des «malformations définitives», et «40% des enfants» sont contaminés à plus de 5 µg/l. La valeur-seuil de l’Organisation mondiale de la santé est fixée à 10 µg/g de cheveu, mais pourrait être divisée par deux prochainement.



[1] Contre 0,1% en métropole

[2] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

 



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