Toujours plus de carbone dans l’atmosphère

Le 04 décembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La concentration de CO2 dans l'atmosphère a progressé d'un tiers en 60 ans.
La concentration de CO2 dans l'atmosphère a progressé d'un tiers en 60 ans.
NOAA

Les émissions de CO2 ont progressé de 4% depuis l’Accord de Paris, relèvent les climatologues du Global Carbon Project (GCP) dans leurs dernières estimations. La stabilisation du réchauffement à 1,5°C relève désormais de la mission impossible.

Voilà une nouvelle qui incitera sans doute experts, diplomates et délégués nationaux présents à la COP 25 de Madrid à accélérer la rédaction des règles d’application de l’Accord de Paris. Les émissions anthropiques de gaz carbonique ne cessent de croître. Et les rares inflexions à la baisse (ou à la moindre croissance) ne sont pas les conséquences de choix structurels. C’est ainsi que l’on peut lire les derniers résultats de l’analyse annuelle des tendances du cycle global du carbone, que livre, ce mercredi 4 décembre, le Global Carbon Project (GCP).

+ 0,6% de CO2 en 2019

Dans une série de trois articles, qu’il publie dans Nature Climate Change, Environmental Research Letters et Earth System Data, ce consortium international d’une cinquantaine d’instituts de recherche indique que les émissions mondiales de CO2 devraient croître de 0,6% entre 2018 et 2019. C’est moins que durant la première décennie du siècle (+3%/an). Et mieux que ces deux dernières années: +1,5 % en 2017 et +2,1 % en 2018.

La France toujours à la baisse. Le gouvernement avait raison de se réjouir de bons chiffres 2019. Au vu des statistiques des 9 premiers mois, les émissions tricolores devraient baisser de 1% entre 2018 et 2019. Normal, les températures hivernales ont été douces. Entre 2005 et 2018, la France a abattu de 20 % ses émissions. Mieux que l’Allemagne (-13 %).

 

Pour autant, il n’y a pas lieu de se réjouir. Car, les politiques climatiques présentées en amont de la COP 21 (les NDC), en 2015, ne sont en rien responsables de cet apparent infléchissement de notre contribution au renforcement de l’effet de serre.

Comme souvent, c’est à la Chine et à l’Inde (premier et 4e émetteurs mondiaux[1]) que l’on doit ces chiffres: l’économie des deux géants asiatiques a tourné au ralenti.

43 milliards de tonnes de CO2

Cette année, nos rejets devraient donc culminer à 43,1 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2), dont 36,8 GtCO2 imputables à notre consommation d’énergies fossiles et 6 GtCO2 au changement d’affectation des sols. Derrière ce vocable se cache la déforestation, qui progresse fortement, sous la flamme des incendies en Indonésie mais surtout en Amazonie.

 

Les émissions carbonées du millésime 2019 seront donc supérieures de 4% à celles de 2015, année de la conclusion de l’Accord de Paris. Certes, c’est beaucoup moins que la production de richesses par l’économie: +13 % entre 2015 et 2018. Mais même modeste, ce rythme conduit inexorablement à une hausse des températures moyennes globales, comprise entre 3 et 4 °C d’ici la fin du siècle. Avec de fortes disparités régionales à la clé.

des raisons de se réjouir

Bien sûr, on trouve dans les statistiques du GCP des raisons de se réjouir. Malgré tous les efforts de l’administration Trump pour relancer production et consommation de charbon, celle-ci ne cesse de décliner: encore -1,7% entre 2018 et 2019 et -11% entre 2007 et 2018. Depuis 12 ans, les Etats-Unis réduisent d’environ 1 %/an leurs émissions, grâce à la substitution du charbon par les hydrocarbures non conventionnels, gaz de schiste en tête. Mais aussi par la croissance des énergies renouvelables (éoliennes et solaires) dans la production d’électricité. La politique a peu à voir avec ces évolutions qui sont surtout imputables à la baisse des prix du gaz et à d’importants contrats d’achats à long terme d’électricité d’origine renouvelable, signés par les Gafa.

Qui émet quoi ? Les producteurs d’électricité et de chaleur émettent environ 45 % du CO2 anthropique, loin devant l’industrie lourde (22 %), les transports terrestres (20 %) et les transports maritimes et aériens internationaux (3,7 %). Le solde doit être partagé entre le BTP, l’agriculture, la pêche et les activités militaires.

La même tendance déflationniste s’observe dans l’Union européenne. Cette année, le vieux monde devrait réduire de 1,7% ces rejets carbonés dans l’atmosphère. Un chiffre légèrement supérieur à la moyenne observée pour les 28 durant la dernière décennie (-1,4%). Cette performance s’explique, là encore, par le recul du charbon, au profit du gaz naturel, du pétrole et des énergies renouvelables.

Les observateurs avaient prévu plus: ils se sont trompés. L’économie chinoise aura vu progresser ses émissions carbonées, cette année, mais moins qu’escompté. Selon les dernières projections officielles, le bilan carbone de l’empire du Milieu devrait s’alourdir de 2,6% entre 2018 et 2019. C’est un peu plus qu’entre 2018 et 2018 (+2,3%) et beaucoup plus qu’entre 2016 et 2017: + 1,7%. La progressive décarbonation du secteur électrique a été, cette année, largement compensée par une hausse de la production d’acier et de ciment, deux industries majoritairement carbonées.

économie faible et forte mousson

Avec un bond de 1,8% cette année, les émissions indiennes voient leur croissance fortement décélérer: elles augmentaient de 5% l’an durant la première décennie du siècle. Pour autant, le résultat n’est pas glorieux. 2019 restera en Inde comme une année à faible croissance économique et à forte mousson. Ce qui a considérablement dopé le productible des centrales hydroélectriques.

En un mot comme en cent, la décarbonation de nos modes de vie reste à engager. «Les politiques climatiques et énergétiques actuelles sont trop faibles pour renverser les tendances actuelles», résume la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du haut conseil pour le climat. «A peu près partout, c’est le scénario du business as usual qui domine. Il n’y a pas d’amélioration visible. C’est le niveau de croissance économique qui décide de nos émissions de CO2», complète Philippe Ciais, spécialiste du cycle du carbone au LSCE.

Une année avant l’échéance de la révision des NDC, le constat est sans appel: «on peut commencer à dire que la stabilisation du réchauffement à 1,5 °C est chose impossible», estime Philippe Ciais. Le premier des objectifs de l’Accord de Paris tombe à l’eau. Reste à savoir combien de temps encore le second (2°C) restera à sec.



[1] Les quatre premiers émetteurs mondiaux de CO2 sont la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Inde.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus