Toujours crédible, l’objectif des 2°C ?

Le 03 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les experts seront réunis 12 jours durant à Bonn.
Les experts seront réunis 12 jours durant à Bonn.
UNFCCC

C’est aujourd’hui, 3 juin, que démarre un nouveau round de négociation climatique. Réunis à Bonn, les experts des parties à la convention de l’ONU sur le changement climatique vont, 12 jours durant, aborder de nombreux points importants de la discussion en cours depuis un quart de siècle: préparation du sommet de Varsovie (11-22 novembre prochain), avancée de la négociation sur l’accord international, technologies de décarbonisation du secteur énergétique.

A cet égard, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) devrait publier, le 11 juin, un rapport sur les trajectoires d’émission du secteur énergétique. Autre sujet majeur: le niveau limite du réchauffement. Un thème qui conditionne grandement l’accord international qui, en principe, doit être conclu à la 21e conférence des parties, laquelle pourrait être organisée fin 2015 sur l’aéroport du Bourget [JDLE].

Formellement adopté par l’Union européenne en 2007, l’objectif des 2°C vise à stabiliser le réchauffement, d’ici 2100, à 2°C au dessus des températures moyennes globales régnant avant le démarrage de la révolution industrielle (1850). Selon les dernières estimations du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), le climat mondial s’est déjà réchauffé de plus de 0,8°C depuis 150 ans. Et même si le rythme du réchauffement ne suit plus tout à fait celui de la concentration croissante des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, nombre d’experts estiment impossible de stabiliser à 2°C le réchauffement global.

D’une part, parce que toutes les émissions ne sont pas prises en compte par les inventaires nationaux et ne font donc pas l’objet de négociation visant à les réduire. Un récent rapport français [JDLE] souligne que près d’un tiers des émissions anthropiques de CO2 échappent aux statistiques officielles. Et de facto aux contraintes carbone qui frapperont, peut-être, l’économie mondiale à partir de 2020 (année prévue d’entrée en vigueur du prochain accord international).

Autre écueil: les engagements d’abaissement d’émission, contraints (pour les pays de l’OCDE) et volontaires (pour une cinquantaine de nations) ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Chaque année, nous émettons environ 50 milliards de tonnes de GES. Pour avoir une chance raisonnable de rester sous la barre des 2°C, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) estime que la courbe de nos rejets doit s’infléchir rapidement et ne pas dépasser une petite quarantaine de milliards de tonnes de GES par an en 2020. Un chemin que nous n’avons pas encore emprunté.

Publiée aujourd’hui, une étude du ministère fédéral allemand de l’environnement se montre des plus pessimistes. A l’en croire, il faudrait que toute la communauté internationale exploite pleinement, et dès à présent, tout son potentiel de réduction d’émission pour réduire de 6 Mdt, en moins de 10 ans, notre empreinte climatique.

En atteignant seulement les objectifs qu’ils se sont fixés, les pays de l’OCDE et les grands émergents ne diminueront que de 10% leur impact d’ici 2020. Ne rien faire, bien sûr, serait pire encore et nous mènerait presque certainement sur la voie d’un réchauffement de 4°C d’ici la fin du siècle. Ce qu’annonçait déjà la Banque mondiale dans un rapport rendu public en novembre dernier [JDLE].

Fort de ce constat, certains suggèrent d’adopter des objectifs plus souples que l’inatteignable 2°C. L’institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) recommande ainsi, dans une note publiée aujourd’hui, de considérer l’objectif actuel comme un but idéal et non contraignant. Du moins à moyenne échéance. Une position qui pourrait être soutenue par certains gouvernements de pays émergents.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus