Total relance la chasse au CO2

Le 14 mars 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Total prévoit de construire un pilote de CCUS de 3 MW, en Chine.
Total prévoit de construire un pilote de CCUS de 3 MW, en Chine.
Sintef

 

Le pétrogazier français prépare la construction, en Chine, d’un système de captage de gaz carbonique utilisant la combustion en boucle chimique. Une technologie de rupture qui pourrait lancer le marché du recyclage du carbone.

Ce n’est pas une blague. Outre rester l’une des Majors pétrolières, Total veut être l’un des leaders mondiaux du captage, de l’utilisation et du stockage géologique du CO2. En jargon pétrolier, c’est de CCUS qu’on parle.

De quoi s’agit-il? Depuis une vingtaine d’années, son concurrent norvégien Statoil (soumis à une forte taxe carbone) capte et renvoie dans le sous-sol marin près de 2 millions de tonnes de gaz carbonique par an produit par deux installations de production de gaz: Sleipner et Snøhvit. Voilà pour le captage-stockage de carbone ou CSC.

10 ans de recherches

Prenant appui sur les résultats de l’expérimentation de CSC menée à Lacq au début de la décennie, Total veut développer le CCUS. Et n’hésite pas à mettre les moyens pour arriver à ses fins. «C’est un programme qui consomme 10% du budget de la R&D du groupe», confie au JDLE David Navicato, son responsable.

Le principe est (relativement) simple. A la suite d’une combustion d’hydrocarbures classique, les fumées sont essentiellement composées d’air (mélange d’azote et d’oxygène) et d’un peu de gaz carbonique. Peu concentré, ce dernier est difficile à capter. Raison pour laquelle les techniques actuelles de captage sont coûteuses et énergivores.

Fruit d’une dizaine d’années de recherches, menées notamment par l’Institut français du pétrole (IFP), la combustion en boucle chimique (CLC) facilite l’action des chasseurs de carbone.

oxydes métalliques

Dans ce contexte, l’air est inséré dans un réacteur où il est soumis à l’influence de certains oxydes métalliques (nickel, cuivre, cobalt, manganèse) qui ont la capacité de séparer l’azote et l’oxygène, ses deux principaux composants. Neutre, l’azote est rejeté à l’extérieur.

L’oxygène, lui, est injecté dans une chaudière à oxycombustion où il ‘booste’ la combustion d’hydrocarbures ou de biomasse. Débarrassés de l’azote, les effluents gazeux sont composés de CO2 et de vapeur d’eau, faciles à décarboner par simple condensation de l’eau.

Les avantages de la CLC sont pluriels. L’utilisation d’oxydes métalliques (de métaux abondants) ne consomme pas d’énergie et le traitement des fumées est moins gourmand en kilowattheures que les technologies aux amines.

En théorie, ce dispositif diminuerait, certes, le rendement énergétique d’une chaudière de 5%, contre près de 20% pour un système classique de captage de CO2. Et il en coûte de 10 à 30 dollars (8 à 24 €) pour capter une tonne de CO2 par cette technologie, contre une cinquantaine de dollars avec les technologies classiques, selon les simulations réalisées par Total.

17 millions d'euros

Après avoir fait tourner de petits pilotes, en France et en Norvège, Total voit plus grand. En partenariat avec 7 partenaires[1], le géant français prévoit de construire en Chine un pilote industriel de 3 mégawatts thermiques en 2021. Un projet de 17 millions d’euros, dont 10 M€ sont financés par l’Union européenne, dans le cadre du programme Horizon 2020.

S’il donne satisfaction, cet essai devrait permettre à l’énergéticien d’aborder le marché mondial du captage de CO2 dès 2025. En proposant toute une palette de solutions, allant du captage-stockage ‘simple’, au captage à des fins de réutilisation industrielle du CO2. Un autre marché de taille.

Selon l’IFP, 6 milliards de tonnes de gaz carbonique pourraient être valorisées chaque année, pour fabriquer du méthanol, des carburants, des polycarbonates ou de l’acide formique. De quoi aiguiser bien des appétits, à l’heure où les prix européens du carbone reprennent quelques couleurs.

 



[1] SINTEF, universités de Tsinghua et de Zhejiang, Dongfang Boiler, Politechnika Slaska, Bellona Europa, IFP. 

 

 



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