Total mis en demeure d’assumer sa responsabilité climatique

Le 19 juin 2019 par Stéphanie Senet
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Les éco-maires à l'abordage.
Les éco-maires à l'abordage.
Stéphanie Senet

Après avoir interpellé le groupe Total, quatorze collectivités et quatre associations lui adressent une mise en demeure le 19 juin pour manquement à son devoir de vigilance lié aux risques de dérèglement climatique.

Ils cachent à peine leur surprise. Une dizaine de responsables de collectivités et d’associations (Notre affaire à tous, Zea, Sherpa et les éco-maires) ont rencontré, ce 18 juin, Patrick Pouyanné, P-DG de Total, huit mois après l’avoir interpellé sur sa responsabilité climatique. «Nous avons été reçus pendant une heure et demie. Nous avons pu transmettre notre position, écouter la sienne et échanger librement», affirme Guy Geoffroy, président des éco-maires[1].

Tous estiment être les premières victimes des conséquences du dérèglement climatique et veulent que les entreprises les plus émettrices prennent leurs responsabilités. «Il y a 20 ans, nous avions une crue tous les 6 ans. Nous en avons connues trois au cours des 22 derniers mois. On en a assez de devoir gérer les conséquences du réchauffement. On a décidé d’agir en amont en s’adressant directement aux entreprises les plus polluantes», résume Alain Fabre, maire de Bize-Minervois (Aude). Une démarche à laquelle s'associent les maires d'Arcueil, Bayonne, Bègles, Champneuville, Correns, Grande-Synthe, Grenoble, Mouans-Sartoux, Nanterre, Sevran, Vitry-le-François et le président d'Est-Ensemble.

Total fait plus  ...

«De son côté, Patrick Pouyanné nous a affirmé qu’il en faisait davantage que les autres groupes pétroliers pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et qu’il était conscient du risque financier et juridique que le dérèglement climatique fait peser sur le groupe», a poursuivi Jean-Pierre Bouquet, maire de Vitry-le-François, qui se dit «totalement déterminé à poursuivre l’action».

Entre l’interpellation d’octobre et le rendez-vous de juin, le groupe pétrolier a en effet intégré, en mars dernier, le risque climatique dans son plan de vigilance (chapitre 3.5 du document de référence) ainsi que dans sa déclaration extra-financière (chapitre 5.6).

... mais pas assez

«C’est insuffisant. Une expertise scientifique montre que les mesures avancées s’inscrivent dans une trajectoire d’un réchauffement de 3°C à la fin du siècle. Le groupe Total doit reconnaître pleinement le rôle qu’il à jouer pour le limiter à 1,5°C ou 2°C», répond Marine Denis, porte-parole de l’association Notre affaire à tous, également à l’origine d’une action judiciaire contre l’Etat français. 

C’est pourquoi une mise en demeure est officiellement envoyée ce 19 juin au groupe Total au nom de son devoir de vigilance. «Cette procédure civile permet de poursuivre le dialogue avec la multinationale», précise Sébastien Mabile, l’avocat des collectivités et des associations. Le pétrolier a trois mois pour présenter un nouveau scénario de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Sinon, il sera assigné en justice par ces collectivités et associations. Une porte s’est en tout cas ouverte dans les négociations. C’est une première entre des collectivités et le P-DG d’une des 25 entreprises les plus émettrices au monde. 



[1] Une association regroupant 2.000 élus engagés dans la transition écologique

 



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